‹ L'ombre ardente: poésiesChapitre 45 sur 82 · JEUNE AUJOURD'HUI · texte numérisé non relu

JEUNE AUJOURD'HUI

Jeune aujourd'hui, vieille demain!

Lève les yeux et, dans ta main Posant ton front, écoute et pleure !

Aime aujourd'hui; lot viendra rheure Où ceux qui te disaient : toujours.

N'auront plus pour toi de pensée.

La peau couleur de cendre, à ton tour délaissée, Tu verras, talons nus, s'efTarer les Amours.

Va, livre donc ta bouche à la bouche amoureuse

De ton amant; la vie est creuse Et l'amour seul l'emplit, qu'il soit blond, roux ou brun

Et tôt finit le désir de chacun.

L OMBRE ABDENTE

Dans le verger, Therbe est haute et fleurie.

Sous les pommiers laisse, puisqu'il t'en prie,

Ton doux seigneur s'étendre et pAmer pri'S de toi ;

Vois, il brûle et se meurt; qu*un même et tendre émoi

Vous fasse palpiter cœur contre cœur ensemble.

(lomnie une lleur énorme, entre les arbres tremble L'ardente lune : et minuit opportun A pourrons deux sonné l'heure des fièvres.

Va, laisse mordre et becqueler-tes lèvres, Tût est fané le désir de chacun.

Tôt viendra l'heure où, dans les herbes folles, S'elTeuilleront et les douces paroles, Et les serments, et les tendres aveux, Tels des boutons de rose en tes cheveux,

Près de ta rose oreille.

Tut viendra l'heure où ta toison vermeille Sur ton front blême apparaîtra de sel...

De sel amer, et, comme un vieil autel Abandonné, tu fléchiras dans l'ombre ; Douce^ en songeant aux caresses sans nombre Dont te couvraient l'amant roux et le brun.

Tôt est fané le désir de chacun.

■■MaAl^HLtt.

l/OMBRE BLEUE 137

Tu compteras tous tes jours et tes heures Les mots qu'ils te disaient, leurs baisers et les leurres Du Temps, aux noms vivants substituant des morts.

l Et tu diras combien Tun était désirable,

Et Tautre aimant, et combien exorable Et douce k respirer la douce vie alors!...

Aussi, jusqu'à ce que TAube vienne et sépare

La nuit ardente et le jour enlacés, D'étreinte et de sanglots, ah ! ne sois pas avare

Et ne compte plus tes baisers !

Aime-moi, serre-moi, prolonge mon délice Jusqu'au jour, ouvre grands, tout grands tes yeux char-

[meurs, Repose-toi plus près, appuie sur ton front lisse

Mon front moite et dis-moi que tu meurs ) Oh ! mon sang se retire et tout mon cœur défaille : Je hennis en humant Todeur de nos péchés, Et de tués d'amour comme un soir de bataille. Tous les chemins d'amour celte nuit sont jonchés]

mmm

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