SCÈNE XIII
JEAN
Des soins importants réclamant mon temps tout le jour, madame, et de pénibles préoccupations personnelles me laissant en ce moment peu de loisir, je vous prierai donc de vouloir bien m'en tendre...
CLARISSE
Je suis à vos ordres, monsieur.
JEAN
Madame, j'ai une fâcheuse nouvelle à vous annoncer. . . M. Pellegrin est ruiné.
CLARISSE
Ruiné!...
Il a été aujourd'hui déclaré en faillite.
CLARISSE
Croyez, monsieur, que je compatis autant qu'il est en moi à cet épouvantable malheur.
JEAN
Je ne veux pas, madame, solliciter votre compassion pour M. Pellegrin, mais vous assurer que cette catastrophe — que vous pourriez apprendre par les journaux — ne changera rien à la situation qui vous est faite, et cela de la part et suivant l'ordre que M. Pellegrin m'a donné, avant que la douleur lui fît perdre la raison.
CLARISSE
Mon mari est fou!... monsieur. ..mais... et ma fille?...
JEAN
Mademoiselle Angèle est chez de pauvres et honnêtes gens qui tâcheront, jusqu'à son mariage, de la mieux garder qu'ils n'ont su garder leur propre enfant.
CLARISSE
Oh ! monsieur, pardonnez-moi et laissez-moi mettre un peu de suite dans mes idées... Quand vous m'avez fait prévenir de votre arrivée, je venais de recevoir en plein cœur un de ces coups auxquels on ne croit pas survivre... et quand il me semblait que la mesure de la douleur humaine était comble, vous venez encore v verser la nouvelle de ces désastres.
JEAN
Je ne pensais pas , madame , que ces révélations dussent vous être bien sensibles, et je vous demande pardon du peu de ménagements que j'ai pris.
CLARISSE
Voyons, monsieur, vous paraissez un bon et excelent homme, n'accablez pas de votre mépris une créature qui est, croyez-le bien, aussi malheureuse qu'elle fut coupable.
JEAN
Je résumerai ma pénible mission en peu de mots, madame. M. Pellegrin, avant sa ruine et sur son avoir personnel, a déposé petit à petit chez son notaire des