SCÈNE XIII
sommes qui doivent s'élever & une soixantaine de mille francs... ses affaires étaient arrangées... pardonnez-moi ce détail... pour que rien de ce qu'il possède ne vous revint à sa mort. Le petit capital qu'il amassait vous était destiné et devait remplacer, lui n'étant plus, les versements trimestriels qu'il vous faisait faire... M. Pellegrin est mort civilement, j'accomplis donc sa volonté en vous invitant à toucher cet argent.
CLARISSE
Mon Dieu, monsieur, vous me parlez là d'intérêts matériels dont la pensée est bien loin de moi, je vous le jure; mais... ma fille?...
JEAN
La volonté expresse de M. Pellegrin était que vous ne la vissiez jamais.
CLARISSE
Oh ! M. Pellegrin a été pour moi cruel et inexorable !
JEAN
Je ne me reconnais pas le droit de juger la conduite de M. Pellegrin, mais j'ai le devoir de respecter 6a volonté.
CLARISSE
C'est chez vous qu'est ma fille ?
JEAN
Oui, madame.
CLARISSE
Et je ne la verrai pas?
JEAN
Je suis désolé de vous répondre : non !
CLARISSE
Mais elle n'a plus son père, maintenant, et je la réclame !
Mademoiselle Angèle sera mariée dans quelques mois, et alors tous mes pouvoirs seront expirés. Madame, il me reste même à vous prier de me signer votre consentement.
CLARISSE
Je le signerai, monsieur, je le signerai. Ce que M. Pellegrin a résolu doit être bien, car, si sévère qu'il ait été pour moi, c'est un homme juste et droit. — Mais n'assisterai-je point au mariage de ma fille 1
JEAN
Il m'est pénible, madame, d'avoir toujours à vous répondre non. La volonté de M. Pellegrin était que votre signature fût donnée, puisqu'elle est indispensable... votre absence constatée, rien de plus...
CLARISSE
Ah!... Tenez, monsieur, écoutez-moi...
JEAN
Madame...
CLARISSE
Vous m'écouterez, monsieur! Vous entendrez mes aveux, ne fût-ce que pour les répéter à ma fille.