‹ L'ombre dans le miroir: poèmesChapitre 25 sur 73 · INDIFFERENCE · texte numérisé non relu

INDIFFERENCE

Ami, vous vous disiez, un jour, indifferent A ce qui pour vos yeux ne semble qu’apparent.

La realite seule est pour vous estimable.

Le reve vous parait toujours insupportable Si, detache du monde, il manque un but certain. Qu’importent la Nature a votre esprit hautain,

Un sonnet de Petrarque, un chant divin du Dante, Ou les emotions troublant une ame ardente. Lorsqu’un soir, en longeant la lisiere d’un bois,

Lui parviennent de loin d’harmonieuses voix.

Qu’importe pour vos sens l'or d’un beau crepuscule ; Qu’importent les beautes que l’aurore accumule. Tout cela, dites-vous, n'est qu’un songe trompeur Fait pour l’amour decu qu’evoque tout reveur. Pourtant, 6 doux ami, moi qui pleure et qui pense En face de l’objet de votre indifference, Souvenez-vous, qu’un soir, en un jardin ferine Cher a nos entretiens, de roses parfume Et propice aux pensers qu’alors nous echangeames, Comme nous ouvrions toutes grandes nos ames, Quelque chose troubla votre front soucieux.

Une pitie subite avait rempli vos yeux,

A cette heure si calme et si douce et si breve,

Car vous, l’indifferent qui meprisiez le reve, Compatible une fois a l’humaine douleur,

Je vous ai vu pleurer sur la mort d’une fleur.

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