ACTE DEUXIEME Io
Vtnck.
Ce sont de beaux moments qui ne reviennent plus.
Nandou.
Non, et c'est pourquoi il ne faut jamais songer à ce qui fut, mais toujours à ce qui sera.
Jack.
Lesquels:' De quels moments parles-tu?
ViNCK.
Ceux pendant lesquels on voit l'avenir, la vie s'ouvrir devant soi.
Jack.
Ces fanfares, le son des cloches, les coups de canon, les drapeaux, la foule, tout cela te rappelle ton premier triomphe, ton prix de Rome, n'est-ce pas?
ViNCK.
Oui ! oui ! Oh ! je sais que ça ne prou\e rien, mais c'était un beau jour quand même. Le visage rayonnant de Francis m'y a fait songer. Moi aussi, je me disais : à présent, j'ai le j-iied
à l'étrier, je vais partir! Je sais où je dois aller et rien ne m'arrêtera plus !
Jack.
Et ta n'es pas parti.
Nandou.
Non, il ne part jamais et cependant il devrait partir.
Jack.
C'est l'époque, mon vieux, notre misérable époque.
ViNCK.
Non, Jack, ne nous plaignons point de notre époque. Toujours se plaindre des hommes, de son époque et de son pays est, pour un artiste, une preuve évidente de nullité et un aveu d'impuissance. C'est aux artistes d'embellir leur époque et de maintenir la tradition du beau parmi les humains, et non aux époques de donner du tempérament à des docteurs ès-arts qui n'en ont pas. Le véritable génie, celui qu'on reçoit de Dieu ou du diable, comme vous l'entendez, se plie aux circonstances et peut se révéler sous toutes les formes. Il est comme la vie même qui s'agite aussi bien dans les abîmes