‹ L'ombre dans le miroir: poèmesChapitre 53 sur 73 · L’OMBRE PARLE · texte numérisé non relu

L’OMBRE PARLE

Et l'Ombre a repondu ;

“ Quand le monde tire

Du limon primitif, bloc confus, masse enorme,

Par la route du ciel se fut aventure,

Tentant de revetir une nouvelle forme ;

“ Lorsque 1’homme cree, marchant sans but certain, Solitaire, foulait les sables de la greve ;

Quand, seul avec lui-meme, en longeant un cliemin, Au hasard d’un beau soir naquit son premier reve,

“ Deja je triomphais de par le Temps qui fuit ; Deja je dominais au fond des etendues,

Dans l’invisible ether oh, plongeant dans la nuit, Regnait l’immense amas des etoiles perdues.

“ C’est par moi qu’attentifs les savants indiscrets, En fouillant jusqu’au sein tourmente de la terre, Ont, par un dur labeur, surpris de ces secrets Que jalouse, je cache en un profond mystere.

“ Combien ai-je abrite d’intimes devouements Que sement ici-bas tant d’ames ingenues ;

Combien auront souffert d’innombrables tourments Parmi les assoiffes des amours inconnues !

“ Combien ai-je inspire de projets fabuleux ; Combien d’heures, combien de ces nuits depensees A decouvrir le sens des ages nebuleux D’ou surgirent pourtant de fecondes pens^es !

“ L’ceuvre que le genie impregne de son sceau, Les nobles actions dont se pare l’Histoire,

Ce que rhomme con§ut de grand, de vrai, de beau, Ce qui s’incrustera dans l’humaine memoire ;

“ Ceux qui triompheront, dans les siecles futurs, Des reves monstrueux ou des efforts sans nombre, Tous les grands faits connus ou demeures obscurs, Le plus souvent auront ete muris dans Tonibre.”

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