SCENE VIII
MAXIME
Non... L'homme qui a été pour moi un protecteur, presque un père, est ruiné, sa fille est seule au monde, elle n'a plus sa mère...
CLARISSE
Et cette jeune fille vous aime?
MAXIME
Son père, depuis trois ans, lui parle sans cesse de ce mariage.
CLARISSE
Oui, elle doit t 1 aimer... Ah! mon cœur se brise et déborde... Va, laisse-moi, aime-la comme tu m'as aimée, si tu peux!... Pousse môme la générosité jusqu'à me faire savoir le jour de la bénédiction nuptiale et, bien cachée, invisible pour toi-même , dévorant mes larmes, j'irai dans un coin de l'église prier pour votre bonheur à tous deux.
MAXIME
Clarisse!
CLARISSE
Oh! laisse-moi, tiens!... J'ai besoin d'être seule, tu vois bien que depuis une heure je retiens des sanglots qui m'étouffent et me déchirent... Va... va, retourne auprès de ta fiancée qui t'attend peut-être et demandelui pardon de t'être attardé auprès de moi. Mais vat'en donc!... Et quand dans un an peut-être, un soir au coin du feu, tu causeras avec ta femme comme nous avons causé tant de fois tous deux, et qu'elle te dira comme je te l'ai dit souvent : « Maxime, je suis
bien heureuse... » si tu songes qu'il y a encore quelque part, loin de toi, une femme seule/ triste, qui pleure et se souvient, embrasse ta femme au front et le souvenir s'envolera.
MAXIME
Vous me déchirez le cœur.
CLARISSE
Ah! son cœur!... Il parle de son cœur!... Et le mien, qu'en fiais-tu?.. Ah ! mais, pars donc... car il me prend des envies folles d'aller trouver ta fiancée et de lui dire... Oh!... va-t'en! va-t'en!...