PRIERE A LA NATURE
Puisque j’ai retrouve la jeunesse des dieux,
Et qu’allegre, aujourd’hui, je pars a l’aventure, Satisfais mon desir, daigne combler mes vceux ; Devoile a mes regards tes splendeurs, 6 Nature !
Jadis, je t’ai connue attentive et toujours Fidele a ramener les saisons envolees.
Tu regies, je le sais, les nuits apres les jours, Et guides la lumiere au sein de mes vallees.
Tes lois, faites de rythme, a tous les elements Donnent, a l’lieure dite, une forme plus belle ; Tu prevois le retour de tes enchantements :
Ce qui meurt aujourd’hui, demain se renouvelle.
Au printemps qui renait, tu ramenes les fleurs ;
A leur 'eclosion tu deviens favorable ;
Et ton poeme fait de rires ou de pleurs,
D’entre tous les chefs-d’oeuvre, est sublime et durable.
Dans ces pays nouveaux ou je porte mes pas, Immuable Beaute, te trouverai-je telle Gu’aux jours deja lointains qui ne reviendront pas, Et regnes-tu toujours, 6 Nature immortelle,
Sur ce monde inconnu qu’en mes reves je vis ?. . . Laisse-moi parcourir ses plaines decouvertes ;
Que le temple des bois eclaire ses parvis,
Que leurs calmes bosquets m’ouvrent leurs branches
[vertes.
Q,ue j’apprenne, a l’instant, si des jardins en deuil Ont garde, comme hier, la meme nostalgie ;
Si, quand d’un pas leger, j’aurai franchi leur seuil, Me parviendra la voix d’une antique elegie.
Apprends-moi si les champs embaument le jasmin,
Si rien n’est transforme parmi toutes les choses,
Si, marchant sur les bords fleuris d’un vieux chemin, L’on y cueille l’ceillet, les lilas et les roses.
Laisse-moi constater si, par les memes lois,
Tu presides encore au mouvement des heures, Et si, dans l’univers entier, comme autrefois, Impassible et mysterieuse, tu demeures
Cette force creant la vie avec la mort ;
Et dis-moi si, demain, l’humaine creature Cherchera les secrets d’un merveilleux tresor Dans le grand livre ouvert de ton oeuvre, 6 Nature !