L'ombre dans le miroir: poèmes
Tous les mensonges d’or au funeste presage, Constante obsession qui lui couvre les yeux, Trompent rhomme attentif a leur troublant mirage, Comme a leurs mots mysterieux.
Certain de decouvrir de nouvelles aurores En un feerique Eden ou chantent les Espoirs, Son esquif filera sur des fleuves sonores,
Et mirera sa voile en leurs calmes miroirs.
Plus aveugle qu’hier des fausses apparences Que la Fatalite cache dans le chaos,
II se leurre aujourd’hui des vaines esperances, Et s’exalte corarae un heros.
Des astres bienfaisants lui serviront d’escortes II sera "par un vent propice caresse,
Et, demain, revivront, parmi les heures mortes, Tous les reves perdus en son lointain passe.
L’antique espoir d’CEdipe, escorte de magies, Hantant son front ride, l'attire tous les jours ; Mais le cortege obscur des vaines nostalgies Trace son immense parcours
Et deroule a ses yeux le tableau des desastres, Des tragiques moments que tant d’etres degus Subissent pour avoir escalade des astres Qu’en un ciel interdit ils avaient apergus.
JO
L’lllusion quand meme assiege ses pensees Dont aucun vrai bonheur n’eclaira le chemin. Mais qu’importent pourtant les heures depensees Si, triomphant, il peut, demain,
Atteindre aux sables d’or de ces lointaines plages Ou, vamqueur de l’obstacle, on conquiert le repos, Apres avoir tente d’impossibles voyages,
Et fierement subi les plus graves des maux.
II aura possede tous les tresors du monde Que son orgueil entassera par lourds monceaux Ses mains auront tenu la puissance profonde Et tous les attributs royaux.
Puis, il demembrera, victimes de ses haines,
Les peuples qui s’etaient revoltes contre lui ; Son souffle destructeur passera par les plaines, Et ce qui fut clarte deviendra de la nuit.
En tous sens il aura creuse la terre aride,
Et fait craquer sa tempe en ployant sous l’effort ; II croira decouvrir au fond de son coeur vide Les secrets memes de la Mort.
Et, comme le vaincu qui, terrasse, s’enivre Encor de la victoire impossible & saisir, D’une cendre fumante il voudra se survivre En en ressuscitant son ultime desir.
Tout homme en songe a vu la foret merveilleuse Ou la Nymphe Jouvence, avec un front serein, S’ebat dans la Fontaine a l’eau miraculeuse,
Et tendrement lui tend la main.
C’est, dans un beau decor, la Jeunesse eternelle Que la Fontaine abrite en sa source d’argent ;
Et celui qui des bouts du monde vient vers elle, Retrouve une vigueur magique en s’y plongeant.
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Alors, il ne craint plus les heures ephemeres ; II est redevenu l’adolescent hautain Qui va realiser ses antiques chimeres,
Sans craindre les coups du Destin.
Et comme il recommence une nouvelle vie Et qu'il sent circuler en lui le sang des forts,
Il reprendra la route autrefois poursuivie Ou d’illustres vivants passerent qui sont morts.
LE DEPART DU PRODIGUE