SCENE VIII
CLARISSE
A quoi bon?... Ces raisons doivent être excellentes, ou paraître telles à vos yeux, puisqu'elles ont dicté votre résolution. Je n'ai pas besoin de les connaître. Je deviens une étrangère pour vous.
MAXIME
Et moi j'ai besoin de vous les dire, car votre amour a été le seul de ma vie, et je veux emporter votre estime.
CLARISSE, fiévreuse
Mon estime, je n'ai pas le droit de vous la refuser. Vous m'avez donné votre jeunesse, vous m'avez faite heureuse et gaie huit ans, moi pour qui le bonheur et la gaieté étaient choses mortes, vous m'avez aimée sincèrement, merci. — Vous en aimez maintenant une autre plus jeune, plus belle, plus digne que moi. Vous lui* donnez votre nom, vous faites bien... Vous me rayez de votre vie, vous avez raison.
Mais je vous garderai toujours une place sacrée dans le fond de mon cœur, Clarisse, et c'est parce que je veux que mon souvenir soit exempt pour vous d'amertume, qu'il faut que vous sachiez pourquoi je vous quitte, pourquoi je me marie...
CLARISSE, très amère
Vous m'honorez de vos confidences pour la première fois de votre vie. . . Je n'en veux pas !
MAXIME
Ecoutez-moi, Clarisse; je ne fais pas un mariage d'inclination.
CLARISSE
Je ne vous crois pourtant pas de nature à faire un mariage d'intérêt.
MAXIME
J'obéis en me mariant à la voix de la reconnaissance... J'accomplis un devoir... Vous souriez?...
CLARISSE, de plus en plus nerveuse
Oui, parce que je pense au singulier emploi que Ton fait parfois de certains mots.
MAXIME
Vous savez que j'occupe un emploi important dans une fabrique?... »
CLARISSE
Dans la maison Grandpré et O, oui!
MAXIME
Un de mes patrons, l'associé de M. Grandpré, m'a offert sa fille, il y a trois ans. Je n'ai point accepté, comptant sur un hasard qui me permettrait de me dégager complètement. Aujourd'hui, c'est moi qui lui ai rappelé sa promesse...
CLARISSE
Vous avez changé d'idée?...