‹ L'ombre dans le miroir: poèmesChapitre 2 sur 73 · CHATEAU DU BONHEUR · texte numérisé non relu

CHATEAU DU BONHEUR

De l’antique chateau sis au pays des reves,

Ou s’etale, immortel, un plantureux ete,

L’Homme embrasse de loin les plaines et les greves Ou domine une here immutabilite.

Ce soir, dans son jardin entour6 de balustres, Semblant se concentrer en des pensers hautains, Vient-il se souvenir de ces amours illustres Qui, jadis, y vivaient les plus nobles destins ?

IK

Pourquoi, comme un ermite, a-t-il feme la porte De l’enclos ou les vents clament ses desespoirs ? L’espSranoe en son coeur peut-etre est-elle morte Qui vint hanter ses jours et tourmenta ses soirs.

Les soucis ont pose leurs traits a son visage, Comme s’il se sentait effraye d’etre seul. Medite-t-il en lui l’aventureux voyage Qui pour jamais l’emportera loin de son seuil ?

Enivrement fatal qui le pousse au vertige !

II n’est pas satisfait du temps qu’il a v6cu. Vers des ages nouveaux un instinct le dirige : II sent revivre en lui son d6sir invaincu.

II porte dans son flanc le venin de cette hydre. Sa solitude dresse autour comme une nuit ;

Et l’heure devidant sa muette clepsydre, Augmente sa detresse et l'accable d’ennui.

Alors que son jardin est un enclos du songe Ou la paix si limpide erre par le sentier,

Le doute en un abime indefini le plonge,

Et, plus qu’hier encor, trouble son etre entier.

Les voix de son passe n’emplissent plus ses veilles ; Et l’antique chateau qui l’abrita toujours Ne lui suffira plus, car toutes ses merveilles Accusent maintenant de difformes contours.

Seule la vision d’une rive entrevue Ou dorment des Edens que rhomme n’atteint pas, Obsede son esprit et detoume sa vue De la route ou jadis il promenait ses pas.

Plein d’orgueil, il aspire a conquSrir l’espace Qui l’aveugle et le rend a jamais oublieux De son destin, alors que tout pres de lui passe Le Bonheur maintenant invisible a ses yeux.

Page 1