ATROPOS
Les vivants m’auront vue au seuil des portes close3 Ou s’impregna la main de la Fatalite ;
Et les ages du monde en leurs metamorphoses Auront subi ma loi pendant l’eternite.
Jamais je n’attendis que la lente clepsydre N’eut ecoule son sable et n’eut conduit le temps Pour etre, dans mon antre inattaquable, l’hydre Dont les griffes de fer coupent le fil des ans.
Pale fille des nuits qui planent sur l’Erebe,
Les printeraps ne m’ont pas verse leurs reflets d’or ; Invisible aux regards curieux de la plebe,
Je me plais au sejour inconnu de la Mort.
Toujours j’aurai porte les traits de la vieillesse,
Et tordu dans mes mains blemes mes blancs cheveux L’aube a fui devant moi qui fuyais la jeunesse,
Et mes hivers n’ont pas connu de jours joyeux.
Le sort imperieux me dicta le voyage A travers l’aprete des terrestres chemins Ou je dois, sans souci des sexes et de l’age, Mettre une borne aux ambitions des humains.
Et que le sablier des heures reste vide,
Ou qu’il marque les courts et fugitifs instants ; Que sans se reposer et que sans cesse avide De destruction, passe et s’acharne le Temps,
Quand je m’arreterai sur ton seuil, tete nue, Et que tu sentiras mon souffle t’effleurer, Homme, tu te diras que ta fin est venue,
Et qu’en ce monde tu ne dois rien esperer.
Car mon bras apparait d’une telle envergure, Que pour me fuir tu tenteras un vain effort ; Comme un astre sinistre et de mauvais augure, Mon approche predit le desastre et la mort.