‹ L'Oiseau noir dans le Soleil levantChapitre 16 sur 24 · LA CANNE · texte numérisé non relu

LA CANNE

Je parle de la canne du promenéur et non pas de la crosse du montagnard qui lui sert de membre supplémentaire et de frein. La canne est dans ma main cette régle qui démontre une rélation avec mes mesures personnelles la plus commode. Elle me prolonge et donne en tn rythme sans cesse interrompu et changeant le bras comme compagnie et comme contréle au mouvement régulier des jambes. Elle me devance et elle me suit, elle ést le javelot de linspiration et le sillage du regret, elle est l’instrument acharné de ma conquéte. Elle me permet de toucher, de tater, de ressentir, de frapper, de retrouver cette route ot |’impulsion de ma volonté me transporte, c’est mou,

c’est dur, elle est le contact de mon dme avec Ja route; elle est comme une épée 4 mon poing, la résolution inflexible de |’étape que j'ai décidée. Elle est l’antenne obéissante au service de la remarque et de la rencontre, toujours préte a4 se porter ici ou 14. Elle remplace pour l’homme en état de réverie et transfert, ou, comme disent les philosophes, de puissance, tous les instruments précis qui lui servent 4 l’état d’action. Elle est cette présence, cette constance dans ma main, cette chose bien adaptée au poing, cette amplification de ma force, je peux taper avec. Tout ce que l’4me dit 4 la main, la main -le dit 4 Ja canne et la canne le répéte 4 la route. Je veux, je dois, je puis, je sais, je vais savoir, je me souviens, ¢a va, ¢a ne va pas, il est temps, tout est fini, tout cela s’écrit avec une canne. En avant! j’ai saisi ma canne ! Il y a encore un bout de chemin aujourd hui que je vais faire.

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