‹ L'oiseau mécanique; piece en quatre actesChapitre 13 sur 89 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

courbé la tète et il a avoué : « Depuis plus d'un an, Monsieur Brander. »

Paul.

C'est une ruse peu loyale. Je sais bien qu'il ne m'aurait point trahi sans cela. Mais il est si naïf. C'est un être si doux, si loin de la réalité, si timide qu'il croit, j'en suis certain, que c'est un péché rien que d'avoir un ami qui se permet une maîtresse. Mais moi on ne m'effraye pas, car je trouve que ce n'est même pas un péché que d'en avoir une. fil s'anime au silence ironique de son père, gesticule d'une manière un peu ?'idicule.) Oui! C'est toujours la même chose : Vous avez une maîtresse! le mot effrayant est lâché! Eh bien! et puis? J'ai l'âge, il me semble, je suis un homme, ou bien me prenez-vous pour un enfant ?

Brander.

Une maîtresse! Vous allez vous en vanter à présent. Au fond cela m'est bien égal que vous ayiez une maîtresse, mais ce dont je veux vous sauver, c'est du collage : cette autre misère de la vie d'artiste.

Le collage! Est-ce un crime que d'habiter avec la femme qu'on aime?

Brander.

Cela dépend de la femme.

Paul.

Ce n'est jamais un crime.

Brander.

Non, mais souvent une rude bêtise.

Paul.

Des hommes comme moi ne font pas de bêtises.

Brander.

Vous ne faites donc jamais rien d'intelligent? Paul, prenez bien garde. Vous souffrez du mal des meilleurs, vous croyez avoir des idées et ce ne sont que des illusions. Oh je sens bien tout ce que vous pensez, et c'est ce qui rend ces explications si pénibles. Vous n'avez pas de préjugés, n'est-ce pas? Pas de préjugés bourgeois, comme on dit, et voilà pourquoi il vous semble naturel de prendre une femme, la première venue, de vous attacher à elle et de fonder un foyer sans précaution aucune, sans prudence, sans souci de ce qui en résultera.

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