‹ L'ombre dans le miroir: poèmesChapitre 54 sur 73 · UNE VOIX DANS LA NUIT · texte numérisé non relu

UNE VOIX DANS LA NUIT

Tu crois que la lumiere, 6 monde deja vieux, Ne s'effacera plus desormais de tes yeux ; Qu’etant un des premiers principes de la vie, Elle triomphera dans l’Espace et le Temps ; Que rien n'obscurcira son eternel printemps, Que sa flamme jamais ne te sera ravie ;

Detrompe-toi. Viendra l’instant ou dissolu,

Le terme de tes jours se trouvant revolu,

Tu subiras la loi fatale, imperieuse,

Qui present que tout doit tendre vers une fin. Emporte malgre toi, tu crouleras enfin,

Et l’ombre que je suis sera victorieuse.

Et tel sera le sort de ces mondes vivants Que la defaite aura cliasses aux quatre vents, Qu’ils se diviseront par lambeaux dans le vide,

Et qu’aux lieux ou, jadis, ils regnaient librement, Frappes sans nul espoir de recommencement,

Ils verront devant eux surgir la Mort livide.

Tous ces astres errants, vagabonds de la nuit, Comme des fugitifs que la terreur poursuit, Sans pouvoir retenir leur course echevelee, Manquant de leur chaleur vitale, et refroidis, Par leur chute en 1’abime encor plus alourdis, Clameront leur detresse en la plaine etoilee.

Une force invisible alors les entrainant,

Spectres epouvantes, ils iront maintenant, Aveugles et sans frein, heurtant sur leur passage D’autres globes comme eux detournes du chemin, Voyageurs revenus du ciel le plus lointain,

Et dont on ignora toujours le nom et l’age.

Tout ce tragique amas de debris monstrueux, Tombant dans l’infini par bonds prodigieux, Les oceans, les monts et les forets tordues, Les nombreux univers lourdement disperses, Bientot du souvenir se seront effaces,

Et l’Ombre envahira les mornes etendues !

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