‹ L'ombre dans le miroir: poèmesChapitre 9 sur 73 · REMORDS · texte numérisé non relu

REMORDS

Vous aurez beau partir vers des rives lointaines, En vous se gravera la forme de vos champs ; Rien ne remplacera l’arome de vos plaines,

Rien ne sera plus pur que l’echo de leurs chants.

L’enclos qui vous vit naitre a garde votre empreinte, Et votre sang s’infiltre aux pierres des chemins ; Chaque fleur de la route a senti votre etreinte,

Et chaque fruit des bois la chaleur de vos mains.

Votre coeur impregnable est pareil a ces roses Qui poussent sous un ciel d'Orient embaume,

Et qui portent, etant en un matin ecloses,

Un parfum qu’en nuls lieux au monde on a hume.

Tout se penetre en vous de l’air que l'on respire Sur vos bords, des rayons d’un soleil rechauffant, Des voix du fleuve dont vous subissez l’empire, Et du jardin propice a vos songes d’enfant.

L’ame de vos aieux dont se pare la terre,

Et dont on a recu le principe vital,

Vous hantera toujours, 6 voyageur austere, Qui, plein d’egarement, fuyiez le sol natal.

Et, triste pelerin, qui futes infidele A la maison dont vous conservez les secrets,

Vos yeux, au souvenir que vous emportez d'elle,

Ne sauront plus, demain, qu’exprimer leurs regrets.

LE DEPART DU PRODIGUE

Je pose mes regards sur les plaines connues Vers lesquelles je ne devrai plus revenir,

Et je contemple encor ces belles avenues, G-ravant en ma memoire un tendre souvenir

Des choses qu’a regret aujourd’hui j’abandonne.

Je pars done. Un destin m’emporte, imperieux.

Le Temps glisse sur moi la cendre de l’automne,

Mais je m’en vais quand meme errer sous d’autres cieux.

D’une ineffable joie, 6 mon cceur, tu tressailles ! Un vertige subit s’est empare de moi,

Et semblable a l’amant au jour des fiancailles,

Je me sens agite par un brulant emoi.

Accomplirai-je tout entier ce long voyage,

Moi qu’aucun cher lien n’a jamais retenu ? Moi qui vers l’ouragan ai tourne mon visage, Et qui marche le front serein vers l’inconnu ?

Aborderai-je, un soir, aux pays des merveilles ? Et le Sort favorable ornant de thyrses verts Les routes ou j’aurai depense tant de veilles,

Me devoilera-t-il un nouvel univers ?

Oh! la soif du desir en une heure assouvie !

Instant trois fois heureux d’entre tous les instants ! Qu’importe le passe, si je refais ma vie,

Et si mes jours defunts deviennent des printemps !

L’OMBRE DANS LE MI HO I It

L’aube d'un frais matin resplendit et rougeoie. Va-t'en sans t'arreter au liasard des chemins.

Tout espoir n’est pas mort, la Nature est en joie : Seme partout les fleurs que portent tes deux mains

Crois en l’eternite de cette heure premiere ;

Que tes-yeux dessilles meprisent les sommeils Dont la brume obseurcit et voile la lumiere.

Et marche, 6 Pelerin, vers de nouveaux soleils !

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