Le mot Kami d’aprés Hirata Atsutané désigne tout ce qut
en ce monde posséde une vertu étrange et mystérieuse, —
— Chez tous les peuples du Pacifique, Polynésiens ou Malais,
rait encore la plus juste et la plus parfaite qui ait été donnée de votre pays.
Le Japon repose comme un groupe de nuages solidifiés au sein d’un océan sans bornes. Ses rivages découpés, ses bassins intérieurs, ses passages mystérieux, sont pour le navigateur une surprise continuelle. Les montagnes qui forment son support constituent une des constructions les plus enchevétrées qui soient au monde, troublée en outre par d’étranges
on trouve des expressions analogues telles que mana, tabou, kramat, etc. — Le radical KA intervient dans la composition d’un grand nombre de mots provenant d’une réaction de ia sensibilité en présence de tout ce qui est mystérieux, saisissant, | inassimilé par la vie sociale, causé par quelque influence qui échappe 4 notre pouvoir. Ka est un des éléments primaiges de la langue japonaise originale, I] a la forme phonétique d’une) exclamation, qui serait venue au langage humain d’une articulation préhumaine. — Tous les sens que nous avons analysés du mot Kami sont associés avec le « frisson religieux », ce que nous pourrions appeler la réaction KA. Cette émotion KA est a la base méme du surnaturalisme primitif, de toute) philosophie primitive du superordinaire, 4 laquelle ]’homme: primitif arrive en généralisant ses expériences séparées. Elle met l’attention dans un état d’activilé spéciale, elle introduit; une attitude de vigilance, c’est une émotion qui répond a une) multitude d’objets divers, apparemment sans rapports. Néan-, moins l’uniformité de l’émotion devient la base d’aprés, laquelle Vintelligence postule l’existence d’un agent corres-. pondant qui opére d’une maniére uniforme dans tous ces cas. variés. — Un ritue) de précautions et de cérémonies en traitant ; les objets soumis 4 ces influences s’impose donc et ces précau-: tions deviennent peu & peu des traditions sacrées, (The poli-tical philosophy of modern Shinté by Holtom. — Transactions ] of the Japanese Asiatic Society.)
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onvulsions, et dont le caractére précaire esb ttesté par les frissons qui agitent encore un ol mal apaisé. C’est comme un décor de héatre que les machinistes viennent a peine de juitter et dont les toiles et les portants remblent encore. La partie des plaines est ‘un des territoires les plus peuplés de la ylanéte, certaines régions montagneuses au Ontraire, couvertes d'une véritable jungle qui appelle les tropiques, restent, sur de vastes jtendues, aussi désertes qu’au jour de la créaion, Partout ce ne sont que des vallées dix ois repliées, des foréts plus noires que la nuit, les maquis inextricables de roseaux, de foureres et de bambous. Sur tout cela descend le ideau d’une pluie 4 certaines saisons presque ontinuelle, errent ces étranges vapeurs, dont ‘OS peintres anciens eb nouveaux ont si bien iré parti, qui cachent et découvrent tour 4 our et comme A dessein certains coins du payage, comme si quelqu’un voulait les signaler . notre attention, exposer pour un moment aur signification occulte. Et au-dessus de tout 3 pays, dominant les plaines et les montagnes, 23 iles et l’océan, s’éléve comme l|’autel le
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plus grandiose que la nature ait jamais élev) 4 son Créateur, comme une borne milliair digne de marquer le point ou le soleil, aprés s: longue course au travers des Eaux inhabitées: va s’engager dans sa carriére humaine, I masse énorme du Fuji’.
Ainsi, partout ot le Japonais tourne ses re gards, il se voit entouré de voiles qui ne s’en tr’ouvrent que pour se refermer, de sites silen cieux et solennels ou ménent de longs détour pareils & ceux d’une initiation, d’ombrage funébres, d’objets singuliers, comme un vieu: tronc d’arbre, une pierre usée par l|’eau, pa reils 4 des documents indéchiffrables et sacrés de perspectives qui ne se découvrent 4 lui qu’: travers le portique des rochers, la colonnad des arbres. Toute la nature est un temple déji prét et disposé pour le culte. Il n’y a pas at Japon de ces grands fleuves, de ces vaste plaines aux horizons gradués qui entrainent | réveur toujours plus loin et s’offrent avec sou mission a la navigation dominatrice de 1l’esprit A chaque instant le pas et ]’imagination d
. « Au Japon l’homme n’a pas besoin de prier, car lo. 8¢ re est divin. » (Hitomaro.)
promeneur se trouvent arrétés par un écran précis ef par un site concerté qui requiert Vhommage de son attention, du fait de 1’intention. incluse. L’artiste ou l’ermite n’aura qua le souligner par l’apport d’un éorii, d’une lanterne, d’un temple somptueux, ou d’une simple pierre levée. Mais ce n’est jamais 1’édifice, aussi doré qu’il puisse étre, qui me parait, comme en Europe, l’essentiel. Ce n’est jamais qu'une cassette, un encensoir déposé dans un coin pour faire sentir ]’immense solennité de la nature et, si je peux dire, « la mettre en page ». Tels cette poignée de caractéres ou ces quelques traits de pinceau, accompagnés du sceau vermillon, que le podte ou I’artiste jettent sur ta feuille de papier blanc.
Tandis que 1’Européen d’aujourd’hui ne voit dans les choses. qui l’entourent qu’un domaine destiné 4 son agrément ou a son profit, il est certain que pour le Japonais tra- ditionnel la Création est avant tout l’ceuvre de Dieu, encore toute pénétrée d’influences | divines, et si chez vous on n’entre pas dans Ja maison du plus modeste paysan sans enlever ‘ses chaussures, avec quel respect les humains
ne devront-ils pas s’avancer et se conduire dans ce parvis au-devant de leur demeure que les Puissances supérieures nous ont donné et dont l’usage leur est commun avec nous ? Et de méme, je le disais tout a l’heure, que vos temples ne semblent pas avoir été construits de parti pris, qu/ils n’ont fait que compléter et exaucer le voeu latent du site, qu’épaissir par l’art, comme ici en ce lieu sacré de Nikké, l’ombre énorme de la forét, que guider la voix de ces eaux toujours coulantes, que fixer éternellement sur Je fond noir des feuillages l’or et la pourpre d’un rayon de soleil, qu’emprisonner le tonnerre sous une cloche de bronze, que reprendre et solenniser par la gra-
dation des portiques et des escaliers ]’ascen- '
sion d'une terre qui ne cesse presque jamais d’étre jointe a la nue, qu’affirmer par ces ailées de témoins gigantesques l’appel reculé du sanctuaire, — de méme ces foules de pélerins qui avec un zéle émouvant ne cessent de se presser dans vos temples, que vénérent-ils derriére ces rideaux toujours baissés ? un miroir pareil 4 un reflet du ciel, A une goutte des Eaux primordiales, un nom d’ancétre ou de
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saint sur une tablette, une forme confondue avec la nuit, et surtout cette nuit elle-méme, se mystére devant lequel leur coeur naif se recuellle avec piété,
C’est un fait qui m’a beaucoup frappé que pour le bouddhisme dans la période primitive du Japon, 4 Nara par exemple ou dans les temples voisins, on voit des quantités de statues, d’ailleurs fort belles, Plus tard, 4 mesure que le Japon a eu le temps d’imposer son caractére 4 la religion importée, ces représentations précises deviennent de plus en plus rares. Les effigies invoquées se dérobent dans une ombre de plus en plus épaisse jusqu’a ce qu’enfin, aux temps modernes, elles aient perdu aussi bien que la voix, la forme. C’est quelque chose de complétement invisible au fond de la caverne sacrée qu’essayent d’atteindre cette humble femme qui frappe deux ou trois coups dans ses mains, ce groupe de rustiques qui jettent une poignée de sous dans la caisse 4 offrande, cette petite fille qui pravit en chancelant les degrés du temple et au bout du gros cable de coton trois fois — tordu vient réveiller la grenouille de bronze.
Le surnaturel au Japon n’est donc nullement. autre chose que la nature, il est littéralement la surnature, cette région d’authenticité supérieure ou le fait brut est transféré dans le domaine de Ja signification. I] n’en contredit pas les lois, il en souligne le mystére. Tout le but de la religion est de placer l’esprit dans une attitude d’humilité et de silence au regard des choses permanentes. C’est ainsi que le patriotisme japonais me parait surtout un état de communion avec le pays, un recueillement pénétré devant la figure qu’il nous présente. Rien de plus frappant dans tous les sites célébres que de voir parmi les nuées de pélerins spontanés ces longues files d’écoliers que leurs maitres conduisent a tel point spécifique pour y recevoir 4 leur tour: 1’empreinte 4 laquelle tant de générations successives se sont soumises. Cette attitude de révérence et de cérémonie, |’4me est habituée 4 la prendre non pas seulement 4 |’égard de certains lieux qui servent de siéges privilégiés aux influences divines, mais 4 1’égard de tous les étres créés qui sont avec nous |’ceuvre d’un méme Pére et la révélation d’une méme volonté. Il existe
entre eux des relations qui se traduisent par des gestes et par des rites. Je me rappelle combien, lors d’une de mes premiéres visites 4 Kyoté, me promenant dans 1’un de ces beaux jardins qui font le charme de cette ville incomparable, je fus saisi et touché de voir un grand pin prés de choir soutenu par une espéce d’énorme béquille qu’on lui avait pieusement adaptée. On sentait que cet arbre n’était pas seulement ce qu'il serait pour un homme d’Amérique ou d’Europe, une mine de planches ou un vague comparse dans le paysage, c était un étre vivant, une espéce de grandpere végétal & qui l’on prétait une assistance filiale. Rien de plus fréquent que de voir un arbre de dimensions exceptionnelles, un rocher de forme pittoresque, décoré de la corde de paille qui le place parmi les choses kami at qui témoigne de I’attention que les visiteurs ‘ul ont portée, de la gratitude qu’tls lui ont Je son existence. Quand un animal familier vient A mourir, on le porte au temple ot le donze récite sur lui le nembutsu ; il n’y a ausune vie, si humble qu’elle soit; qui en dispa- ‘aissant ne mérite une recommandation reli-
gieuse. Un marchand de mort-aux-rats fait célébrer un service pour les rongeurs que son produit a exterminés, un papetier pour les vieux pinceaux hors d’usage. Enfin, ce qui est le plus gentil de tout, je lisais l'autre jour dans la gazette que l’association des graveurs sur bois de Tokyé avait assisté 4 une cérémonie solennelle en l’honneur des cerisiers dont elle avait pour son art utilisé la substance.
‘C’est ce sentiment de révérence pieuse, de communion avec l’ensemble des créatures dans une bienveillance attendrie, qui fait la vertu secréte de votre art. Il est frappant d voir combien dans l’appréciation des oeuvres qu’il a produites notre godt est resté long:
temps loin du vétre. Notre préférence allait vers les gravures et peintures de 1’Kcol Ukiyoyé, que vous considérez plutét comme le témoignage d’une époque de décadence, mais pour lesquelles vous m’excuserez d’avoir con: servé personnellement tout mon ancien enthou;| siasme : vers une représentation violente!
pompeuse, théatrale, colorée, spirituelle, pitto) resque, infiniment diverse et animée du spec:
tacle de tous les jours. C’est l’homme dans son décor familier et dans ses occupations quotidiennes qui y tient Ja plus grande place.
Votre gotit au contraire va vers les images anciennes, ot ‘homme a presque disparu ou nest plus représenté que par quelques effigies monastiques qui participent presque de 1’immobilité des arbres et des pierres. Une carpe, un singe suspendu 4 une branche, des fleurs, an paysage dont un pinceau magistral a établi sn quelques indications aussi décisives que de récriture les étages superposés, voila ce que 10us montrent la phipart du temps ces kakémonos sans prix que leurs heureux possesseurs vont chercher au fond des siécles et déroulent Jevant nous avec des précautions infinies. Et yarfois, nous autres barbares qui avons touours besoin d’étre surpris et amusés, notre remier sentiment est celui de la déception.
Yous manquons de cette sympathie intime — t, si je peux dire, de cette humidité de ]’4me. fui Jui permettrait de s’unir affectueusement & déroulement de Ja jeune pousse qui comnence a respirer, 4 ce puissant coup de queue lu poisson, qui des ténébres de la vase remonte
dans les zones de la lumiére aquatique. Peu 4 peu seulement nous nous apercevons que cette souplesse délectable, cette justesse, ce suspens exquis dans le mouvement par exemple qui prend et enveloppe ce singe depuis le bout des ongles jusqu’a l’extrémité de la queue (ce n’est pas le singe qui est en mouvement, c’est le mouvement qui est singe), ce choix savant et naif des moyens, cette patience de la contemplation jointe 4 la rapidité foudroyante de la main, cette suppression résolue et pudique des éléments inutiles et étrangers, mais cela,. c’est la vie elle-méme, ce n’est plus de lart,. c’est la vie elle-m&me que nous surprenons & son travail, plus divine sous cette forme anonyme. Voici ce pauvre petit bout d’existenc qui grace 4 l’humble et pieux artiste est devenu. vivant pour toujours. Kt de méme qu vos grands seigneurs d’autrefois préféraien|| aux vases d’or et de cristal une simple écuelle de terre mais 4 quoi le potier avait su communiquer le moelleux de la chair et |’éclat de le rosée, ainsi pour exprimer |’éternel ces grand: artistes, qui souvent étaient des prétres, n’oni pas peint seulement des symboles et des dieux:
DANS LE SOLEIL LEVANE 33 ais précisément ce qu'il y a de plus fragile b de plus éphémére, de plus frais encore du isson de la source ineffable, un oiseau, un apillon, moins : une fleur qui va s’ouvrir, ne feuille qui va se détacher. C’est tout cela quoi par un seul point de leur pinceau maique ils ont prescrit de subsister. La chose st 1A devant nous, vivante et immortelle, inestructible désormais dans son existence pasigeére. | Je n’insiste pas, tant la chose me parait éviente, sur la maniére dont ce sentiment de “spect profondément inscrit dans le coeur de \ nation japonaise est venu orienter toutes s modalités de sa vie pratique et journaliére. e caractére du lien qui unit votre peuple a on souverain est bien connu, mais en outre il ‘est pas exagéré de dire que, dans votre anienne société, tous les rapports des hommes ntre eux, au sein de leur famille, dans leur lan, dans leur corporation, étaient réglés omme les rites d’une religion. [1 n’est pas € pays ou le principe confucéen de la précauon dans les mouvements ait trouvé une aplication plus générale et plus noble. En effet,
84 EL OISEAU NOIR si l’on admet qu’il y a quelque chose de mys: térieux et de divin dans un objet matériel -combien plus dans un homme vivant! L:
grammaire Japonaise est fondée, tout autan:
que sur les différences de temps et de certitude sur les degrés de considération, de cérémonie avec lesquels nous avons a nous servir de I:
parole suivant la qualité de nos interlocuteur eb le milteu ot nous nous trouvons. Elle port la marque de cette traditionnelle politesse don j espére bien, malgré tous les mauvais exem ples qui vous sont donnés, que votre peupl n’arrivera jamais 4 se débarrasser*. Par exem ple nous sommes toujours étonnés, nous autre occidentaux, de voir un cocher qui dépass l’autre au lieu de l’injurier, commé ce serait | cas dans une rue de Paris ou de Londres, } saluer gentiment comme pour s’excuser. Mai que ne peut-on attendre d’un chauffeur qui comme celui d’un de mes collégues de Tokyé
1. Ces salutations profondes et répétées, entrecoupées d regards et paroles, dont s’amuse Loti dans Madame Chrysar théme, sont des témoignages de la satisfaction que nous éprov vons a pénétrer d’une maniére de plus en plus complat dans la connaissance de la personne qui s’offre A notre com merce. Elles nous donnent le temps de préparer, d’accom moder notre cur, « siaosin » suivant le précepte chinois.
DANS LE SOLEIL LEVANT eS ce 35 ? =
chaque semaine briler de l’encens sur Ia
mbe des quarante-sept Rénins ? De mémé
sb un sentiment intime de ce qu’il y a en aque homme d’inviolable et de sacré qui
plique les excés de votre ancien code de onneur. Un homme insulté au plus profond -sanctuaire de sa personnalité n’avait plus i disparaitre s’il ne pouvait faire dispattre son insulteur. Enfin je pourrais retrour ce gout et cette religion du mystére jusque ns Je soin avec lequel vous cachez les objets i vous tiennent le plus A coour, jusque dans f art compliqué des boites et des multiples veloppes sous lesquelles vous savez habiller
dissimuler vos présents, vos emplettes eb — us vos petits trésors domestiques. Mais je
ux terminer cette rapide esquisse psycholoque, A laquelle je n’attribue d’ailleurs pas autre valeur que celle d’une simple propoion, d’une question en somme que je vous se, par un trait qui me semble montrer com= ent le sentiment religieux spécial au Japon \ccorde avec celui de l’humanité tout entiére. Vemprunte aux souvenirs que je lis en cé pment avec beaucoup d’admiration eb d’édi-
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3B. L’OISEAU NOIR fication d’un homme qui a consacré sa vie a service des pauvres et qui vit au milieu de mendiants et des prostituées dans l’un des pl misérables quartiers de Kobé. Cet homme, de venu chrétien, nous dit que ce qui l’a le plu frappé dans les enseignements de 1’Evangil c’est le commandement non seulement d’a mer le prochain, mais de le respecter. Non sev lement nous devons aimer les étres les plt déchus, les plus dégradés, matériellement « spirituellement, mais encore nous devons sp:
cialement les honorer et les respecter, pare quils sont comme nous les créatures, I temples vivants de la Divinité ; bien plus 1 portent la marque spéciale de sa main (comm ce pin sur la route du Tokkaido tout tordu dar une supplication de paralytique !). Il n’y rien de plus chrétien que ce sentiment sublim et je suis heureux de penser qu’il n’y a aus rien de plus spécialement et de plus profo dément japonais.
Messieurs, je m’excuse de vous avoir si loni temps retenus, 11 ne me reste plus qu’a jet avec vous un regard sur le paysage parcouru
conclure par quelques vues sur celui que ‘venir offre A nous. | | Il m’a semblé comprendre que le caractére aditionnel de |’Ame japonaise était le respect, compression de la personnalité en présence objet considéré, l’attention déférente aux res et aux choses qui vous entourent. Votre ligion n’a pas été jusqu’ici le culte d’un ire transcendant, elle est étroitement associée 1 milieu naturel et social ov elle s’exerce, et en quelle ressemble aux religions de |’Inde de la Chine en ce qu'elle se passe de l’idée une Révélation précise apportée de |’autre onde, elle différe cependant profondément de ane et de l’autre. L’Indien est essentielleent un contemplateur, il regarde toujours la éme chose, une verdure éternellement insub-— stante, quelque chose d’éternellement caant et d’éternellement caché. Le peuple chiis, répandu en nappe immense sur la plus ‘ande alluvion qui existe au monde, a réservé meilleur de ses préoccupations au réglement y ses relations avec ses semblables, a la codifition des lois morales et pratiques qui perettent 4 des fréres de se partager sans violence
et sans procés l’héritage de la terre et de l’eau Le Japonais fait partie d'un ensemble séparé « qui a montré pendant des siécles qual pouvai se passer de tout contact avec le reste de l’um vers. Son pays est une espéce de sanctuaire tou —-édifié eb paré sur Jequel il voit d’un bout d l’année & l’autre, depuis les neiges de janvie jusqu’aux profondes poussées de la terre sou la pluie chaude de la Nyubai, depuis les rose exhalaisons d’avril jusqu’a l’embrasement av tomnal, se succéder et se développer dans u:
ordre rituel une cérémonie de couleur et d -{écondité. Sa vie est de participer 4 cet august calendrier, comme un enfant de famille an tique qui prend part aux fétes traditionnelle de sa maison. I] s’ajoute 4 la nature plut¢ qu’il ne la subjugue, il s’associe 4 ses célébre tions, il la regarde et fait la méme chose, compléte son langage et sa parure, ils viver en méme temps. Il n’y a pas de pays ou plu étroite intelligence existe entre l’homme et | nature et qui de |’autre 4 l’un porte plus vis blement la réciproque empreinte. Ils n’ont pa fait pendant deux siécles autre chose que de s regarder ! Laissez-moi exprimer le voeu qu
Bata ee RE hee EEG ae Se 8 Sher Bega Mion eee ene ae Pe We ey ee rs ga ee i Sy ap es ets ee ey Pe ee ae 7 pe tee a ee ee AE ee
tte communion continue et que la lecou 1 elle comporte pour le reste de l’humanité ne
Sse pas, que des constructions étrangéres et
inales sans rapport avec le pays qui les sup-
rte ne viennent pas déranger comme un hur-
ment d’esclaves et de damnés la musique de
s les enchantées. Chaque fois que je rentre 1 France je constate avec un chagrin profond S progres d’une invention scélérate, d’un sau pire que le phylloxéra, qui détruit peu a su toute la beauté de notre pays, je parle de
«DANS LE SOLENL LEVANT = =— 3g”
tuile mécanique, de ce matériau aux lignes’
tificielles et rigides comme l’esprit d'un |
on, dont le rouge criard remplace peu & peu
s beaux tapis de tuiles, d'une pourpre amortie
mame les laines de Bonkhona, les vieilles toiires honnétes de la Champagne et de la Pronce. Au milieu du plus harmonieux paysage
suffit d’une seule touche de ce carmin inso-
nt et inaltérable pour tout démolir comme Tire d’un imbécile qui anéantit l’orchestre.
h bien, je crains que chez vous, si vous ne
ouvez le moyen d’apprivoiser ces matériaux
ingereux, le ciment armé et le zinc ne proaisent de pareils dégats. Il y a une vieille
superstition chinoise appelée le fong shut, qu prétend qu’on ne détruit pas impunémen l’harmonie de la nature, que si on la défigure que si on en casse la forme et le sens, les habi tants de cette création abimée seront exposé: sans défense & toutes les influences maléfiques Je souhaite que ce jour n’arrive jamais pour || Japon, et, suivant les paroles de votre hymn national, que l’union paisible de l’homme et d' . la terre subsiste pour tous les siécles « comm: la mousse sur le rocher ».
Juillet 1923.