L'olivier en Algérie
L'Olivier qui est l’arbre des rives méditerranéennes a une histoire qui se lie aux anciennes civilisations qui y ont surgi et S’Y sont éteintes, depuis trente siècles. En Grèce, l'Olivier était l'arbre de la Paix, l'arbre qui fait vivre; mais ce sont les Romains qui ont
Oléastres à Beni-Mansour,
su donner à la culture de l’Ofivier une extension considérable vers l'Ouest et pendant les siècles de la domination latine le Nord de
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l'Afrique se couvrait d’olivettes. Les forêts d'oliviers sortaient de cette terre si propice par le fait d’une volonté qui ne connût pas : d’obstacle et qui sut maitriser les besoins du moment pour vorga-
Oléastre, olivier spontané.
niser la prospérité des générations à venir.
On a beaucoup discuté sur l’indigénat de l'Olivier en Afrique. Il est certain que l'Olivier est spontané en Algérie ; mais la forme vraiment sauvage est l’Oléastre vrai à très petits fruits dont il est très difficile de retirer de l'huile pour un usage courant. Les Phéniciens importèrent probablement les races déjà cultivées en Orient, ces races améliorées se propagèrent de la Cyrénaïque au Maroc et même en Espagne, le nom arabe de l'Oléastre est Zeboudj, tandis que l’Olivier eultivéestnommé, en arabe, Zitoun, d’où l'espagnol Aceytuno. En kabyle, l’Oliviercultivésenomme Azemmourt, ce nom berbère n’a pas d'analogie
de même racine dans les langues de la région de l’Olivier, cette dénomination indique donc une. introduction très ancienne.
Les noyaux des Oliviers cultivés ont donné naissance à beau-
— coup d'Oliviers sauvages qui sont, à tort, confondus avec le véritable Oléastre ou forme primitive qui se reconnait facilement à son port, surtout à ses fruits très petits, sans chair.
Certains de ces Zeboudj ou Oliviers sauvages se couvrent de fruits parfois assez volumineux pour être récoltés et donner une bonne huile ; mais en faible quantité.
C’est M. Bourde qui, dans un mémorable rapport sur la Culture de l’Olivier dans le centre de la Tunisie (1893), a établi par des observations nombreuses et des textes très clairs que l’Olivier avait été, pendant la période si heureuse de l’occupation romaine, l’agent presque unique de la prospérité de la Tunisie. Il est non moins certain que dans une grande partie du littoral algérien l’'Olivier a joué un rôle beaucoup plus important que de nos jours.
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Huilerie romaine près Tébessa (photogr. de M. Gsell).
Dans le massif du Chenoua entre deux anciennes villes qui ne comptaient pas moins de 60.000 habitants, Tipaza et Cherchell, on trouve encore des ruines nombreusps d'huileries romaines et cependant l'Olivier y est devenu rare et les quelques arbres témoins ne sont même plus exploités.
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Dans la région de Tebessa les ruines d’huileries sont importantes, M. Gsell nous a communiqué la photographie d’une usine très remarquable qui est encore debout à une trentaine de kilomètres au Sud de Tebessa. |
On attribue aux grandes invasions arabes [a destruction des forêts d'Olivier. Dans le massif de l’Aurès, une légende rend aussi responsable de cette destruction la Kahena, héroïne qui commandait dans cette région lors de la sixième invasion arabe. La Kahena pensait décourager l’envahisseur en ruinant le pays, tous les arbres fruitiers furent abattus par ses ordres,
Enfin il est probable que l'exportation sur Rome -et Constanti-
nople devint plus difficile, la mévente découragea à ce moment
déjà, plus d’un producteur. Depuis plus de six siècles la culture de l’Olivier s’est localisée dans quelques sites plus particulièrement favorables, comme la Kabylie où, actuellement, la production de. l'huile est bien loin de suffire à la consommation locale, car l’Algérie importe tous les ans dix à douze millions de litres d’huile comestible. La tradition comme les documents historiques semblent bien établir que les Carthaginois comme les Romains ont provoqué par des mesures administratives la plantation des immenses oliveltes qui s'étendaient de Sfax aux rives de l'Océan.
En Kabylie une légende attribue à un conquérant venant de l'Est la mise en culture de l'Olivier dans tous les terrains propices, en quelques années ce puissant bienfaiteur aurait fait mettre en terre les. millions d'Oliviers qui alimentent le pays depuis. Il serait à désirer qu’une nouvelle intervention du même genre obligeât les Kabyles d'aujourd'hui à réparer les vides qui se sont pro-. duits dans leurs plantations.
Au moment de la conquête la fabrication de l’huile par des procédés primitifs était confinée en Kabylie et dès les débuts de notre occupation, les émigrants jetèrent leurs vues sur l’industrie de l'huile. Les Oliviers sauvages de la banlieue d'Alger furent greffés et déjà en 1832 trois moulins importés de France avaient été montés par MM. Nadaud, Lacroutz et P. Raynaud. Ces premiers essais
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démontrèrent que les olives d’Alger pouvaient donner une huile fine comparable à celle de Provence et d'Italie. |
En 1833, plus de 10.000 Oliviers étaicat greffés et M. Fougeroux plantait 2.000 oliviers venus de France.
En 7 ans, 60.000 oliviers furent greffés dans la banlieue d° Ten à Bône le même élan était donné. Mais, malgré le concours de ‘ toutes les administrations locales en 1846, la situation était peu brillante, à peu près toutes les espérances étaient déçues ; des lois douanières antilibérales refusaient d'ouvrir "le marché français aux produits d'origine algérienne. |
L'administration locale avait cependant, dès les premiers jours, soutenu l'effort des colons et le Jardin d’essai ou Pépinière centrale ne pouvant fournir les greffes en suffisante quantité, il fut créé une {mportante collection d’Oliviers. Pour celà on fit appel aux agents consulaires de France, en Espagne et en Italie en 1845, un premier envoi d'Espagne comprenait 200 rejets de souches et 200 boutures d'Olivier nain dit Arbeca et de plants de Palma et de Séville. En 1846, 72 plants et 18 variétés furent introduits d'Italie, . ce sont : Rezzara, Colombaia, Mortigna, Pignola, Razzola, Riondinu, Taggiasca, Pendolina, Spagnola, Olivella, Ogliastro, Fremeireuc, Poncineri, Prevezi.
En 1847 et 1848, le Jardin d'essai recevait de Provence deux envois et 27 variétés venaient s'ajouter aux collections espagnoles et italiennes.
Ces variétés étaient dénommées : Picholine, Blanquet, Souraou, Negret, Pleureur, Superfine, Berruguet, Selounen, Bécu, Verdale, Bouquetier, Virmillon, Groussaou, Pointue, Sauvine, Verdaou, Barralinque, Trouesac, Rascas, Caïon du Var, Caïon du Rougeaou, Le vrai Caïon, Noir de Grasse, Caïion de Varage, À mellaou.
Eu 1854, cette collection était, d’après J. Duval, un des plus beaux ct des plus précieux ornements du Jardin d’essai. Des sujets élaient envoyés à Misserghin et à Bône.
Une instruction sur le greffage des Oliviers était rédigée par M. Hardy et distribuée largement.
Les premiers moulins créés à Alger, n’avaient pu continuer, car non-seulement les huiles algériennes étaient grevées de droits à leur entrée en France à titre de produits exotiques ; mais une ordonnance du 2 février 1848 accordait aux produits des graines oléagineuses étrangères eutreposées à Marseille, la faveur de l’im- portalion en franchise dans les ports de la colonie.
- L'accès en franchise du marché national n’a été accordé aux huiles et autres produits agricoles d'Algérie que par la loi du 14 janvier 1851. :
À ce moment, le Gouvernement fut poussé à primer les grefes ; mais l’Administration jugea qu’il valait mieux encourager la création de moulins européens et des primes importantes furent accordées. Le meilleur encouragement à donner était de fournir aux colons les moyens de tirer parti des récoltes obtenues. On y arriva par des primes aux meilleurs moulins.
En 1883, J. Duval estime à 2 millions de litres l’exportation en huile d'olive par le port d'Alger, et s’exprime ainsi à ce sujet : « On expédie en France, à vil prix, des huiles d’olives de qualité supérieure en échange d’huiles très inférieures et très chères. Le commerce s'enrichit à ce va et vient ; mais la production s’y ruine ». | ;
A ce moment, la province d’Alger comptait 48 moulins ; la province de Constantine 20 ; la province d'Oran n'avait que 11 moulins : 2 à Mascara, 9 dans la région de Tlemcen. L'importance de ces moulins est très variable : les uns avaient coûté 50.000 francs d'installations, d’autres 4 à 5.000 francs. La force motrice était empruntée à des chutes d’eau. Le moulin Picot, établi en 1850, à Miliana, et le moulin Castelbou, à Fouka, étaient actionnés par le vent ; beaucoup de ces usines avaient des manèges.
Le mouvement en faveur de l’Olivier était général et partout où - la colonisation pénétrait après la pacification complète du pays; des efforts considérables étaient faits: En 1850, la Compagnie des Mines de Mouzaïa faisait greffer les nombreux Oliviers de sa concession par les soldats greffeurs -du capitaine Bréanti et aujour-
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d'hui encore on trouve dans cette région qui fut longtemps abandonnée après la fernreture des usines métallurgiques des Oliviers donnant de bonnes olives et formant une véritable station d'essai où 1l sera possible de choisir les races qui se comportent le mieux. | |
À Saint-Denis-du-Sig, dès 1852, 4.000 Oliviers étaient plantés. L'élan gagnait la population indigène, et dans la région de Mascara les Beni-Chougran qui avaient. dès 184%, reçu des maîtres-greffeurs, envoyés par le général Bugeaud, greffèrent 2.000 pieds par an avec l’aide des soldats. Le même travail s’effectuait dans la région de Sidi-bel-Abbès. |
Après ce premier effort qu est trop souvent méconnu, l'Algérie avait, en 4854, 23.000 hectares d’Oliviers en rapport, cinquante moulins européens en arrivait à une production évaluée approximativement à onze millions de litres d'huiles dont près de trois millions étaient exportés.
Les chiffres cités sont tirés d’un important mémoire de M. J. Duval et basés sur des renseignements officiels. Il parait donc évident que, depuis 1854, l’oléiculture n’a fait en Algérie que des progrès assez lents. En 1894, le nombre de moulins européens étaient de 158 ; en 1899, il est de 195. Quant à la production, il est impossible de l’évaluer exactement avec les renseignements recueillis. On pense que la production est d'environ 250.000 hectolitres, 2.500 hectolitres le sont exportés.
En 1893, M. Bourde, directeur l'Agriculture en Tunisie, adressait au Résident général un très remarquable rapport sur la culture de l’Olivier dans le centre de la Tunisie. Ce travail, très documenté, fut un évènement dans l’agriculture du Nord de l'Afrique. En Tunisie, l’élan fut considérable et de très importantes plantations furent faites notamment dans la région de Sfax.
Le rapport de M. Bourde ne fut pas sans eflet en Algérie et bien des colons se sont de nouveau préoccupés des avantages que peuvent présenter, dans certains sites, la culture de l’Olivier ; beaucoup d’Oléastres sont greffés tous les ans et des plantations sont faites dans les trois départements.
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La Régiou de l’Olivier
. L’Olivier caractérise en Algérie une zone naturdle très étendue comprenant le littoral, les plaines qui y aboutissent et reparaissant dans l'intérieur quand l'altitude est inférieure à 900 mètres dans les vallées qui descendent des massifs montagneux du Tell. Toute cette zone de l’Olivier n’est pas également propice à la culture de cet arbre. Dans le voisinage immédiat de la mer, comme dans les environs d'Alger et de Bougie, l’Olivier a à subir les attaques de nombreux parasites, le ver de l’olive détruit une si grande partie de la récolte que les arbres greffés dès 1854 ont été en grande partie abandonnés.
Les rendements en huile sont aussi bien différents d’une contrée à une autre et souvent à de faibles distances. Le rendement en huile est beaucoup plus élevé à Relizane, à St-Denis-du-Sig que dans les olivettes de la base de l'Atlas ; dans la Mitidja quand 100 kilogr. d'olives donnent 18 litres d'huile à St-Denis-du-Sig, on obtient que 14 litres dans le Sahel et dans la Mitidja.
C’est un fait du reste bien connu que le rendement en huile augmente à mesure que l'on avance vers les régions plus chaudes.
L'Olivier paraît se plaire à une altitude de 300 à 600 mètres. Des peuplements considérables d'Oliviers sont en pleine production ; mais il est facile de constater que beaucoup de vides pourraient être comblés, soit par le greffage, soit par de nouvelles plantations. |
Dans le département de Constantine la région de La Calle ne présente l’Olivier qu'à l’état épars, les arbres ne sont pas greffés, les fruits sont cependant récoltés par les indigènes qui en fabriquent une huile de leur goût. Les grés de Numidie et les gneiss
sont surtout boisés de chênes. Ce sont les alluvions des vallées
et les formations marneuses ou calcaires qui sont occupés par les Oliviers. Ces arbres s’avancent jusque dans le Sud sur le versant de l’Aurès à Batna et dans la vallée de l’Oued-Chabro, près