LA NEIGE
D'APRES LA MUSIQUE DE KINEYA SAKICHI
Dans Vinfini de la neige au-dessous de moi je vois un point noir comme un grain de tabac qui se déplace vers mon ermitage. Le détachant de l’ongle et le placant sous le microscope il ne serait pas difficile de distinguer une femme suspendue a@ un bdton dans son Kagéd entre les deux porteurs, empaquetée comme il convient pour une si longue pérégrination.
(Le Vieillard sur le Mont Omri. Grain.)
I] y a deux Shamisen’, l’un qui regarde et l’autre qui est regardé et tout ce qui tend l’horizon de l’imagination est de la neige. Deux pépiements de cordes au travers du silence
qui est surimposé a tout et de cette visible invi-
t Le Shamisen est une espéce de guitare 4 manche tr?:
long avec une caisse recouverte d’une peau blanche (un. |
peau de chat). On en tire des sons au moyen d’une plectre d’ivoire triangulaire
ibilité, je ne dis pas 1’un qui écoute et l’autre qui est écouté, mais quelqu’un qui est occupé 1 regarder quelque chose et quelque chose Jont le mouvement est connu a travers quelyu’un, comme un oiseau qui parle d’un insecte. L’un des instruments donne le branle 4 1otre imagination et se tait pour la laisser a son tour regarder avec les oreilles. On voit la shaise 4 porteur avec son équipage 4 quatre pieds qui s’avance 4 tout petits pas 4 travers *étendue incommensurable. Chaque progrés st une note, un tout petit dessin de points our l’ouie, mais ce que raconte avec autorité a plectre d’ivoire, appliquant sa corne acérée ux trois cordes du premier instrument, est yien plus clair, comme un oiseau qui analyse a feuille de son ceil rond et de son bec pointu. « Arrive! arrive! » dit l’oiseau. « Avance, vance ! Quelle chenille ! bon, le voila qui s’ar- ‘éte encore ! » « Je viens comme je peux », dit insecte. Et juste le temps de s’effacer sur la leige, ou ils piquent un point spirituel, la emme, le kagé et les porteurs apparaissent omme aux limites de la vue, pépin 4 pépin, ri a cri.