‹ L'ombre ardente: poésiesChapitre 44 sur 82 · LE FAUNE · texte numérisé non relu

LE FAUNE

LE RËV

îveIl

CcpendaDt dans le bois nocturne.

Saisi par le froid du malin.

Le dieu rêveur et taciturne S'éveille et regarde incertain.

Souriant encore à son rêve Empli de blanches nudités, Le faune amoureux se soulève En bAillant aux réalités.

IdO L'OMBBE ABDKKTfi

Le fauDe est devenu livide.

D*UD bond debout dans le ravin, Le cou tendu,. la lèvre avide.

Il n'en croit pas son œil divin...

liierencor dans Therbe humide Il l'avait posée de sa main Au bord de l'eau; la place est vide..

On t'a pris ta flûte, o S^'lvain !

Il est là courroucé, tragique.

Tordant aux froids baisers de Tair La maigreur de son torse antique Et les poils dorés de sa chair...

Le courroux gonOe sa narine :

Les doigts écartés de stupeur.

Il souffle à grand bruit; sa poitrine Gronde et le bois obscur a peur.

Tout à coup de son œil sauvage Des larmes coulent à longs flots, Et, les deux mains sur son visage»

Le Satyre éclate en sanglots.

L OMBRE BLEUE

c ma flûte, ô ma douce amie, Que j'avais d*écorce des bois Sculptée, où j'avais mis ma vie.

Mon souffle, mon rêve et ma voix!

Où t'a dérobée à ton mattre, D'autres baisent le bois léger, Où les soirs, à l'ombre du hêtre, Mes doigts aimaient à voltiger;

Les soirs, 6 ma douce compagne^ Où, tous deux au creux du vallon, Nous retardions sur la montagne Le retour du char d'Apollon.

A minuit, la pâle déesse Aimait au ciel à s'arrêter Pour t'écouter, ô ma maîtresse.

Sous mes lè%Tes rire et chanter!

Les nuits d'Avril dans la clairière. Où sous la lune aux bleus frissons, Les nymphes, en ronds de lumière.

Dansaient aux bruits de tes chansons.

L OMBHE ARDENTE

Moi le dieu songeur et maussade, On m'aimait à cause de toi.

Quand tu résonnais, la naïade Osait lever les yeux sur moi.

Toi seule avais su me comprendre!

Tu ne raillais pas ma laideur Et je n'ai pas su te défendre Contre l'infâme maraudeur !

Près de moi, dnns l'herbe mouillée Tu reposais, prête à causer, Et Ion t'a prise ensommeillée, Chaude encore de mon baiser.

Quelque dieu jaloux par envie T'aura brisée ) ô sort cruel ; La vie avec toi m'est ravie.

Je n'avais que toi sous le ciel. »

Il pleura longtemps en silence, Les larmes coulaient dans ses doigts, Puis, quand revint le soir immense Le dieu s'enfonça dans les bois.

P^tm

l'ombbe bllue 133

Pendant trois nuits, au clair de lune.

; Il erra sur les monts connus,

\ Interrogeant la forêt brune

\ Et récbo des rochers émus.

Ses larmes tombaient sur la route Et dans l'ombre du bois sacré Des sources pleuraient goutte à goutte Où le dieu Pan avait pleuré.

Le sonunet neigeux ..de THymette Fut le dernier où retentit Sa plainte et, pleurant sa défaite, Le satyre au loin se perdit.

Le bois devint tragique, austère; \ L*Amour de sa fuite attristé

Aida tout son carquois à terré [ Et quitta le bois désertée

I Plus de surprises, d'embuscades,

En^bûches en Oeurs du printemps, Pudiques effrois des naïades, Sourires de Tombre irritants !

Il III ^mmmfi^t

Les nuits, au bord de la fontaine, Plus de flûte au son grave et pur Montant sous la lune sereine Comme un vol d'oiseau dans Tazur!

Les autres faunes s'en allèrent.

Le bois tomba dans l'abandon, Les nympbes seules demeurèrent, Tristes, implorant Cupidon.

Le bois païen devint mystique.

Le temps, cet autre dieu menteur, Fit du faune une fable antique...

L'ombre avait perdu son chanteur.

L OMBRE BLEUE

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