‹ L'ombre dans le miroir: poèmesChapitre 26 sur 73 · LES FLEURS · texte numérisé non relu

LES FLEURS

Fleurs aux larmes d’argent sur vos tiges bercees, Fleurs que nous pressons dans nos bras, Fleurs que le temps jadis, helas ! a dispersees,

Et que nous ne reverrons pas !

Fleurs du printemps joyeux qui revetez les plaines ;

0 fleurs des naissantes amours Qui donnez de la joie a nos heures sereines,

0 fleurs aux robes de velours !

0 chatoyantes fleurs, petales d’emeraude,

Et dont les parfums enchantes Embaument les chemins des bois songeurs ou rode L’air si langoureux des etes !

0 fleurs qui grandissez dans les jardins, si pales Qu’en un jour nous voyons mourir ;

0 fleurs de deuil, 6 fleurs des routes automnales, Qui devrez trop tot vous fletrir !

Fleurs qui gardez toujours en votre ame inquiete Les plus profonds de nos secrets ;

0 vierges fleurs en qui quelquefois se reflete La blessure des noirs regrets !

Fleurs des aveux caches tout au fond de soi-meme Que nous evoquons bien souvent ;

0 fleur rare par qui l’on soupire et l’on aime,

Et que disperse un coup de vent !

f OMBRE DANS LE MIROIR

0 la si blanche fleur de l’hiver implacable Qui glaces nos doigts convulses,

Tu graves a jamais ton nom ineffacable Dans nos plus intimes pensers.

Et nous enfouissons ta reposante image Comme un tresor en notre cceur ;

Et les vieux souvenirs renaissent a tout age Par ton divin prestige, 6 Fleur !

LE EEYE

II emprunte au hasard sa forme et sa couleur.

H nait dans le silence ou notre oreille eeoute ; On le cueille souvent comme on cueille un fleur due Ton a rencontree au cours de notre route.

II est le pelerin que l’on n’attendait pas Et que le vent capricieux vers nous apporte,

A qui tout simplement on ouvre les deux bras Alors qu’il rit ou pleure au seuil de notre porte.

II est un solitaire. Et prive des atours

Dont se parent souvent pour nous nos esperances,

S’il prefere la nuit a la splendeur des jours,

C’est qu’il sait mepriser les fausses apparences.

II n’a pas revetu le corps materiel

due l’on'pourrait decrire en une simple phrase,

Car etant descendu d’un royaume irreel,

Nous ne l’entrevoyons qu’a travers notre extase.

Et comme il est un souffle inspire par les dieux, Accueille dignement le Reve en ta demeure,

Car ce flambeau divin, invisible a tes yeux,

S’en vient illuminer ta vie interieure.

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