LA MARJOLAINE
On dansait sur le pont du Nord Et la bise y soufflait si fort Qu'elle enleva la Marjolaine,
La Marjolaine et la futaine De sa jupe et ses bas de laine :
Et le nuage en son essor
La frôlait; et loin de la ville
La pauvre fîlle vole et file
Toujours plus dru, toujours plus fort.
Elle tourbillonne et s'écrie :
(( Jésus et ^ladamc'^Iarie, Puisque je vogue vers la morl,
l'ombbk bleue 144»
Faites qu*aus$it6t étourdie De ma chute, j'entre brandie Dans votre ciel étoile d'or. »
Et sous la nue âpre et glacée
Voilà la prière exaucée.
Au clocher de Saint-Evremond
La Marjolaine, âme éperdue, Reste tout à coup suspendue Par un accroc de son jupon.
Par la nuit froide et pluvieuse.
La gargouille silencieuse Prend soudain parole et lui dit :
« Peu résistante est la futaine.
Songe h ton heure hélas prochaine, Enlends-tu rire le Maudit? »
Et sous le vent rageur d*automne La belle s'épeure et frissonne Au-dessus du vide entr'ouvert.
Elle compte dans la nuit brune Les toits bleuissant sous la lune Et les saints du parvis désert ;
Et le Maudit déjà ricane,
Quand un parfum monte et s'émane,
D'encens, de benjoin et de nards,
Et, portant à la main des palmes, Dans l'espace et sous le ciel calmes Ascensionnent de grands vieillards;
De grands vieillards en robe blanche.
Dont le front chauve oscille et penche Sur des chapes de lourds brocarts,
Et puis ce sont par théories Des vierges en robes fleuries D'étoiles et de lys épars.
Les fronts sont nimbés d'auréoles.
De longs archanges en étoles Font cortège, et de purs regards
mgmtr^m^^
^'■•iP^WPW^i^Wpil^fHi^**"
wmmKmwf^mKmamr^^mm
L OMBRE BLEUE
D'azar sombre, où Ton sent des Âmes, SilloDDent de grands traits de flammes La nuit, la lune et les brouillards.
Et cela monte avec des psaumes Et des noêls, anges, fantômes.
De vierges saintes et d'élus,
Et conduit en cérémonie La Marjolaine k Tagonie Dans le paradis de Jésus.
rs
^rnn^
— ■^W""*»'"""'^'"*" ■■Il I" '•■ i^^piw^* , iBiiaOTv^^Bi^^
i46 l'jombre ardekte