ÉLÉVATION
Fidèle à ma morne habitude, Dans l'âpre et fauve solitude De sable et de granits amers,
Hier, au pied de la falaise.
J'errais sous un soleil de braise Saignant à Tborizon des mers.
J'attendais Theure où, formes lentes, L'essaim des Voluptés sanglantes Surgit pour moi du fond des airs ;
Et déjà par lourdes spirales Avec des soupirs et des râles Le groupe évoqué par mes vœux
Se détachait, blême et tragique, Au-dessus du cercle magique Empli de plaintes et d'aveux.
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Quand te voyant, rouge épouvante, Parmi ces mortes, toi vivante.
Je sentis frémir mes cheveux.
Froide et les chairs décoloi'ées
Parmi les ombres implorées
C'était bien toi. Tes grands yeux morts,
Emplis d'une angoisse éternelle, Appuyaient sur moi leur prunelle Obsédante comme un remords.
Un spasme entr ouvrait tes dents froides Et tordait, gonflant tes seins roides, Comme un cep ardent ton beau corps.
Du fond de Tabîme arrachée.
Ombre farouche effarouchée, Tu grondais et râlais tout bas
Des plaintes sourdes, des reproches Sourds comme un écho dans les roches, Bas comme un bruit lointain de pas !
Parmi les tortures poignantes Des mornes Voluptés saignantes Toi, pourtant, tu ne saignais pas !
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Ta chair exempte de blessures, Ta chair où les chaudes morsures N'ont jamais appuyé leurs dents.
Fleurissait, intacte et livide, Et les pieds crispés dans le vide, Tu râlais sous les ciels ardents 1
Et je compris, ô misérable, Que la pluie atroce et durable Est celle qui saigne en dedans;
Que la plaie étalée est lâche, Mais que la blessure qu'on cache, Comme un sinistre et sombre enfant,
La douleur qui creuse la joue, Que l'œil hautain jamais n'avoue Et dont on meurt en étouffant.
Que celle-là seule est la vraie Et que l'autre est la folle ivraie.
Auprès de l'épi triomphant !
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