‹ L'ombre ardente: poésiesChapitre 42 sur 82 · L'AME ANTIQUE · texte numérisé non relu

L'AME ANTIQUE

LMnie antique, voilée et drapée d étoffes mollei et viol&tres, est accoudée immobile i uo cippe. — En avant d'elle, deux trépieds éteints. — Autour d'elle, sur deux rangs, de& joueuses de flâte.

Aux appels langoureux des flûtes Écartant mon léger Hn'ceul, Je ni*éveille, et mon cœur moins seul Palpite et bat sous les volutes De mon voile, où s'effeuille une fleur de glaïeul.

Dans le clair obscur et les moires De TErèbe, au pays d'Oubli, Veillé par des grenouilles noires, Mon corps dormait enseveli, Quand le plectre d'écaillé et les flûtes d'ivoire Ont soudain retenti.

98 L OMBRE ARDEXTE

Et, telle une pûle fumée, De Tombre infernale exhumée, Les doigts de fard encore rougis, Je monte et, calme, je surgis.

Mes pavots et mes violettes, Fanés depuis quatre mille ans, Ont refleuri mes bandelettes; Et de mes mains aux gestes len'.s Je viens vous rallumer, ù frêles cassolettes, Souvenirs d'un jadis embaumés et brûlants.

l'ombre bleue . 9Q

Des temps où j'ai vécu, l'amère nostalgie M*obsède, et tristement sous le ciel d'aujourd'hui Je pleure Tèrc d'or, où mon œil ébloui S'ouvrait au ciel profond et bleu de la Phrygie.

Les bras ceints d'électrnm, la prunelle élargie Par l'image d*un dieu, j'imposais les doux oui Aux lèvres des guerriers, spectres évanouis Dont j'ai fait dans ces>'ers une molle élégie.

Comme un rèvc de marbre éclos dans le ciel pur, Le temple où je veillais, pieuse canéphore, Dominait et Teau glauque et l'ambre des blés mûrs,

La vallée et la mer que Talcyon décore ; Je portais le miroir et la lampe et l'amphore Et le trépied sacré flambait haut dans l'azur.

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100 L*OMBRE ARDEKTE

Quels gestes abolis, quels mots évocatoires Redresseront jamais, sur les bleus promontoires

Le vieux temple écroulé !

Las, ils sont à jamais morts, les biérodules, Dont la voix aurait pu dans Tor des crépuscules j

Ressusciter Ilellé !

Le siècle, hélas ! n'est plus où les dieux nus et calmes. Au bruit des chants sacrés, au rythme lent des palmes.

Et dans leur gloire assis, Regardaient défiler en longues théories Le mystère éclatant de tes Thesmophories,

Mater Cybèle Isis 1

pâturages bleus et fables de Sicile, Récits de vieux pilote et légendes des lies.

Lourds gâteaux de pavots, Que déposaient au pied d*autels vêtus de mousses Des trayeuses de lait au front ceint de fleurs rousses

Et de gestes dévots !

l'ombre bleue 101

Roseaux luisants de cire aux doigts légers des pâtres^ Évoquant Arténiis dans les antres rougeâtres

Des monts thessaliens, Et, parmi le feuillage en émoi du cytise Et du troëne en fleurs, les yeux de convoitise,

Actéon, de tes chiens!

Entre les iris noirs et les coupes de jades Des lotus, cet éclair, le torse des naïades

Par Priape épié.

Et soas les ciels d*août, déjà pâle et sans vie. L'angoisse et les clameurs du Syrinx poursuivi

Par Pan le chéne-pied.

Sous quelle acanthe en fleur, au pied de quel portique Vous abriter encore, âmes du monde antique,

Idylles des vergers!

Rêve éclos de Corinthe à Cos, et d*Agrigente, A Lesbos, qu'une lune ardente et blême argenté.

Amours des dieux bergers!

L OMBRE ARDEXTE

Ki les douces langueurs des plectres et des Ivres,

Ni les parfums mourants des vagues encensoirs,

Ni ma nourrice en pleurs dans Tadieu des longs soirs,

Ni mon blond fiancé, héros au Ger sourire,

N'avaient pu rallumer le feu des vains espoirs

En mon cœur, oiseau mort comme un cœur d'hétaïre,

Volume à jamais clos où nul n*avait pu lire,

Et lasse,je dormais, le front dans les lys noirs ;

Quand voilà qu'au milieu de mes songes funèbres. Tels des miroirs d'argent luisant dans les ténèbres. Des faces ont souri, des souffles chuchoteurs Ont frôlé le linceul où je dormais raidie.

Inaccessible et sourde aux vaines comédies Sans symbole et sans Dieu de ces temps insulteurs.

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L OMBKE BLEUE

Et j'ai senti les bandelettes De mon corps froid depuis mille ans Se dénouer; des violettes Ont parfumé mes doigts tremblants Et j'ai tendu vers vous mes bras, ô cassolettes, Chers tombeaux d'un passé men^eilleux et troublant.

Dans les chansons, dans les murmures, Portant les uns des figues mûres.

Les autres des fleurs de crocus.

C'étaient tes chanteurs, 6 Bacchusl

Et j'ai reconnu le cortège Des nains et des mimes ventrus, Et ceux qu'un masque d'or protège, Les bouffons des temps disparus Et l'Hoplite et TArchonte et le tils du Stratège

Sur leurs pas accourus.

Et ]e crotale sonne et le masque ricane

Le fol Au parasol Braque sa sarbacane.

En robe diaphane Cest Chrysis et, pieds nus, Bacchis la courtisane Aux gestes ingénus Et dans la folle attique Réveillée ù leurs cris La Comédie antique Danse, grimace et rit.

Aux appels langoureux des flûtes ÉcartanlmoD léger linceul, Je m'éveille, et mon cœur moins seul A palpité sous les volutes De ma voile où s'enlr'ouvre une Jleur de glaïeul.

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l'ombre bleue 105

SOIRS DE lODIS

La Princesse au bord du ruisseau S'assit pour cueillir la verveine.

Ses yeux étaient frais comme feau.

Mais son cœur avait grande peine.

t Mon prince est parti sans retour, Ma joie amoureuse est fumée.

Qu*on me dresse au seuil de ma tour Un grand lit de sauge embaumée.

Et ce soir, au glas du beffroi.

Cierges d*or et cierges de flamme, Sous un dais de pourpre et d*orfroi, Feront belle escorte à mon âme. »

106 l'ombre ahdknte

Ils s'aimaient : au miiieu des lys Et des roses du vieux domaine Chaque soir voyait le beau fils Conduire aux charmilles la reine.

Penchés sur la vasque dairain Des jets d'eau, le cœur aux écoutes, Us laissaient couler leur chagrin Avec l'eau pâle, goutte à goutte.

Et c'était en les soirs vermeils, Une joie angoissante et pure, Que d'entendre en deux cœurs pareils, Sangloter la même blessure...

Sans vain scrupule, et sans effroi, Elle aimait tant, la reine aimée, Qu'un jour la mâle renommée En parvint jusqu'au camp du roi.

L OMBRE BLEUE

£t, depuis lors, on ne vit plus La Reine à la marche hautaine, Appuyée au beau capitaine.

Errer sous les arbres confus,

Par les chemins aux larges dalles, Dont ils cueillaient, naguère encor, Les lys aux orgueilleux pétales, Et les roses de pourpre et d'or...

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Ce qui frappa ses yeux d'abord.

Ce fut, dans Therbe et la rosée, La tète humide et tiède encor, Du sire, au pied des lys posée...

La tète blonde aux lourds cheveux,

Avec le rire en fleur des lèvres,

Où les baisers et les aveux

La veille, hélas ! mêlaient leurs fièvres ;

La dame en silence posa Sa bouche aux yeux clos, et son ùme Dans un long sanglot se brisa...

Le Ciel accueille Belle Dame!...

-MBl^ta

l'ombre bleve lOd

BROCELIAiNDE

Les genêts étaient d'or et dans Broceliande

L'iris bleu» ce joyau des sources, la lavande

Et la menthe embaumaient: c'était aux mois bénis,

Où le haliier s*éveille à l'enfance des nids,

Et les pommiers neigeaient dans les bois frais et calmes.

Au pied d'un chêne énorme, entre les larges palmes

Des fougères d'Avril et les touffes de lys,

Viviane et Myrdhinn étaient dans l'ombre assis.

Svelte, un hennin brodé ceignant l'orfèvrerie

De ses longs cheveux roux et, la robe fleurie

Sur un fond vert de mer d'arabesques d^argent,

Elle avait l'air, charmante et la gorge émergeant

De la tunique ouverte et glissant des épaules,

D'une abeille posée au feuillage des saules ;

Et ses bras DUS étaient chargés d'anneaux d'orfroi.

Auprès d'elle, envahi d'un lent et vague effroi

Et, ses vieux doigts posés sur les cheveux d'or fauve

De la dame, Myrdhinn inclinait son front chauve

Sur sa barbe argentée et se taisait.

L OiaBRE AKDEXTE

Au loin Dans la verte clairière, impassible témoin De leurs amours, paissaient deux blanches haquenées. Ils avaient fait la route a petites journées Et d'Ys en Cornouaille, où la mer est d'azur, Parla lande aux fleurs d'or et par le clair obscur Des grands bois odorants, où le jour pleut et tremble En traits bleus, depuis l'aube ils chevauchaient ensemble Et rinstant de la halte était enfin venu.

Fée experte et savante au regard ingénu, La dame, entre ses doigts faisant couler ses tresses, Les ouvrit et, roulant en soyeuses caresses Leur or lisse et fluide oint d'essence et de nard Sur la barbe neigeuse et le cou du vieillard, « M'aimez-vous, 6 Myrdhinn, m'aimez-vous, puissant

i'maître ? »

Implora-t-elle, et Jui, les yeux clos, sans paraître L'écouter, lui tendit une fleur de glaïeul ; Et les flots de sa barbe étaient comme un linceul D'écume, où la parole était morte et raidie.

a Le hâle et Tair des bois m'ont-ils donc enlaidie A ce point, qu'aujourd'hui, dédaigneux de me voir. Vous refusiez, Myrdhinn, à mes yeux le miroir De vos yeux, ces chers yeux emplis de mon image Jadis? » et souriant tristement, le vieux mage

L OMBRE BLEUE

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Lui tendit de nouveau le frais glaTeul en fleur. Or, comme elle hésitait, Tceil obscurci d'un pleur, Le vieux sire effeuillant la fleur fraîche cueillie : <( Ce glaïeul, humble fleur de rosée en!^bellie. Offre son thyrse humide aux passants ; son amour Pénètre, embaume, enivre et pourtant, nuit et jour. Le glaTeul est muet et fleurit en silence.

— Votre fleur de glaïeul, maître, est une insolence : C'est une fleur de rustre, étant fille des bois. L*amour, TAmour des dieux, des dames et des rois, Eros était brodé sur la tapisserie De la chambre d*Arthus, où, dans Tombre fleurie De lys d'or, il ouvrait ses bras nus ravisseurs Entre Apollo Phœbus et les neuf Muses sœurs ; Mais il n'était qu'aveule, aveugle et non morose : Car de sa lèvre, ouverte au tracé d'un fil rose. Des deNises de gloire et des tejidres serments Signés de noms fameux, tragiques et charmants. Se déroulaient au ciel en fines banderoles.

L'amour sur votre lèvre est morne et sans paroles. Doux sire, et cependant, vous qui pensez ainsi, Myrdhinn, vous êtes sage et je vous dois merci; Mais j'aimais mieux l'Eros de la mythologie, Il riait. » Et, sortant de sa robe élargie.

Sa gorge droite et nue entre ses cheveux roux, Elle entra plus avant entre les deux genoux Du vieillard et, posant sa nuque délicate

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112 L'OMBnE ARDENTE

Sur ta robe de myre en samit éclartale :

« Un mage, comme vous, doit aimer les odeurs! »

Dit-e]le et, de ses doigts caressants et rôdeurs

Elle fit en flots blancs couler dans sa poitrine

La barbe du vieux sire, enivrant sa narine

De l'odeur de ses seins h sa robe appuyés;

Et, tandis qu'ébloui, les yeux extasiés.

Frôlé par ces doigts frais et ces tresses errantes,

Il humait cette gorge et ces mains odorantes,

La dame, elle, attentive au trouble de ses yeux.

Entonna lentement ce lai mystérieux :

Des parfums de mes lourdes tresses Mêlés au goût de mes baisers, J'ai fait de savantes caresses Pour les désirs inapaisés.

Au suc dés chardons bleus des dunes J'ai mêlé sous mes yeux ardents Les froids rayons des vieilles lunes.

Pris au froid émail de mes dents.

Et j'en ai fait un fier breuvage.

Un vin d'espérance et de vœux.

Un philtre amoureux et sauvage De la couleur de mes cheveux.

l'ombre bleue 113

Mon cœur est Torgueilleuse amphore, Où Vàpre vin luit nuit et jour, Luit, attendant la rouge aurore Où tu boiras, féru d'amour.

Rampante h tes pieds, en extase, Suppliante au cœur douloureux J'exalte vers toi le beau vase, Ecumant du philtre amoureux.

La coupe au nrveau de ta lèvre Rayonne, et mes débiles mains, Dans le désir et dans la fièvre.

Implorent les bleus lendemains;

Et tandis que, blême. j*écoute Et fléchis au poids de i'afl'ront, Le vin déborde goutte a goutte Et tu détournes, toi, le front.

Tu me dédaignes, mais prends garde.

Car la salamandre aux yeux verts Est ma complice et te regarde, Vieux mage implacable et pervers.

>Mai««Mi^nA»«u

La salamandre est ma complice £t je sais, vieillard soupçonneux, La combe où deurit la mélisse, La plante chère aux cœurs haineux.

Dans l'herbe folle et dans l'ivraie, Je sais quels sinistres avis Le crapaud coasse à Torfraie, Qu'une reine Juive a suivis.

Des parfums de mes lourdes tresses, Mêlés au goût de mes baisers.

J'ai fait de savantes caresses Pour les désirs inapaiscs.

Etladame, en un spasme entr'ouvrantsesdents froides,

Lui mordit les genoux à travers les plis roides

Du samit écarlale, et lemyre indulgent:

(( L'âge a fait mes sourcils et ma barbe d'argent,

Je suis trop vieux pour vous, belle dame amoureuse,

Trop las pour votre ardeur attirante et fiévreuse,

Trop usé pour le rêve et l'impossible essor

Que médite votre àme; et parmi vos crins d'or

En vain, voluptueuse et morbide couleuvre.

Pour me plaire avez-vous, enfant, mis tout en œuvre !

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L*0M6RE BLEU

Le 8ang de mes vingt ans, que Tàge a refroidi, Trahit le vieux 3IyrdhiDn et, dans l'ombre engourdi, Songeur lourd de regrets, de tristesse et d'années, Je suis le morne époux des vieilles fleurs fanées. Un diseur de légende, autrefois gai chanteur Des gloires de mon siècle ; et le ruisseau menteur Qui bavarde, emportant les fleurs à la dérive, Dit plus de gais refrains aux roseaux de la rive Que Myrdhinn, aujourd'hui las des temps révolus. N'en a jamais chantés aux douze preux d'Arthus. La vieillesse a figé le sang bleu de mes veines Et votre jeune espoir poui*suit des ombres vaines. Que faites-vous assise encore a mes genoux !

Un chevalier robuste à l'œil clair, au poil roux Voilà l'heureux ami qui calmerait votre àme Et vous perdez ici votre temps, belle dame. » Et la dame sourit et lui répondit : a Non. • Car serve de Myrdhinn est encore un beau nom. Et mon rêve d'amour est un rêve de gloire.

Mais, dit-elle en riant, conte-moi quelque histoire, Toi qui sais les légendes et les mythes païens, Fais-moi quelque récit d'ombre et d'amour anciens, Je me consolerai du triste sort du nôtre. — Et Ton dira plus tard : <r Myrdhinn était l'apôtre Et dame Viviane était son clerc d'amour,.»

Interrompit Bfyrdhinn, en riant à son tour, Soit, je vous dirai donc que dans Broceliande

Une dame galloise, amoureuse et friande, Etant un soir assise à l'endroit que voilà... » Viviane, elle, dit: «Non, non, pas celle-là, Doux sire, mais plutôt cette étrange légende D'Orient, où Ton voit un roi de Samarcande Dans une ville bleue aux toits en parasol, Et des mages persans interroger le vol Des aigles, au chevet d'une reine captive...

Je me souviens, le roi voulait Tenterrer vive Pour l'avoir à lui seul cachée à tous les yeux... n s'agissait d'un charme ailé, mystérieux Et c'était effrayant, ce vieux roi sur ce trône Entrevu, lourd de pourpre et d*anneaux d*ambre jaune El ce charme endormeur aux savants rythmes d'or. Ce divin conte ailé, je veux l'entendre encor, Myrdhinn!» Et, dans sa robe aux tons d'aiguë marine, Elle appuyait sur lui ses bras et sa poitrine, L'enivrant de son corps ù son corps enlacé; Et le vieillard pensait : « Esprit froid et rusé, Embûche de galloise et d'âme ambitieuse.

Par le roi Salomon, la dame est périlleuse ! » Mais il eut bientôt fait de dompter son effroi Et, prenant dans ses mains les bras cerclés d'orfroi De la dame et comptant des poignets aux aisselles Les anneaux: « Le vieux conte est àpreaux demoiselles, Mais, quand ma dame prie, elle ordonne, et le vent . De son léger caprice est un chêne mouvant,

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l'ombre bleue 117

Où ses désirs émis sont fleurs épanouïes, Je vais donc vous conter des choses inouïes ; Mais j'ai là dans une outre un breuvage divin Dont je voudrais aA'ant, dans mon casque d*or fin, Boire large rasade... Après, si nia voix tremble, Que Mjrdbinn soit hué, nous en boirons ensemble, (C'est un vin merveilleux) vous, pour mieux écouter. Moi pour chauffer ma verve et pour bien raconter. » II dit et, renversant son vieux buste en arrière, Myrdhinn, ayant sifflé trois fois dans la clairière. L'un des deux palefrois accourut au grand trot.

Ayant flatté la béte au front, comme au garot, ^ Myrdhinn prit en riant à Tarçon de la selle Une outre de cuir fauve et, parmi la vaisselle, Dont deux plats de vermeil étaient tout le trésor. Un vieux casque héraldique, émaillé sur fond d'or. a La belle Viviane, au lieu d'un vidrecome, DeMyrdhinnvoudra-t-elle accepter l'humble heaume? » Et la dame ayant dit : « Pour un honneur pareil Cléopâtre eût donné l'ongle de son orteil ! » Myrdhinn versa le vin deToutre dans le casque.

.Le casque était orné d'un mufle de tarasquc Et l'œil de la tarasque est funeste au félon. Aussi, quand Viviane avec un geste long

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L OMDRE ARDENTE

Eut remis le breuvage et le heaume au vieux sire,

Lui ne put réprimer dans sa barbe ud sourire

Et, cachant son triomphe et son front dans ses doigts,

Il se rassit dans Fombre et d'une lente voix :

(( Il était autrefois un roi de Samarcande... »

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j* L*OMBBE BLEUE 11^

Les lys étaient d'argent et dans Droceliande, Dû la lune au ciel clair et pille errait sans bruit, Myrdhinn, spectre écarlate entrevu dans la nuit, Contemplait u ses pieds Viviane endormie.

« Douce et perfide dame, adorable ennemie,

Ces lys en sont témoins, je voulais t'épargner.

Hais ton sauvage orgueil n'a pu se résigner

Et j'ai dû t'endormir, à dame périlleuse !

Le breuvage a fermé ta bouche astucieuse

Et le charme endormeur aux souples rythmes d'or,

Le charme, que ta bouche en rêve implore encor,

Va t'enclore à jamais, invisible et vivante,

Dans le cercle mouvant de sa danse savante.

doigts blancs et légers, qui frôliez mes genoux,

Lents baisers, bras errants et frais, longs cheveux roux

Qui méditiez ma perte, un léger sortilège

De Myrdhinn vous déjoue, et les cheveux de neige

Et la barbe argentée ont pris les cheveux d'or.

Ni corbeau croassant ni fanfare de cor,

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Ou&ûd j'aurai prononcé les trois phrases magiques,

Ne pourront éveiller tes beaux yeux léthargiques

£t tu vas dans la ronce et les lys à jamais

Fengloutir invisible, et pourtant je t'aimais ! »

11 dit, et, dans ses mains ayant pris les mains froides

De la dame et baisé longuement ses yeux roides,

11 lui croisa les bras sur sa robe aux longs plis

Et puis, ayant posé dans les touffes de lys

Cette adorable tète, ardente et douloureuse,

« Adieu, murmura-t-il, adieu ; pâle amoureuse ! »

Et le mage, en cadence élevant les deux bras.

Se mit au clair de lune à tracer pas à pas

Un grand cercle, et sa bouche égrenait des paroles

Magiques.

Et les lys, entr'ouvrant leurs corolles.

Embaumaient; les iris, emplis d*une lueur, Resplendissaient dans Tombre, et, le front en sueur, 3Iyrdhinn dansait toujours la danse ensorcelée. .

Myrdhinn dansait, l'œil fixe et la barbe emmêlée ;

Et des lieux éloignés, du fond des antres frais

Des rires et des voix, vains échos des forêts

Nocturnes, bruissaient, musique bourdonnante ;

Et la sueur coulait sur la peau frissonnante

Du vieux myre, et c'était au fond des bois perdus

Des appels et des pas, vaguement entendus...

Puis rien, rien que le bruit des deux pieds sur la mousse

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l'ombre bleue 121

Retombant en mesure, et de l'herbe qui pousse Rapide, épaisse et noire, humide et froid linceul De la dame endormie au pied du chêne aïeul.

La lune entre des pins était alors cachée.

Myrdhinn alors fit trêve et, la tête penchée, Ayant neuf fois tourné sur lui-même, écouta..

Et dans la forêt brune un fou rire éclata,

Un rire jeune et frais, suivi d'un grand silence.

Effilant les lys bleus en p&les fers de lance, La lune à ce moment surgit entre les pins Et la clairière obscure et le creux des ravins Apparurent, peuplés de blanches silhouettes

Et Myrdhinn murmura : « C'est quelque cri de chouettes, Et, comme un clair défi» le rire étrange et frais Éclata de nouveau, mais cette fois, plus près. « C'est quelqu' esprit des bois qui dans l'ombre erre et rôde, Dit le mage, et cherchant k son doigt l'émeraude Qui le rend invisible et chasse les esprits,

122 l'ombre akdente

Myrdhinn, vieux loup royal au piège enfin surpris, Sentit fondre son dme et tomber sa superbe.

D'entre ses mains glissée et de ses mains dans Therbe, L'émeraude k son doigt n'était plus.

Jeune et fou Le rire à son oreille éclata. « Le hibou N'a pas ce rire ailé, » dit une voix connue, Et férocement rousse et férocement nue.

Les seins droits et pourprés, rouge tentation. Le heaume de Myrdhinn sur l'or en fusion De ses fauves cheveux bondissant sur ses hanches, Viviane apparut, farouche, entre les branches. L'émeraude a son doigt scintillait dans l'or roux. Myrdhinn, lui, sanglotait, tombé sur ses genoux :

<( Puisque Myrdinn a fait la folle rêverie D'endormir à jamais ma tunique fleurie Et d'enchanter ma robe et mon hennin doré, J'ai dû ceindre le heaume aux iruerriers consacré. Le heaume, où, le fiant aux vertus des tarasques, Tu verses aux félons des breuvages fantasques. Se venger d'une dame en tenant endormis Sa robe et son hennin, Arthus a-t-il permis, MjTdhinn, cette traîtrise aux preux de son cortège? Hennin de Viviane, on vous a pris au piège.

doigts blancs et légers qui frùliez ses genoux, Lents baisers, bras errants et frais, longs cheveux roux

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L*OMBRE BLEUE

Qui méditiez sa perte, un léger sortilège

De Myrdhinn vous déjoue et, les cheveux de neige

Et la barbe argentée ont pris le$ cheveux d'or.

Ni corbeau croassant ni fanfare de cor

Quand j*aurai prononcé les trois phrases magiques,

Ne pourront éveiller tes beaux yeux léthargiques.

Et tu vas dans la ronce et les lys h jamais

T'engloutir invisible, et pourtant je t*aimais ! »

Et, riant a Myrdhinn, qui pleurait en silence, La dame au clair de lune exécuta la danse.

L'OMBRE ARDEXTE

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