ACTE PREMIER
Che^ Paul Brander, à Anvers. La scène 7'eprésente une asse^ grande chambre servant d'atelier, de cabmet de travail, de cuisine e?t même temps et située à l' étage supérieur d'une maison bâtie sur les quais. Le fond est entièrement vitré; il s'y trouve deux larges baies et une double porte donnant sur un balcon. A droite, une porte d'entrée commwiique avec la cage de l'escalier. Les 7nurs sont ornés d'études, de croquis, de masques en plâtre et de quelques planches avec des lii'res. La pièce est meublée d'un diva?i, d'une table encombrée de papiers et de vaisselle 7ion lavée, d'un petit pocle rouillé dont le tuyautage traverse le plafond et de quelques chaises d'un aspect disparate. On est en été. Par la porte ouverte et par les baies, l'ojî cjitrevoit le ciel bleu et calme, ujic partie du fleuve et des mâts de navires amarrés. Les bruits du port emplissent l'air : le cri perçant et bref des sirènes, le halètement des locomotives, le grincement des chaînes se déroulant sur les poulies des grues et, de temps en temps, l'appel mélaticolique d'tm steamer en partance.
Au lever du rideau, Paul est sur le balcon. Il vient d'attacher une perche à la balusiî'ade en guise de mât et tient en mains des cordes et deux morceaux d'étoffe, l'un rouge, l'autre blanc. Presque ejt mêtne temps entre M""^ Wilders, locataire principale de la maison.
Paul.
Ah ! bonjour, Madame Wilders ! Vous venez sans doute pour le loyer ?
Mme Wilders.
Oui, Monsieur Paul, je voulais vous éviter la peine de descendre.
Paul.
C'est très gentil de votre part. {Se dirigeant vers une des planches où se trouve un coffret.) Nous allons régler cela. {Comptaiit.) Une, deux, trois, quatre et cinq! Vingt-cinq francs en pièces de cent sous... Est-ce juste?
Mme Wn.DERS.
Certainement, Monsieur Paul ! Voici la quittance. Vous voilà encore en règle pour un mois.
Paul.
Tant mieux ! Je serais bien venu moi-même ce matin, mais je n'ai pas bougé d'ici depuis hier. {Désignant le mât.) Voilà quarante-huit heures que je travaille comme un enragé.
Le travail doit aller avant tout. Mais je ne vois pas Rose... {se reprenant) M^e Rosette; est-elle en promenade ?
Paul.
Oui, depuis ce matin. Elle est allée voir le petit.
Mme WiLDERS.
Il faut que cela se fasse comme le reste. Puis aujourd'hui il fait vraiment beau pour sortir,
Paul.
Il fait trop chaud! Par un temps pareil, je préfère rester chez moi ; ici, l'on a au moins un peu de fraîcheur.
Mme WiLDERS.
C'est à cause du voisinage de l'Escaut, mais