SCENE I. t?l
LEWIS
Nous n'avons nulle envie de combattre vos droits, monsieur : comme vous, nous nous renfermons dans la légalité; mais, je vous le répète, si les créanciers peuvent avoir vis-à-vis d'un failli de dures sévérités, le failli a droit aussi aux égards qu'on doit au malheur.
SORLIN
Mais le malheur est pour moi, messieurs, pour moi dont tout Favoir, le fruit de trente années d'économies et de travail, est compromis.
LE SYNDIC
Il y a deux ans, monsieur Sorlin, vous étiez pris pour une quarantaine de mille francs dans une affaire dont Je nom m'échappe. C'était déjà tout votre avoir, rae disiez-vous, alors... Je n'ai pas cru à cette assertion dans ce temps-là, je n'y crois pas aujourd'hui, vous sachant joueur trop habile pour tout risquer sur une même carte.
SORLIN
Mais, monsieur, dans ce bilan que vous me soumettez, je vois les noms d'une foule de gens sans consistance : Jean Rigal, Pierre Guimard et autres. Qu'est-ce que tous ces gens-là?
LEWIS
Les ouvriers de la fabrique, lis ont, aussi bien que vous, le droit de rentrer dans ce qui leur est dû.
fô - L'OISEAU DE PROIE.
LE SYNDIC
Je me suis fait expliquer par monsieur la nature de ces créances; elles sont parfaitement sincères. Ces braves gens confiaient à M. Pellegrin leurs économies.
LEWIS
De plus, monsieur le syndic, j'ai à vous faire en leur nom une proposition qui mérite qu'on s'y arrête.
SORLIN
Quelle proposition ?
LEWIS
Ils s'engagent à désintéresser entièrement les créanciers de M. Pellegrin dans un espace de temps qui n'excédera pas quatre années, si on veut les laisser exploiter en société un brevet pris depuis quelques mois déjà par M. Pellegrin et par moi ! Ils s'engagent de plus, eux, ainsi que moi, à ne rien réclamer de ce qui leur est personnellement dû, jusqu'à parfait acquittement des autres créances.
SORLIN
Ta, ta, ta! Tout cela n'est pas de l'argent comptant. Quelle confiance voulez-vous qu'on ait dans un tas de gens de peuple et dans le cerveau d'un inventeur?
LE SYNDIC
C'est une chose qui sera soumise à l'appréciation de M. le juge-commissaire, et son opinion peut, pardonnez-moi de vous le dire, être d'un plus grand poids que la vôtre.