L’EMPREINTE
Voici la place ou je revais.
Le printemps, apres des annees, Y seme encore ses duvets Moelleux, ses mousses satinees.
Pourtant, tout est en desarroi ; La tristesse seule y demeure :
C’est elle qui monte de toi, Passe, miroir terni de l’heure !
Au temps jadis, pres d’un sentier, J’ai souvent entendu sa plainte ; Et, m’envahissant tout entier, Elle me laissa son empreinte.
Ainsi qu’en automne on voit choir, ' Avec un fremissement d’aile,
Sur la pente ou l’on va s’asseoir, Les feuilles dont la voix se mele
Au sanglot des vents courrouces,
De meme s’effeuillent les pages De mes souvenirs disperses Au long des mornes nuits d’orages.
Elies s’envolent au versant Du mont, au hasard de la route,
Et chacune est teinte du sang Qu’y versa mon cceur, goutte a goutte.
L'OMBKE DANS L£ MIROIK
Et c’est ainsi que tout autour :
Les plaines, les arbres, les roses,
Et, fuyant peu a peu, le jour,
Et, mourant de langueur, les choses
Semblent porter le sceau fatal De ce Passe que nul n’oublie, Et qu’a jamais le Temps brutal Les couvre de melancolie.