‹ L'ombre ardente: poésiesChapitre 22 sur 82 · SUR UN PORTRAIT · texte numérisé non relu

SUR UN PORTRAIT

D'après la Primavera de Sandro BoiticellL

Au fond d'un vieux palais toscan enseveli, C'est un portrait sinistre k force d'être étrange, Tête idéale et folle aux yeux de mauvais ange, Visage ovale et un d'adolescent pâli.

Le cou frêle et trop long penche, comme aiTaibli/ Sous le poids du front haut, mi-voilé d'une frange De raidescheveuxlongs d'un blond roux, presque orange, Et semés d'iris bleus, signés Botticelli.

La tête douloureuse, ardente et maladive,

A dans le morne attrait de sa grâce native

Le charme d'une vierge et d'un garçon pervers.

Favori de prélat ou savante Ophélie,

Son énigme est souffrance, entraînement, folie

Et comme un pbiltre noir coule daos ses jeux verts.

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La gravure en ornait le texte d'un vieux livre, Un volume de vers oubliés aujourd'hui...

Et souriant en tète au lecteur ébloui, L'inquiétant visage invitait a poursiuvre.

Une promesse étrange et rare semblait vivre Dans la bouche, attirante et douce comme un oui. La Joconde, astre noir d'un siècle éypnoui, A ce rire ambigu dont le mystère enivre.

Sans ce rire ironique et tendre aux plis amers J'aurais fermé le livre ou j'aurais lu les vers, Car le pouce indolent aurait tourné la page.

Mais du morne sourire ayant bu le breuvage.

Je restais là, charmé, les deux yeux grands ouverts,

Des siècles révolus acceptant l'esclavage...

Et \k, pris d'une angoissé, admirant en détail Et la tête en clarté sur le lacis des branches, Et le nimbe étoile d'iris et de pervenches Ceignant ce front souffrant d'une aube de vitrail.

J'évoquais hors des temps un vieux pape en camait. Au fond d'un oratoire adorant les mains blanches D'un être énigmatique et nu, frêle et sans hanches. Debout près d'un chien noir au lourd collier d'émalL

Foscari de Florence ou svelte Marosie, Mignon au Vatican ressuscitant l'Asie, Ck>urtisane en étole, épbèbe vénéneux

Après la rouge orgie, ayant la fantaisie

D'être immortalisés, le favori haineux

Sous les traits du Printemps, la gouge en Poésie.*.^

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Celait Tordre aussitôt émané du palais Intimant à Sandro, le vieux maître en peinture, D'apporter ses pinceaux chez celte créature,- La chapelle Sixtine en fleurs, les chevalets

Dressés dans la Trihune et dans l'investiture De leurs pouvoirs sacrés, les prélats, ces valets, Frottant leur pèlerine et leurs bas violets

A Testrade, où sourit Tidole hors nature...,

Les rouges cardinaux le long de l'escalier

Discourant en latin et la traîne écarlate

De leur robe en reflets sur les pavés d*agate ;

La salle haute, immense et prêtre humilié, Le Saint-Père à genoux disposant en collier Lys, iris et bleuets sur l'être à gorge plaie.

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L«OMBRE ARDEKTE

Cétait Ik le passé de crime et de folie Qu'évoquait à mes yeux ton sourire mauvais, Et, ce que je songeais tout bas, tu le savais, Douteux adolescent, énigme d'Italie.

périlleux miroir d'une époque abolie!

Je ne sais d'où tu viens et tu sais où je vais; Car depuis, chaque nuit, je vois à mes chevets Ton sourire irritant de perverse Ophélie...

En tète d'un volume oublié d'anciens vers C'esrun portrait sinistre à force d'être étrange, Tète idéale et folle aux yeux de mauvais ange,

i Front blanc de courtisane et d'épbèbe pervers, I Auxraidescheveuxlongsd'unblondroux.presqueorangc Et comme un philtre noir coule dans ses yeux verls...

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S3 L*OMBRE ARDEXTE

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