‹ L'ombre ardente: poésiesChapitre 43 sur 82 · LE SOMMEIL · texte numérisé non relu

LE SOMMEIL

Un faune était, cynique et fauve, Vivant effroi du bois obscur, Prenant la forêt pour alcùve El de Tonibre indignant Tazur.

II n'était source, ni fontaine, Où Ton ne vit son front cornu Rùder, errer, toujours en peine D'un bras de femme ou d'un pied nu,

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Ses yeux ardents de convoitise La nuit» le jour, au fond des bois, Sous le troène et le cythise Guettaient la dryade aux abois.

Sa conduite en Juillet infâme Était le scandale d'Avril, Traitant Therbe des bois en femme, Mettant jusqu'aux fleurs en péril.

Diane avait senti son souffle Effleurer son épaule un soir; Bref ce faune était un maroufle Malappris, grossier et fort noir.

Un matin que, vautré dans Therbe, Auprès de sa flûte à sept trous, Le demi-dieu ronflait superbe, Des perles d'eau dans son poil roux.

Trois nymphes, fîlles du vieux Rhône, Passant au fond du bois païen.

Surprirent le sommeil du faune

Et reconnurent le vaurien.

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l'ombbh ardente

Tremblante, le doigt sur la bouche, Les yeux pleins de mauvais desseins, Chacune s'arrêta, farouche; Un bjanc courroux gonflait leurs seins.

Néère parle la première :

« Vengeons-nous, tressons des liens D'écorce de hêtre et de lierre, Puis, chargé de nœuds gordiens,

Dans la source au courant rapide, Oii le pied s*écorche aux cailloux, Poussons-le, traînons-le livide.

En le fouettant avec des houx...

Qu'il trébuche et pleure, qu'il saigne,

Que la verge entame son flanc !

Je veux que Tonde où je me baigne, Soit rouge et trouble de son sang...

Que la rougeur au front lui monte.

De rage et d'angoisse étoufl'ant, Qu'il en pleure et rugisse... û honte !

Fustigé par des mains d'enfant,

l'ombre bleue

Par des nymphes... sur une roule^ Comme un ilote ivre et voleur, Sous les yeux du bois qui Técoute, Et rit dans Tombre h sa douleur !

— Votre conseil est bon, Néère, Mais le dieu serait le plus fort Et malheur à la téméraire, Qu'il saisirait dans son transport.

Un songe ailé nous favorise.

Pourquoi provoquer son réveil ?

Mettons ù proût la surprise.

Où nous Ta livré le sommeil.

Le faune est là, fauve en superbe, Les reins velus, les bras nerveux!

Qu'il s'éveille aiïreux, glabre, imberbe, Rasons sa barbe et ses cheveux !

Qu il en fasse peur a Silène, Qu'il soit pelé, ras et tondu, Hideux à faire perdre haleine Le soir au zéphir éperdu...

Que partout, où fuira sa course.

L'insulte Taccueille en chemin, La nuit, au miroir de la source, " Le jour, au creux vert du ravin ,

Que, poursuivi par les murmures Des Satyres etdu dieu Pan, Sur son front ras et noir de mûres Coulent des larmes d'œgipan ! »

Et les deux nymphes sous les saules, Les yeux de vengeance éclatants.

Des perles d'eau ^ur leurs épaules, Souriaient et monVraient leurs dénis,

Alors, ouvrant dans le feuillage Ses grands yeux de biche aux abois, Daphné, la nymphe au doux visage, Dit aux deux autres à mi-voix :

« Mes sœurs, pourquoi chercher la lutte?

Si le faune allait s'éveiller!

Croyez-moi, prenons-lui sa flûte A'ous l'entendrez d'ici crier ! »

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