JARDIN DES HESPERIDES
Jardin eblouissant, jardin des Hesperides Od le sort m’a permis, ce soir, de cheminer, Combien dans l’univers les forets sont arides Au prix de ces tresors que tu sais nous donner ! Combien evoques-tu de visions feeriques ftu’en nul pays du Reve on n'a su decouvrir :
Car tout etre au contact de tes sentiers magiques, Retrouve la jeunesse et cesse de souffrir.
Une immortelle Loi faite d’incoherence,
Prolonge a l’infini l’age de tes saisons
Qui, sans porter du Temps les traits de la souffrance,
Etalent a mes yeux d’illustres floraisons.
Les bords de tes coteaux sont de charmantes fresques Qu’un artiste divin sortit de ses pinceaux.
Bleus motifs empruntes aux pays barbaresques :
Tout l’art oriental triomphe en tes tableaux. Vergers antiques, bois aux murmures etranges,
Ou, tout ruisselant d'or, le fruit aerien
Roule au cou des sentiers des arceaux et des franges.
Decors ou se promene un souffle ethereen ;
Collines que l’on 7oit de troenes coiffees,
Qui de la Grece nous rememorent le nom ;
Grottes nous evoquant le royaume des fees,
Et d'ou vient un echo des chants d’Anacreon ;
Verts bosquets que Virgile inscrit en ses eglogues ; Ou le Reve ebloui n’eut, dans son libre ebat,
Ni de commencements ni meme d’epilogues.
Jamais tes elements n’entrerent en combat.
Chez toi tout vit selon le rythme et l’ordonnance Qu’un savant architecte y deploya toujours.
Tes instants de bonheur, eclos par alternance,
0 Jardin, n’ont connu que d’harmonieux jours !
Et pour magnifier la grace des petales Dont l’orient combla tes plus exquises fleurs,
Le calice entr’ouvert des nuits occidentales Te verse ses parfums, sa joie et ses couleurs.
Je me remplis les yeux des teintes multiformes Dont vous embellissez vos sentes, 6 Jardins !
Et portant mon esnrit a la splendeur des formes. De vos blancs escaliers je monte les gradins.
Les pourrai-je cueillir ces fruits aux grappes inures Dont la saveur nous donne un long fremissement ? Ces bruits magiciens dont j’entends les murmures, Pourrai-je en emporter le doux enchantement ?
Pourrai-je les tenir un seul instant ces roses Dont les'parfums subtils grisent l’esprit vaincu ? Melerai-je mon ame a tant de fleurs ecloses Immortelles avant d'avoir si peu vecu ?
Monte. Car aux sommets, un rouge crepuscule Ouvre ses coffres d’or oil tes doigts plongeront. Si devant ces tresors toute audace recule,
Et parce qu’ici-bas trop peu les cueilleront,
Sois le fier pelerin que la lumiere inspire,
Et, fils de Promethee, escalade ces lieux !... Quand tu redescendras de ce lointain empire Que bien avant toi, seuls, visiterent les dieux,
Ceux qui verront l’extase a ton beau front sans rides, S’ecrieront: “ Ce poete, ayant de ses deux mains,
Un jour, cueilli les fruits dores des Hesperides,
Est un predestine d’entre tous les humains ! . . .