‹ L'ombre dans le miroir: poèmesChapitre 56 sur 73 · POEME DU SOUVENIR · texte numérisé non relu

POEME DU SOUVENIR

Le Passe nous revient au cours de l’heure lente. Parfois, il se reflete en l’ame somnolente Comme en la glace d’un miroir.

Sa plainte nous arrive ainsi qu’un chant de lyre ; Ou, comme la rumeur qui geint et qui delire,

II trouble le repos du soir.

II prend forme et reside en la rose embaumee,

Sur la route ou souvent passa la bien-aimee,

Dans la solitude des bois.

Le ruisseau nous apporte, en coulant sous la mousse, Avec le meme accent de sa voix tendre et douce, Les mots entendus autrefois.

II se retrouve encore au fond de la vallee, Dans la nuit sans sommeil lentement ecoulee.

Nous respirons son souffle ardent ;

II revit du silence, il renait de la terre ;

Fidele compagnon de tout coeur solitaire,

II en devient le confident.

Si nous avons souffert des embuches qu’il dresse, Et s’il a parseme d’ennuis et de tristesse Les longs chemins qu’il poursuivit,

Plus surement, malgre nos souffrances et l’age Qui, d’instants en instants, changent notre visage, Dans notre memoire il survit.

Meme quand disparait pour nous toute lumiere, Lorsque la Mort s’en vient clore notre paupiere A toute fragile beaute,

Des noires profondeurs od l’liomme doit descendre, Des multiples regrets et de l’eparse cendre,

Du fond du Temps illimite,

Comme une hymne pensive, imperieuse et grave Qui dans l’esprit humain profondement se grave, Et qu’on n’en peut jamais bannir,

Pour tirer de l’oubli les antiques alarmes, S’elabore un poeme ecrit avec des larmes ;

Le poeme du Souvenir.

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