‹ L'ombre dorée; dames de jadis et d'antan; les exilés; effigies pour la stèleChapitre 1 sur 16 · O, AVENUE DES CHAMPS-ELYSÉES · texte numérisé non relu

O, AVENUE DES CHAMPS-ELYSÉES

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A Auguste Dorchain

Dans le parc d'automne Où Septembre donne Son gala vermeil, Le rêveur s'étonne Des jeux du soleil..

Pas d'ombre si dense Qu'un rayon n'y danse Et n'y mêle encor La réjouissance De ses paillons d'or.

Le soleil semble être Un roi qui pénètre Au verger d'autrui Pour montrer qu'un maître Est partout chez lui.

La fauve lumière De Vendémiaire Sème ses joyaux, Et l'ombre s'éclaire De reflets nouveaux.

A son crêpe triste Une main d'artiste Accroche aujourd'hui Des tons d'améthyste Et de lazuli.

La rosace ardente Où le prisme chante Son chaud septuor Est moins flamboyante Que cette ombre d'or.

•Je»

Ombre que projette Mon passé, sois faite De lumière aussi !

Donne un air de fête Au rêve obscurci !

Car rien ne rebute Ceux qui, dans la lutte, Voient briller toujours L'or d'une minute Sur l'ombre des jours.

Il faut un voile d'ombre.

Il faut un voile d'ombre au front pur de l'amour.

Laure nous paraîtrait moins belle S'il ne flottait encor tant de mystère, autour Du portrait qu'un amant divin nous laissa d'elle.

Je ne sais rien de toi quand mon rêve se tait, Je ne sais rien de toi que ce qu'il veut m'en dire. Le fard de l'inconnu, m'avivant ton sourire, Pare à mes yeux l'instant où peut-être il mentait.

Je bâtis le roman qui sera notre histoire Sans l'alourdir du poids de mes tourments passés, Et je n'écoute plus la grondeuse mémoire Ni ses souvenirs ressassés.

10 l'ombrb dorée

Pour avoir peur de toi, je n'ai pas besoin d'elle. La douleur se tapit dans l'ombre où je t'étreins, Mais je n'attendrai pas sa blessure nouvelle : Je ne donnerai pas le temps d'être infidèle A l'amour que je lis dans tes yeux incertains.

Un soir pareil à celui-ci, bien avant l'heure Où, lisant dans un cœur, on apprend qu'il est las, Avant l'heure où le premier doute nous efileure Je t'attirerai dans mes bras.

J'éblouirai mes yeux de ton intacte image, Comme le voyageur quittant un pays bleu S'attarde à contempler la courbe du rivage Que rien n'assombrira jusqu'au secret adieu.

Tu ne comprendras pas : tu ne verras sans doute Qu'un caprice d'amant en mon baiser plus long... Et, dans ce soir d'été comme toi pâle et blond, Telle qu'au premier jour je t'emporterai toute,

Sûr de souffrir, mais par moi seul, mais à mon gré, Sans qu'au déchirement une rancœur s'ajoute...

Et c'est pour t'aimer mieux qu'un soir je partirai.

L'Escapade

1 v rêvais de joyaux ? Vois : l'aube et la rosée Égrènent sous tes pas un magique collier. Chaque fleur est l'écrin d'une gemme irisée, Et l'araignée accroche à sa toile brisée Plus de perles qu'un joaillier.

Choisis. Puise à ton gré. Dépouille la nature Qui t'ouvre ses coffrets et son trésor vivant. L'insecte d'améthyste et d'or, qui s'aventure Sur ta main, y sertit la féerique parure

D'une bague au chaton mouvant.

Une aigrette scintille aux branches que tu cueilles. Prends : ces diamants-là, je n'en suis pas jaloux. Pour qu'en te décoiffant, ce soir, tu les recueilles, Les nymphéas figés sur des radeaux de feuilles Te tendent leur coupe à bijoux.

La fête où lehallier, bruyant d'oiseaux, t'invite Joint au merle flûtiste un rossignol alto. Des chants qu'on y module aux vers qu'on y récite, Tout nous dit : « Aimez-vous sans faste. Marguerite Meurt des présents de Méphisto. »

Viens! Dans la grotte où dort un écho las d'attendre, Nos rires alternés résonneront deux fois. Jamais tu n'as été plus belle, et moi plus tendre. D'invisibles Sylvains t'exhortent à me rendre

Tous les baisers que tu me dois.

Je sais trop que Paris va te ressaisir toute Et te rendre à sa fièvre, à son luxe, à ta cour... Mais déjà mes tourments d'hier sont en déroute Puisqu'un instant tu fus toi-même, sur la route Du bois sacré cher à l'amour.

Le Port du Lude

A Emile Berr.

et été, si je peux encor Fuir Paris et sa servitude, Il faut que je retourne au port Du Lude.

Est-ce un havre aux fins voiliers? Non. Nul môle où la barque se range ; Mais le site est, comme son nom, Étrange.

On descend, pour le découvrir, Un raidillon fait pour les chèvres, Où les mûres semblent s'offrir Aux lèvres.

14 l'ombre douée

Lorsqu'ébouiiffé par le vent On a pillé chaque Foncière, Vite on repart : mais sens devant Derrière.

Car c'est ici le mauvais pas; Le pied glisse assez sur la roche Pour qu'un bras frêle, à votre bras S'accroche.

Un pont de bois... Sautez d'un bond Une mare où croupit la mousse, Puis suivez le ruisseau, profond D'un pouce.

Dans cette Suisse en raccourci, Au pied de l'Alpe en miniature, Seule une vache au flanc roussi Pâture.

« Allez ! dit-elle. Il se peut bien Qu'une surprise vous attende... »

La finaude n'est pas pour rien Normande.

Elle n'ignore pas qu'au bout De la ravine ombreuse et fraîche, On apercevra tout à coup La brèche.

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