LES ADIEUX
Tu n’as jamais change : j’avais raison, Nature ! Tu demeures le livre ouvert a tous les yeux.
Tu combles de tes dons l’humaine creature,
Et ta magnificence eclate en tous les lieux.
Les hommes sont egaux devant tant de merveilles due leur distribua ta prodigality.
Indifferente aux uns, d’autres passent leurs veilles A decouvrir en tes tresors la Verity.
L'OMBKE DANS LE MIROIIt
L’univers est soumis a ta toute-puissance :
C’est par toi qu’il s’ordonne et qu’il est balance; L’ordre qui te regit est de divine essence,
Et tu poursuis un but par le Destin trace.
Sans cesse, tu refais, depuis les origines,
Le chexnin qui te m&ne k des jours triomphants, Et les peuples nombreux aux antiques racines S’imprSgnerent de toi jusque dans leurs enfants.
Tu n’as jamais change. Mais ma tache incomplete Ne s’arretera pas & franchir tes forets,
A contempler les monts dont tu dores le faite,
A scruter seulement le fond de tes secrets.
Si tu ne changes pas, je veux apprendre encore Si l’homme demeurant fidele k son passe,
Sent en son cceur la meme ambition eclore,
Et reste le reveur que la vie a blesse.
Moi qui vecus de toi, profonde solitude,
M’etant dans une tour d’ivoire enseveli ;
Moi qui passai mes jours loin de la multitude, Dans un mepris hautain du monde, et dans l’oubli,
Je retoume vers ceux que j’appelais mes freres,
Et je depenserai sans doute de longs jours A savoir s’ils ont mis un frein a leurs miseres,
S’ils ont tue leur haine et s’ils souffrent toujours.
0 Nature, une voix agite tout mon etre !
Adieu. Les rayons d’or de ce nouveau matin — Qui sait? — sont les derniers que je verrai peut-etre, Mais j’obeis quand meme aux ordres du Destin.
LES DESENCHANTEMENTS