COLOMBINE — ARLEQUIN
arlequin, Rapprochant à pas de loup de Colombine assise et lui volant un baiser.
Colombine ! Mon cœur ! Je t'aime...
COLOMBINE
Finis done !
arlequin, pressant.
Veux-tu qu'en un bosquet où rôda Cupidon Nous madrigalisions, m'amie, au nez de Gilles, Fade et blanc soupirant aux espoirs si fragiles Qu'il ne murmure plus ton nom qu'en sanglotant ? Viens. Nargue à ce benêt ! Aimons-nous.
COLOMBINE
Un instant...
Si l'on nous dépistait, beau masque, quel esclandre ! Est-ce ta batte, ou le bâton du vieux Cassandre Qui nous protégera ? Gilles vaut mieux que toi. Faut-il galantiser ? Tu suffis à l'emploi. Mais, quand de se montrer et d'agir l'heure sonne, Pfutt ! Arlequin s'éclipse. On peut chercher : personne.
ARLEQUIN
Ingrate 1 J'étais là, je te guettais...
COLOMBINE
Vraiment ?
Pour piquer quelques fleurs dans un nouveau serment, N'est-ce pas ? On nous traque, et monsieur guitarise ! Non. A ces couplets-là trop longtemps je fus prise. C'est devant le danger qu'on mesure un amour. Fais tes preuves. Je veux revoir la France un jour ; Montre-m'en le chemin. Si tu sais m'y conduire, Je suis à toi. Voilà comme il faut me séduire. Brave tous les périls I Es-tu prêt? Partons-nous ? Sinon, tu peux prier, languir à mes genoux, Chanter sur tous les tons ta sérénade tendre, Je ne te connais plus, je ne veux plus t'entendre, Je répudie un cœur qui n'est ni sûr, ni franc. Watteau t'a bien nommé, mon cher : l'Indifférent !
arlequin, désinvolte.
Sermon... C'est un sermon. Sais-tu bien qu'il est drôle ?
Je ne t'avais pas vue encore dans ce rôle.
Il te va bien d'ailleurs. Pendant ce prône-là,
J'admirais ton maintien, ta robe à falbala,
Tes yeux clairs, et l'arc pur de ta lèvre adorable
Qui vous fait la morale en vous donnant au diable.
Pour un baiser de toi, que faut-il affronter ?
Ordonne : tu verras si j'ai l'air d'hésiter.
Ce nom d'Indifférent, j'en suis fier, s'il veut dire
Que tout ce qui n'est pas ton charme et ton sourire
Est sans prix pour un cœur qui cherche en vain pourquoi
Il pourrait battre encor — quand ce n'est plus pour toi.
COLOMBINE
Toujours les mots qu'il faut, trompeur ! On sait ton style. Mais...