ACTE TROISIÈME l3l
Jack.
Ah! mais il s'agirait d'imiter avec art, bien entendu.
Paul.
Cinq mille francs ! De quoi ouvrir une petite librairie.
Rosette.
Un petit magasin coquet aux environs de la cathédrale, avec des souvenirs d'Anvers pour les Anglais!
Oui, les antiquités, c'est encore un tuyau.
Jack.
Je me fais fort de fabriquer des Teniers à la douzaine et des Breughel à tour de bras.
{Rosette et Paul riefit aux éclats.)
Rosette.
Entends-tu ce qu'il dit? L'entends-tu : des Breughel à tour de bras !
Jack.
Vous riez? J'ai eu un ami qui fut autrefois
l32 L'OISEAU MÉCANIQUE
le propriétaire d'une fabrique de chefs-d'œuvre. Il disposait d'une force motrice de deux cent cinquante-neuf chevaux et a fourni à l'Amérique plus de trois mille cent soixante-deux Rubens authentiques, sans compter les douteux.
Paul.
Il a fait fortune?
Jack.
Une fortune de marchand de Porcs ou de beaf-paclcer.
Paul.
C'est qu'une fois qu'on a de la galette on a tout. Quel moyen d'action ! Nous vois-tu éditeurs d'un journal littéraire et puissant?
Un canard féroce, avec des caricatures cinglantes comme des coups de cravache.
Paul.
Des critiques sérieuses. Pas d'indulgence : l'éreintement sans pitié de tout individu qui aurait l'audace de faire autre chose que de la contrefaçon française.