‹ L'ombre ardente: poésiesChapitre 56 sur 82 · I.*OMBRE BLEUE · texte numérisé non relu

I.*OMBRE BLEUE

LUNAIRE

A Madame Judith Gautier,

' Les flûtes du clair de lune Emplissent la Xorét brune De leurs accords infinis,

Et, dans Therbe lumineuse, Au fond des bois rajeunis, Avril, ce faiseur de nîds, Écoute, au pied de Tyeuse. '

Les yeux fixés au ciel pur.

Il accorde aussi sa flûte. .

E<8a chanson monte et lutte Avec le limpide azur;

Et, fious le taillis obscur, Les cloches des primevères Tintent de leurs voix de verres^

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L'OlfBBE ABDENTE

LUNATIQUE

DanB l'herbe folle et Tortie,

La paupière appesantie.

Rôde un chat maigre au poil roux

Le mur dans l'ombre blafarde.

Où s'entre-choquenl des houx, -Se crevasse et par les trous La lune errante regarde.

Le chat maigre en s'étirant De sa voix traînante et rauque Miaule, e^ dans son œil glauque S*aUume'un feu transparent.

Mirage, où, spectre enivrant, On voit danser toute nue Hécate^ au ciel inconnue.

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L OMBBB BLBUE . 163-

LUNAIRE

A Madame Judith Gautier,

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Les spectres du clair de lune Par essaims, dans la nuit brune, Galopent au son du cor.

La macabre cavalcade, Dans l'ombre emportant Lënor Qui rÀle, au ciel burle encor Dans les pleurs de la ballade.

A rborizon nébuleux On entend rugir la ronde, Et les chiens de dame Habonde, Hécate aux temps fabuleux,

Et Falkembourg aux poils bleus Mène encor parmi l'avoine La chasse errante du moine.

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16i l'ombre ardsnte

LUNATIQUE

A Edmond de Concourt,

La demeure humide et noire Est close, un reflet de moire Baigne le perron désert;

Et du sommet des grands hêtres Des paons tout hlancs, essaim clair, Calmes s'abattant dans Tair, Tombent au bord des fenêtres...

Dans leur suaire argenté On dirait un troupeau d*àmes.

Ames dlmplorantes femmes Autour d'un logis hanté,

£t le vieux parc enchanté Est plein de frissons de soie Et de satin qu'on déploie.

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L'OMBRE BLEUE

LUNAIRE

A Madame Judith Gautier.

Les refrains du clair de lune De Burgos à Pampelune Dansent au ciel espagnol ;

Et de Séville à Grenade, S*éveiUant au ras du sol, Monte, implorant rossignol, L'implorante sérénade.

Au fond des vieux Alhambras, Sous les vagues sycomores, L'ombre errante des rois Mores Rêve aux brunes sénoras

• Et dans un ciel d'opéras La lune jaune, en mantille, Dore les monts de Castillle.

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106 l^'OlfBBE ABDENTE

LUNATIQUE

La lune est couleur de cuivre, Le cerf, qu'on entend poursuivre Au fond des deux agrandis.

Brame, et dans l'enclos sinistre Des lépreux jadis maudits, Sur les tombeaux refroidis.

Ronfle un bruit rageur de sistre.

Dans un grand vase d'Hébron, L'œil rêveur et satanique, Une femme sans tunique Fait bouillir Teau du Cédron,

Et dans l'ombre du chaudron Monte en reflets d'améthyste Le sang.de saint Jean Baptiste.

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l'ombbb bleus

LUNAIRE

4 Madame Judith Gautier,

Les rêves da clair de lune, Frimas blancs dans la nuit brune, Neigent au bord de la mer.

Sous la falaise, qu^assiège Un sinistre vent d'hiver, L*écume éparse dans Tair Se mêle aux flocons de neige.

Au pied des rocs descellés Des plaintes et des cris vagues Montent dans l'ombre et les vagues, Au sanglot des vents mêlés,

Et blêmes, échevelés.

Des fronts implorants de femmes

Tournoient au loin sur les lames.

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J68 l'ombre ardente

LUNATIQUE

La lune au fond des quinconces Erre, illuminant les ronces Du parc, illustre endormi.

Et le bassin des Rocailles, Où rftde un reflet ami, Songe, dans l'ombre à demi Plongé, de l'ancien Versailles.

Fille et sœur des dieux augustes, La lune, en domino blanc.

Glisse et d'un baiser tremblant Effleure en passant les bustes

Et, sur un rythme très lent, Au loin sur les gazons jaunes Tourne une ronde de faunes*

l'ombre bleue 169

LUNAIRE :'J

^ Madame Judith Gautier.

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Les cygnes du clair de lune Vont glissant dans la nuit brune Sur le ciel, étang d'argent.

Sur le flot givré des nues Les cygnes vont surnageant Et leur plumage changeant Hiroie aux cimes connues.

Sur la chaîne à l'horizon Des sommets de Thessalie Leur duvet, neige pâlie.

Tombe et blanchit le gazon

Et, dans Tombre au bleu frisson.

Le pâtre errant de la Grèce

Voit fuir un char de déesse»

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