‹ L'ombre ardente: poésiesChapitre 35 sur 82 · LES NEIGES · texte numérisé non relu

LES NEIGES

A ma mère.

On voit arriver de Norwège Avec les premiers froids d'hiver Des grandes abeilles de neige.

Leurs essaims blancs couvrent la mer.

Elles vont en Bohème, en Flandre, Tourbillonnant par les ci eux froids, Par l'horizon couleur de cendre Et les pignons sculptés des toits.

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Aux clochetons, aux girouettes, Aux balustres des vieux balcons On voit en blanches silhouettes Luire et trembler leurs gros flocons.

Battant des deux mains sous leurs moufles, Les petits enfants, essaim blond, Regardent se fondre à leurs souffles Le givre des vitraux de plomb.

Dans un reflet crépusculaire L'essaim blanc voltige en tremblant Et, comme sous un grand suaire, Les prés, les bois, tout devient blanc.

Leur vol est Téternel silence, On sent peser dans leur essor Le rêve et la tristesse immense Des immenses steppes du Nord :

La nuit, quand dans la vaste plaine, Percé par leur froid aiguillon, La terreur fait bramer la renne, Qu'a surpris leur blanc tourbillon...

Filles des p^îles avalanches, Leur froid baiser donne la mort.

L'hiver a ses abeilles blanches El Tété ses abeilles d*or.

Les neiges ont aussi leur reine.

Leur reine au profil argenté, Dans la nuit glacée et sereine Baignant sa froide nudité.

Sa ruche est au ddà des pôles, Sous les cieux du Nord étoiles.

Oa voit vibrer à ses épaules Deux rayons de lune gelés.

Sous son manteau tissé de givre, Voilîi déjà plus de mille ans Que son cœur a cessé de vivre Et que ses yeux éteints sont blancs.

La neige autour d'elle immobile Sous un ciel morne et sans frissons Monte, resplendit et s'effile En stalactites de gînrons;

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Et sur cette blaDcheur spectrale, Effrayante immobilité, Règne une aurore boréale Rouge de toute éternité.

Debout dans la rougeur immense.

Voilà trois mille ans qu'elle est là, Gardant dans réternel silence Le secret blanc qui la gela.

Reine des pâles avalanches.

C'est laTierge auguste du Nord.

L'hiver a ses abeilles blanches, Et rété ses abeilles d'or.

La reine au loin parfois voyage.

Un traîneau doublé de frimats L'emporte au-dessus d'un nuage A travers de meilleurs climats.

Comme un point au milieu des nues^ On voit filer au ciel neigeux, Au-dessus des troupeaux* de grues, La reine et son traîneau brumeux.

Les vieux loups assis dans la neige Hurlent au coin du liois désert, Et les corbeaux lui font cortège, Criant la faim, criant Thiver.

Elle, impassible et dédaigneuse, Passe entre ses blancs bataillons; 11 gèle et la lune frileuse Lui tisse un manteau de rayons.

A travers le vent, les bourrasques Elle va de ses doigts gelés Cueillir les grandes fleurs fantasques.

Dont les carreaux sont étoiles.

Aux vieux vitraux teintés d'opale ' On voit, impassible et sans bruit, Son auréole et son front pâle Rayonner et croître à minuit.

L* enfant couché dans la mansarde, Transi de peur entre ses draps, Croit que la reine le regarde.

Elle ne le voit même pas.

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Elle est là-bas dans la Norwège, Là-bas, bien au delà des mers, Dans réternel palais de Neige, Où dorment les futurs hivers.

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