‹ L'oiseau de proie: drame en cinq actes et six tableauxChapitre 35 sur 118 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ANGÈLE

Pardonne-moi. — J'oublie toujours que son souvenir t'attriste, mais tu es bon, je t'aime bien, elle devait être bonne aussi et je l'aurais bien aimée. — Mon Dieu, je l'ai perdue, à l'âge où je ne savais pas qu'on priât sur les tombes, et, quand je suis devenue grande, tu ne m'as jamais conduite à la sienne.

PELLEGRIN

Ta mère, je te l'ai dit, Angèle, est morte à l'étranger, pendant un voyage.

ANGÈLE

Oui, tu me l'as dit, — mais souvent, à l'heure où l'on passe de la veille au sommeil, il me semble apercevoir, au-dessus de ma tête, une pâle figure empreinte de tristesse et de résignation; la trace brillante d'une larme sillonne sa joue amaigrie, et je sens, plus que je ne vois, — m'endormant toujours, — cette ombre sympathique qui se penche vers moi, et mon front est effleuré soudain de quelque chose de doux et de suave, — une caresse qui m'est inconnue — et qui doit être le baiser maternel 1

PELLEGRIN

Assez, Angèle, tu me tortures et, je te le répète, mes moments sont précieux.

Eh bien, je vais tout te dire en peu de mots... (Un

temps.) Tu ne devines pas?

PELLEGRIN

angelb, très bas

PELL^ÇRIN

Tu aimes?

Oui.

Qui?

M. Maxime.

Maxime ?

ANGELE

PELLEGRIN

ANGELE

Oh! il y a longtemps que nous nqus ajjnons, va, sans nous l'être dit jamais. — Il y a trois jours, tu étais encore à Marseille, mais ta lettre du matin avait

annpncé ton retpur. — M. Maxime m'a fait demander si je pouvais le recevoir. Tu pense? comme j'étais tremblante et émue... Il est venu et, grave, sérieux, * comme toujours, mais un peu plu$ pâle, il m'a dit : « Mademoiselle Angèle, 3¥L votre père revient de Marseille dans trojs jqurs; ^ sqn arrivée, j'ai l'intention de lui demander votre main ; nï est-il permis d'espérer que, si M. pellegrin veut bien m'açcordpr gon consentement, le vôtre ne me sera pas refusé ? »

PELLEGRIN

Et tu lui as répondu?

ANGELE

Dame, j'ai rougi bien fort, j'ai baissé les» yeux. J'avais envie de lui dire, comme dans les comédies : « lyLonsieur, j'obéirai à mon père. » — Ça m'a paru niais. — Alors, je lui ai tendu les deux mains.

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