EBLOUISSEMENT
Ravissement auquel le Matin me convie !
Jour divin, jour heureux d’une nouvelle vie !
Je sens que je renais a ta blanche clarte ;
Je bois le sue des fleurs aux coupes de l’ete,
Et ton charme me prend tout entier et me grise
Tout pres, e’est le concert persistant de la brise ; Ce sont les tiers appels, les murmures, les voix
Des fleuves, des forets, des monts tout a la fois, Et qui passent ainsi que d’etranges bruits d’ailes. J’apergois tout autour des touffes d’asphodeles, Des lis epanouis au hasard des ruisseaux,
Et, la-bas, les epis qui dorent les coteaux.
J’ai beau lever les yeux sur la plaine infinie,
Nul pas ne vient troubler l’apaisante liarmonie, Et le monde me semble, a cette heure, desert. Alors, sur le rivage oil deferle la mer,
Joyeux d’etre aujourd’hui l’hote du grand silence, II me parait soudain qu’une neuve existence Pare de dons miraculeux le champ fleuri ;
Et parce que Cypris m’apparait et sourit,
Et comme je deviens un tout autre moi-meme,
Et comme je respire enfin. et comme j’aime Ce qui fait ton orgueil, 6 Matin d’un beau jour,
Je renonce a la mort et j’appelle l’Amour !
SIMPLE AYEU
Je te retrouve encore, 6 Cypris immortelle,
Toi la Voluptueuse et qui m’apparais telle due je t’avais congue en mes songes passes ! Maintenaht, nous irons les deux bras enlaces ; J’appuierai longuement mon front sur ton epaule. Parfois, flexible ainsi que la branche d’un saule,
Tu poseras ta levre a ma levre, et tes yeux Des soucis obsesseurs me feront oublieux.
Tu seras ma compagne inseparable et douce,
Et tres souvent nous nous assoirons sur la mousse ; Et nous ecouterons, sans eprouver d’ennui,
Le vent qui par la plaine estivale bruit Et murmure en passant sa romance discrete.
Pres de la mer calmee ou, pale, se reflete L’astre qui jusqu’aux bords heureux nous conduisit, Le jour en se levant se sentira saisi D’une extase celeste impossible a decrire ;
Et nous demeurerons des heures sans rien dire, Ensemble confondus, ne pouvant exprimer Ces instants qui feront nos coeurs vierges s’aimer.