ACTE DEUXIEME
Jack.
Ça m'ennuie ! Il y a trop de vent. Puis, ça me dégoûte, le port, les transatlantiques, tout le machinisme moderne. Ah! si c'était le port d'autrefois, le port du temps de Charles-QjLiint, .Rosette! Avec les vieux navires pittoresques : les galions espagnols, les lourdes galéasses, les caraques et les caravelles à voilure légère. Quelle harmonie dans leurs noms seuls ! Quand je les prononce, il me semble que j'entends chanter le vent dans les cordages tendus. Nous vivons en un siècle stupide, époque d'utilitarisme à outrance et de mercantilisme effréné.
Rosette.
C'est vrai, pourtant, je l'ai encore lu dans le journal ce matin même. Mais n'y aurait-il rien à faire de 1 "autre côté de la mansarde? La tour de Notre-Dame peut-être?
Jack.
On l'a déjà peinte au moins mille fois! Tout a déjà été peint au moins mille fois. Nous sommes comme ces fils de grands hommes que des pères trop féconds écrasent. J'ai quelquefois envie de renoncer à la peinture. (// se met â jongler arec des altères qu'il vieiit de découvrir
dans im coin.) Voilà! voilà! déjà je soulève le vingt à bras tendu.
Rosette, Renoncer, Jack, doué comme tu l'es?
Jack.
Ne plus faire que du dessin, des eaux-fortes! Le mordant! le mordant! Il v a des choses merveilleuses à faire.
Rosette.
Je te crois, des Rops, ou mieux encore!
Jack.
On pourrait tirer les épreuves soi-même. Il ne faut qu'une petite presse à bras. Il paraît que Paul connaît un brocanteur qui en possède une en magasin. Une petite presse à bras.
Rosette.
Il l'achètera! Il faut qu'il l'achète! On pouri-ait faire paraître des estampes en collection. Peut-être avec un petit texte écrit par Paul. Je suis sûre qu'il y a une fortune à gagner!
{On entend un coup de canon.)