PRIERE AU PRINTEMPS
0 Printemps, petit dieu qui march.es les pieds nus Dans les sentiers fleuris de fraiches anemones,
Toi qui tends aujourd'hui vers moi tes bras menus, Impregne de parfums les fleurs que tu me donnes, De lumiere les jours nouveaux que je vivrai,
Afin que d’un farouche hiver qui le pressure,
Mon coeur encor transi se sente libere Et devienne oublieux de sa vieille blessure.
Combien je t’invoquais, 6 Printemps, petit dieu ! Devant Avril ingrat, tu te faisais attendre.
Mais vois, le ciel serein a prepare ce lieu :
La mousse de partout reverdie est si tendre,
Le fleuve si limpide et si joyeux le bruit Que la Nature eveille en la source ingenue,
Qu?on dirait qu’un orchestre innombrable te suit Pour annoncer enfin au monde ta venue.
Tourne ton arc leger vers les monts et les bois, Et que par un divin prestige ta main sure Y fasse repousser la flore d’autrefois.
Car ce ne sera plus le sang d'une blessure Que tu feras surgir du cceur de nos forets,
Mais plutot, 6 Printemps, en de nouvelles seves, L’Amour que ravivra la pointe de tes traits,
Et l’Espoir embelli des clartes de nos reves.
PEOMENADE
Qu’est-il besoin de plus que ce jardin cliarme Ou tout est fremissant, ou l’amour qu’on envie Comblera de ses vceux ceux qui n’ont pas airae, Ob tout espoir perdu se reprend a la vie ?
La tendresse s’epand sur l’allee aux lilas Qui joint a ses attraits une forme parfaite,
Et d’un bonheur nouveau que tu nous revelas, 0 si tendre Psyche, tu proclames la fete !
Parmi tous les tresors que t’offrent les sentiers, Ami, tu cueilleras la fleur plus que sublime Dont la vertu nous fait renaitre tout entiers, Parce qu’une lumiere immortelle l’anime.
Alors, au souvenir de ses charmes discrets Auxquels tu vins, ce soil', rendre un premier hommag L’Amour que tu congus eternisant ses traits,
Ton coeur en gardera l’imperissable image.
Puis, dans ce beau jardin ou tu portes tes pas, Tu voudras te confondre a la vie eternellc D'une fieur que le temps brutal ne fane pas,
Et vivre du parfum que tu conserves d’elle.
LES NENUPHARS
Un lac dont nul brouillard n’obscurcit les contours Des arceaux infinis de plantes mordorees Et de fleurs que des bords aux couleurs azurees Sement, rares joyaux, le long de leurs parcours,
Tel est le somptueux decor crepusculaire Oil, tout epanouis et de partout epars,
Regnent modestement les pales nenuphars Symboliques et purs en leur blancheur polaire.
Leurs guirlandes frolant la surface de l'eau, Abritent le grand Reve aile de la Nature . . . A cette heure, il s’ebat et plane a l’aventure, Sur la calme beaute du nocturne tableau.
II va, majestueux, etonne de s’entendre Marcher' dans le silence et dans la paix du soir, Et de se reflechir dans le lac, ce miroir Que parfume une brise imperceptible et tendre.
Car hier, emporte vers un pays moins sur,
II franchissait les mers et les gouffres sans nombre, Et plein de son desir, il passait comme une ombre Dans les nuages, sans trouver un coin d’azur.
Comme un oiseau perdu que seul le vent dirige, Et cinglant les hauteurs au mepris du danger, Pour dominer l’espace et pour l’interroger,
Ses ailes eprouvaient la crainte du vertige.
Mais voici que lasse des voyages troublants,
II arreta sa course, et plein de lassitude,
Descendit vers le lac ou, dans la solitude,
Leur long col recourbe, dorment des cygnes blancs.
Done, ainsi libere des attaches mortelles ftui l’avaient si longtemps au monde retenu,
II apparait dans les clartes, splendide et nu,
Nimbe des bleus rayons qui lui descendent d’elles.
Et tandis que pensif, il se promene, errant Sur ce lac ignore qu’aucun bruit n’importune, Et tandis que se leve un pale clair de lune, Recouvert quelquefois d’un voile transparent,
Voici que pris soudain d’une immense tendresse, Le Reve s’est grise des parfums de la nuit ; Puis, content d’endormir son passe que poursuit L’obsession des jours sombres de sa detresse,
Sur le miroir tranquille abaissant ses regards, Ebloui des blancbeurs d’ou le mystere emane, II a mele son ame ft l’ame diaphane Et nocturne qui rode aupres des nenuphars.