MELUSINE
Pour Gustave Moreau,
En robe orientale, en coiffe sarrazine, Au parapet jauni la pÂle Mélusine S*accoude et l'avenir est son souci poignant.
Devant l'horizon rouge aux créneaux accoudée, Elle songe au destin des futurs Lusignan, Soudain prise à l'aspect de ce grand ciel saignant D'un vaste et morne ennui des beaux soirs de Judée.
Elle sent, triste et lasse aux derniers rais du jour Venir l'heure du charme et des métamorphoses, Et ses yeux prévenus veulent voir dans les roses Du couchant, un adieu du monde à son amour.
Déjà grêle et visqueuse au sommet de la tour, Elle voit ses bras nus verdir sous les écailles Et le froid du serpent la saisit aux entrailles.
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L*OMBR£ BLEUE 73
MOIIGANE
Pour Gustave Moreau.
Un pâle clair de lune allonge sur la grève
L* ombre de hauts clochers et de grands toils, où rêve
Tout un chœur de géants et d'archanges ailés.
Pourtant la ville est loin, à plus de deux cents lieues;
La dune est solitaire et les toits dentelés,
Les clochers, les pignons et les murs crénelés,
Sur le sable et les flots montent en ombres bleues.
Au fond des profondeurs du ciel gris remuées Toute une ville étrange apparaît: des palais, Des campaniles d'or, hantés de clairs reflets, £t des grands escaliers croulant dans les nuées.
Leur ombre grandissante envahit les galets Et Morgane, accoudée au milieu des nuages, Berce au-dessus des mers la ville des mirages.