SCÈNE VI
Les Mêmes, CLARI88E, entrée sur l«s derniers mots
CLARISSE
Je pourrais peut-être aider votre mémoire.
SORLIN
Que voulez-vous dire, madame? Je ne vous connais pas!
CLARISSE
Les années peuvent m'avoir bien changée, monsieur, mais si mes traits sont effacés de votre souvenir, il est impossible que mon nom ne se réveille pas quelquefois en vous, ne serait-ce qu'à l'heure des remords.
SORLIN
Je n'ai pas de remords, moi, madame.
JEAN
11 y a des natures complètement vicieuses qui sont ainsi.
CLARISSE
Pas de remords I — Et pourtant, vous avez perdu la vie d'un honnête homme, vous avez arraché une jeune femme au foyer conjugal, vous avez éloigné une mère du berceau de son enfant. Vous avez attiré sur la tète de celte femme la malédiction de ceux qui l'aimaient et, qui pis est peut-être, l'oubli de ceux qui l'auraient aimée, et, quand, — pauvre morte- vivante, — elle se rat-
tachait au frêle espoir de l'autre enfant qui naissait d'elle, vous lui avez ravi cet espoir et vous avez perdu cet enfant. Et quand cette femme retrouve votre trace, c'est pour vous voir encore comme un mauvais génie, conduisant son mari à la ruine et à la folie. — Est-il besoin que cette femme vous dise son nom maintenant?
SORLIN
Nonl non! mais que me voulez-vous? D'abord, je suis ruiné. La faillite de votre... de monsieur... enfin une faillite me met à deux doigts de ma perte.
JEAN
C'est probablement faux, mais ce serait justice.
CLARISSE
Et pourtant il faut que, dans cette malheureuse affaire, vous soyez secourable à l'homme dont la ruine est votre œuvre. Ne me démentez pas, je sais tout; et, si favorables que vous puissent être certaines lois humaines, il en est d'autres qu'on pourrait invoquer et qui vous condamneraient sans pitié.
Et sans preuves?
Misérable !
SORLIN
JEAN
Suffi t-il de venir conter à un homme la première sornette venue et de l'accuser d'un crime imaginaire pour le faire condamner? Est-ce que je sais, moi, ce