AMIEL
Chaque fois que revient une neuve saison, Qu’elle soit revetue, en sa grace si frele,
Des clartes du printemps, ou que sa frondaison S’egaye, en renaissant, du cri d’une hirondelle ;
Qu’elle prenne la forme exquise de l’ete Dont nous buvons l’extase en sa coupe d’ivresse ; due l’automne s’enfuie heureux d’avoir ete Le complice des jours vecus dans la tristesse ;
Ou bien que sous les coups rigoureux des hivers, Elle vienne se plaindre et pres de toi frissonne, Chaque fois ses accents s’eveillent dans tes vers, Poete, et tu t'assieds aux festins qu’elle donne.
Tu t’impregnes des bruits de la source, des chants Que 1’oiSeau vagabond promene a l'aventure ;
Tu proclames, ce soir, la gloire des couchants,
Et tu t’emeus, demain, des voix de la Nature.
Des l’aurore, tu ris. Des le soleil levant,
Tu pretes ta pensee au delice des reves,
Ou pleures quelquefois d'entendre dans le vent Le flot qui s'est brise sur le sable des greves.
Sans cesse penetre de l’ame des saisons,
C’est d’elles, chaque jour, dont ton etre s’enivre ; Car tu puises ta seve aux neuves frondaisons,
En eprouvant la joie indicible de vivre.