‹ L'ombre dorée; dames de jadis et d'antan; les exilés; effigies pour la stèleChapitre 12 sur 16 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LES MÊMES (moins ARLEQUIN), SCAPIN, LE CAPITAN

scapix, portant un grand sac que soutient mal le Capitan.

Ouf! Aide-moi, lambin. Colombine est plus prompte.

colombine, l'aidant à se délester du sac.

Que vois-je ? Est-ce le sac où tu rossas Géronte ?

SCAPIN

Presque. De ce tour-là j'ai la même fierté.

GILLES

Que nous apportes-tu, Scapin ?

SCAPIN

La liberté, Le salut, mes amis, voilà ce que j'apporte. De quoi prendre le large et passer cette porte Au nez de nos geôliers, à leur barbe 1

COLOMBINE

Bravo !

Mais comment ?

SCAPIN

M'y voici. Près du Palais Nouveau J'errais, flairant le vent, quêtant la découverte, Quand j'avise en passant une porte entr'ouverte. Je risque un œil... Personne. Et j'entre, en retenant Mon souffle, à pas feutrés sur le plancher sonnant. Soudain, un ronflement me fait dresser l'oreille. Jamais je n'entendis basse-taille pareille. C'était le jardinier qui dormait, ivre-mort, Affalé, repu — bref, comme ici chacun dort... Sa lampe est près de lui. Fiat lux ! Et j'allume. Rien n'éveille un poussah vautré sur de la plume ; Je peux donc explorer à fond...

COLOMBINE

Nous t'accordons Que, pour ce rôle-là, tu montres quelques dons.

* scapin, poursuivant.

Voici tout ce qu'il faut pour tondre les pelouses, Pour soigner les massifs. Et puis, voici des blouses. Des blouses ! Comprenez ! Je les pris, je partis... Et nous allons sortir du parc en travestis, Le sécateur en main, le râteau sur l'épaule, En libres jardiniers de Potsdam !

COLOMBINE

Que c'est drôle !

O peintre des Bergers, ô Watteau, je conviens Que ces oripeaux-là sont moins beaux que les tiens... Sous le déguisement où le sort nous ravale, Nous reconnaîtraient-ils, ceux de ta Pastorale, Ceux qu'un pâtre rassemble et fait danser, aux sons De ses pipeaux ?

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