L’OMBRE ET LA PROIE
Eprise d’aventure, et dans la longue attente D’un matin lumineux qui n’est jamais venu, Vois l’Ambition palpitante S’en aller par la nuit et franchir l’inconnu Dont l’incertitude la hante.
A toute heure, elle reve au pays enchante Dont le rivage heureux tout au loin se prolonge ; Mais atteinte de cecite,
Elle se laisse prendre aux douceurs du mensonge Qui lui cache la verite.
Aveugle, apprendra-t-elle, un jour, & se connaitre ? Mettra-t-elle une borne a son apre chemin ?
Se convaincra-t-elle que l’etre Doit, sans plainte, obeir aux ordres du Destin Dont il se crut souvent le maitre ?
Non. Car, depuis touiours, l’homme creuse le fond De l’Enigme ou. se perd la science des sages ;
Chaque soir, inclinant son front,
Recherche le probleme insoluble des ages Qui sans cesse se voileront ;
Au prix de tant d’efforts que son esprit deploie, Use son existence, et, des ans et des ans, Trompe par une fausse joie,
Dans sa course a travers les dedales du Temps, Saisit l'ombre au lieu de la proie.