‹ L'ombre dans le miroir: poèmesChapitre 20 sur 73 · PRIVILEGES · texte numérisé non relu

PRIVILEGES

Beaute, tu n’offres pas ton charme a tout passant Qui l’assujettirait au gre de son caprice ;

II faut, pour te saisir, avoir verse son sang,

Et porte dans son coeur ta rouge cicatrice.

Les heureux d’ici-bas sentent ton abandon,

Parce qu’ils n’ont connu de toi que l’apparence ;

Te comprendre, 6 Beaute souveraine, est un don due seuls possedent ceux marques par la souffrance.

Ii’OMBRE DANS LE MIROIR

Plus grands nous semblent ceux que frappe le malheur, Ceux-la qui, pour t’atteindre, ont risque la defaite : Car toute oeuvre enfantee au prix de la douleur,

Et si tu l’inspiras, est la seule parfaite.

Ceux-lii, sacrifies a l’ardeur de tes feux,

Et le sein tout meurtri par ta brulante etreinte, Restent, meme vaincus, dignes d’etre des dieux, Gui moururent de toi sans exhaler de plainte.

PllIEiiE

0 grands monts orgueilleux dont la rumeur sinistre Attire ma pensee ! 0 lacs dont le miroir Reflete la blanclieur des cygnes du Caystre ! Paysages connus evoques dans le soir !

Vous, derives dont les dots a l’opulent meandre S’emeuvent au contact genereux des etes !

Vous, nuages changeants faits de neige et de cendre, Ou qui prenez les tons ardents et veloutes Des pourpres dont le sang rougit les eaux tranquilles Forets dont j’ai toujours aime la profondeur,

Et qui me reposez des fatigues des villes !

Paysages connus, accueillez mon ardeur Quand je viens vous offrir toute ma gratitude.

Car si tant de beautes ont ebloui mes yeux,

Je recherche surtout la tendre solitude

Qui guerit mes tourments et me fait plus heureux.

Laissez-moi me griser de votre long silence,

Du murmure accueillant de vos soirs ingenus Dont le rythme berceur lentement se balance Et me rend familier a ces bruits inconnus Qui confondent mon etre a l’ame de la terre. Paysages, rendez le doux et cher lien Durable qui m’unit au vieux mont solitaire Dont je ressens en moi le charme aerien J

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