L’ABDICATION AU MILIEU DES PINS
L’Empereur ne gouverne pas |’Empire, il l’écoute. I] attend assis dans la lumiére latérale, sa résidence est au sein d’une demeure aussi blanche que les nuages, une conjuration d'images pures, des oiseaux, des plantes, de eau, sans fin répétés autour de lui sur le papier sans tache. Que les soshis s’entr’ouvrent et par la pente il apercevra un jardin immense et petit comme les dieux voient le Japon au milieu de la mer et comme on dispose pour le tokonoma un bouquet de montagnes sur un plateau. La-bas 4 Yedo son lieutenant administre les affaires profanes et quotidiennes et, pas longtemps aprés que son intendance a commencé, il a fait construire auprés du palais de son suzerain un autre palais. Il a des parois
d’or et thésaurise dans ses caisses profondes un soleil soustrait au temps. Puis le palais est resté vide et c’est aujourd ‘hui seulement qu’on comprend pourquoi il a été édifié. Le pas que l’Empereur attendait depuis des siécles a fait vivre et chanter enfin les planches musicales du corridor, celui du messager qui vient annoncer l’abdication de Tokugawa et le retour de l’autorité vers sa source. Du palais de neige le descendant du Soleil s’est transporté dans le palais de métal, et c’est 18, au milieu des pins éternels qui, sur les parois de lumiére élargissent leurs membres et leurs touffes, qu'il se prépare 4 recevoir cérémonialement l’aveu dans |’or du serviteur que son service est fini.