LE TEMPS
Le Temps n’existe pas, n’en compte pas les heures. Prends garde que tes jours soient vides de pensers Tu vivras du present, ami, si tu demeures Avare en ton esprit des tresors amasses Qui combleront ta vie inconnue et si breve. Comme le Temps, l’etemite dont le sens fuit,
Nous est indechiffrable et s’estompe en un reve ; Et l’etendue en son deconcertant ennui,
Rappelle le silence au fond des solitudes.
Le Temps parait obscur ainsi que l’avenir:
Qu’il ne soit pas l’objet de tes inquietudes.
Pourquoi, dans ton orgueil, vouloir le definir ? Remplis-le sans murmure: heureux est qui l’emploie. Au cours de ton chemin, calcule bien ton temps.
Car les jours non perdus te combleront de joie,
Si tu sais a propos depenser leurs instants.
Aime la tache ardue ou quelquefois legere ;
Prise a son juste poids le travail accompli ;
Clue la Beaute qui reste a d’autres etrangere,
Soit l'astre dont l’eclat pour toi n’a pas pali.
Donne au moment trop court un parfum qui te grise; Aime la fleur pour sa simple fragility ;
Respire a pleins poumons l’arome de la brise ;
Aime l’automne, aime l’hiver, aime l’ete.
Que tout soit un pretexte a croire en l’existence,
Et que jamais l’ennui n’envahisse ton cceur.
N’oppose a ta pensee aucune resistance,
Car tou jours elle apporte un rayon de bonheur Si l’Ideal la vet de sa grace divine.
Accepte d’etre seul avec toi-meme, enfin,
Et que nul en ce monde etrange ne devine Le labeur incessant dont tu poursuis la fin.
Prepare avec amour la grande oeuvre murie,
Et moque-toi du Temps qui marche sans arret ;
Tout reve interieur a sa route fleurie,
Pourvu que la Beaute nous livre son secret.
Contemple l’univers, laisse tourner les astres,
Et songe qu’un constant effort peut te sauver De l’oubli meurtrier et des mortels desastres. Qu’a chaque heure, ici-bas, tu puisses conserver La force de creer, de sentir et de vivre.
Alors, un beau destin couronnera ton front ;
Tu parviendras au but que tu voulus poursuivre, Et tu te survivras lorsque d’autres mourront.