‹ L'ombrelle--le gant--le manchon;Chapitre 9 sur 28 · PEUT · texte numérisé non relu

PEUT

Poe

prendre dans les mains des charmantes Geishas les postures les plus séduisantes !

« Chez les Arabes, le Parasol était une marque de distinction (nous apprend M.O.Ss., le rapporteur anglais d’une commission qui publia une petite notice sur les Umbrellas, Parasols and Walkingsticks, à Londres, vers 1871). Il a la même importance chez certains peuples nègres de l'Afrique occidentale, qui l'ont probablement emprunté des Arabes. Niebuhr, dans la descrip-

tion du cortège de l’Iman de Sanah, nous dit

que l’iman et chacun des princes de sa nombreuse famille se faisaient porter à côté d’eux un Madallà ou grand Parasol. C’est dans le pays un privilège des princes du sang. Le même écrivain raconte que beaucoup de chefs indépendants de l’Yémen portent des Madallas comme marque de leur indépendance. Au Maroc, l’empereur seul et sa famille ont le privilège du Parasol. Dans les Voyages d’Aly bey, nous lisons en effet : « Le cortège du sultan se composait d’une-troupe de quinze à vingt cavaliers d'avant-garde ; derrière, à une centaine de pas, venait le sultan monté sur une mule, ayant à côté de lui, monté également sur une mule, un officier portant le Parasol impérial. Le Parasol est le His distinctif du souverain du Maroc. Personne, à part lui, n’oserait en faire

usage. »

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Dans certaines 1ribus de l'Afrique centrale, des explorateurs rapportent - avoir rencontré parmi les peuplades du désert des rois à demi vêtus de défroques à l’européenne, prises ou échangées on ne sait où; et, chose

étrange, au-dessus d’un vieux chapeau de soie à moitié défoncé, l’un de ces rois nègres, au dire d’un voyageur, aurait tenu avec une sorte de majesté grotesque un vieux parapluie troué dont les baleines apparaissaient à moitié brisées. Ce Robert Macaire du désert ne rappelle-t-il pas cette aimable fantaisie équatoriale du Parnassiculet contemporain, sonnet qui se termine par ces vers :

Qu’a-t-il donc d'étonnant, ce fils de la Havane Qui sans toi serait mort de faim dans la savane ? Bétani répondit : « Enfant au cœur ouvert,

Lorsqu'il se rend à bord des navires en rade, 11 a, ce sang mêlé, pour chapeau de parade Un shako d’artilleur orné d’un pompon vert! »

Cette fantaisie pourrait servir de thème à une dissertation sur ce sujet : Où vont les vieilles défroques, — où sont nos vieux parapluies? — Il y aurait là une ballade pleine de couleur pour un Villon de ce temps.

Pour revenir en France, plusieurs écrivains, romanciers ou auteurs dramatiques, ayant plus grand souci de l'éclat de la mise en scène que de la vérité historique absolue, ont présenté des chasses du temps de Henri IL et Henri IIT, dans lesquelles les nobles chasseresses se lancent à la suite du cerf sur des chevaux magnifiquement harnachés, tenant en mains des Ombrelles sexangulaires frangées d’or et enrichies de perles.

On trouve, à vrai dire, mention du Parasol dans la Description de l'Isle des Hermaphrodites ; mais il était alors fort rare en France et qui plus est très lourd et 4 destiné à un tel cérémonial, qu’un fort laquais devait avoir déjà grand’peine à le maintenir. De là à placer de légères ombrelles de soie entre les mignonnes mains des « belles et honnestes dames » de ce temps, surtout pour une chasse à courre sous bois, il y a, ce nous semble, une différence que le bon sens seul, à défaut de science historique, suffit amplement à signaler. -

Le Parasol était encore fort peu connu en France, même dans la seconde moitié du xvi° siècle. Il est assuré que, comme l’Éventail, et autres objets tant en faveur auprès de Catherine de Médicis, il fut apporté chez nous d'Italie.

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Henri Estienne, dans ses Dialogues du nouveau langage françois italianizé, 1578, fait dire à l’un de ses interlocuteurs du nom de Celtophile :

« … Et à propos de pavillon, avez-vous jamais veu ce que portent ou font porter parles champs quelques seigneurs en Hespagneou en Italie, pour se défendre non pas tant des mouches que du soleil? — Cela est soutenu d’un baston et tellement faict, qu’estant ployé et tenant bien peu de place, quand ce vient qu'on en a besoin, on l’a incontinent ouvert et estendu en rond, jusqu’à pouvoir couvrir trois ou quatre personnes.» — Et Philausone répond : « Je n’en ai jamais veu: mais j'en ay bien ouy parler, et si nos dames les leur voyoient porter, peut-estre qu'elles les voudroient taxer de trop grande délicatesse. »

En Italie, il est peu probable que depuis les Romains les habitants des classes élevées aient désappris l’agréable usage des Parasols. La plupart des voyageurs le signalent à toutes les époques, et, dans les Mystères italiens joués aux xive et xv° siècles, il est presque assuré qu’au moment où l’on représentait naïvement le déluge, Dieu le père se promenait et déclamait sur le théâtre un Parapluie à la main.

Dans le Journal et voyage de Montaigne en Italie, le bon philosophe, qui nous apprend si peu de chose en dehors des ravages que fait la gravelle en sa vessie, daigne cependant constater

que le suprême bon goût pour les femmes de la

Deere ville de Lucques était d’avoir sans cesse un Parasol à la main.

« Nulle saison {dit encore ailleurs le charmant épicurien des Essais) m'est ennemie quele chaud aigre d’un soleil, car les Ombrelles de quoi, depuis les anciens Romaïns, l'Italie se sert, chargent plus les bras qu’ils ne déchargent la tête. »

De même Thomas Corryat, un touriste anglais de ce temps-là, dans ses Crudities (1611), parle des Parasols italiens après avoir signalé la présence des Éventails dans les villes parcourues : « Beaucoup d’Italiens, dit-il, portent d’autres belles choses de bien plus grand prix qui coûtent au moins un ducat {environ sept francs), et qu’ils appellent communément en latin Umbrellæ, c'est-à-dire des objets qui font de l’ombre, destinés à les abriter des ardeurs du soleil. — Ces objets sont faits de peau, c’est quelque chose qui répond pour la forme à un petit dais et est pourvu à l’intérieur de divers petits appareils de bois servant à étendre l’wmbrella dans une dimension assez grande. Ce sont surtout les cavaliers qui s’en servent; ils les tiennent à la main quand ils sont à cheval, fixant l'extrémité du manche à une de leurs cuisses; ils en reçoivent une ombre si grande qu'elle garantit les parties supérieures de leur corps des atteintes du soleil. »

Fabri, dans son utile et remarquable ou-

vrage, Diversarum Nationum ornatus ([additio), confirme ce fait, dès 1503, en prenant soin de représenter un noble Italien voyageant à cheval avec un Parasol à la main : « Nobilis Ttalus ruri ambulans tempore æstatis. » Quelle variété ce simple détail, plus propagé ou plutôt mieux vulgarisé parmi nos romanciers, eût jetée dans les grands romans d'aventures! — On eût vu cette Ombrelle protectrice signalant de loin, par sa couleur et sa forme élevée, la présence du riche voyageur à détrousser dans les montagnes de la Toscane, alors que les brigands du temps faisaient le guet dans les replis des rochers; puis nous au- .rions vu sûrement, dans des récits passionnants des combats héroïques, le Parasol bouclier, déjà troué, déchiré en lambeaux, mais servant encore à parer victorieusement les coups des féroces coupe-jarrets et des tireurs de laine! Et que de titres ronflants et imprévus dont nous

Re = LS sommes privés par le fait de cette ignorance : les Cheva- Cr , liers de lOmbrelle,—le Parasol héroïque, — le Courrier 4 À d'État ou l’Ombrelle reconquise !..…. — Qui sait encore! et L’Arsenal, ancien hôtel de Sully, conserva pen- À À dant longtemps l’ün de ces parasols que les bibliopra thécaires nommaient le Pepin de Henri IV. Il était

#, fort grand et entièrement recouvert de soie bleue semée de longues fleurs de lis d’or très précieuses. Ce Parasol ministériel ou royal aurait été égaré, et nous le mentionnons d’après la peinture que nous

en a faite le savant bibliophile Jacob.

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Daniel de Foë, qui écrivait son Robinson Crusoé vers 1718, fut un des premiers à parler du Parasol, en Angleterre, d’une manière un peu longue. Avant lui, comme on le verra plus loin, on n'avait fait que de nommer très sommairement cet objet dans des ouvrages. Il est resté si bien dans toutes nos imaginations d'hommes, enfants d'hier, ce grand Parasol de Robinson alors qu’il découvrait avec une joie mêlée d'inquiétude, des traces de pieds humains sur le sable dans ses promenades entre son chien et Vendredi, le bon règre; il se présente encore si nettement dans nos premiers souvenirs littéraires, que nous devons reproduire le passage du journal où il est mentionné :

« Un autre travail, dit Robinson, qui me demanda beaucoup de temps et de peines fut la fabrication d’un Parasol. Le besoin que j’en avais m'en faisait désirer un depuis fort longtemps, et j’en avais vu jadis faire au Brésil, où cet instrument rend de très grands services à cause de l'extrême chaleur du climat. — Or, dans mon île, il faisait tout aussi chaud qu’au Brésil, et même plus chaud; d’ailleurs, comme j'étais Va obligé de sortir beaucoup, mon Parasol

sa

la pluie que contre le soleil. Je me donnai donc une peine énorme pour le faire et fus longtemps avant d'arriver à un résultat passable. A deux ou trois reprises différentes, lorsque je croyais avoir atteint le but, je fus obligé de tout recommencer parce que je reconnaïissais que ce n’était pas là ce qu'il me fallait. À la fin cependant je vins à bout de faire quelque chose de supportable; la grande diffculté avait été de disposer le Parasol de manière qu'il pût se fermer, car un instrument qu’il fallait toujours laisser ouvert était fort incommode. Cependant, comme je viens de le dire, je trouvai enfin moyen d’en faire un tel que je le désirais : je le couvris de peaux, le poil en dehors, sur lesquelles la pluie glissait comme sur un toit. En outre, il me garantissait si bien du soleil, que je pouvais sortir par les plus grandes chaleurs sans être plus incommodé que je ne l'étais autrefois par le temps le plus frais. Lorsque je ne voulais pas me servir de mon Parasol, je pouvais le fermer et le porter sous mon bras. »

Et ce Parasol, depuis un siècle et demi, a été popularisé par la gravure, avec son dôme de poil et sa facturé rustique : aussitous les pauvres petits emprisonnés du collège rêvent souvent, en l’invoquant, de le porter dans une île déserte, car il représente à leurs yeux la vie du pleinair et de la liberté.

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Avant Daniel de Foë. Ben-Johnson avait déjà

fait mention du Parasol en Angleterre dans une

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Ve comédie jouée en 1616, et Drayton, envoyant aŸe 2 des colombes à sa maîtresse, en 1620, — déli- a D . . . 4 L) cieuse fantaisie d’amoureux — formulait dans à

ses vers passionnés le souhait suivant : « Puis-

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sent-elles, les blanches tourterelles que voici,

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ainsi que des Parasols, vous abriter de leurs ailes pour toute sorte de temps. »

Dans la relation de son Voyage en France,

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en 1675, Locke, parlant des Ombrelles, dit :

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« Ce sont de petits ustensiles fort légers que les

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femmes emploient ici pour se garantir du soleil

et dont l’usage nous semble très commode. » — ë Par la suite, les « ladies » voulurent posséder

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ces jolis Parasols, quoique, en raison de leur

climat, ces objets ne pussent guère leur être utiles. Ce ne fut cependant qu’au xvr siècle qu'un industriel de Londres s’avisa d'inventer des Ombrelles-Éventails, près desquelles nos

marquises pliantes n'étaient rien, paraît-il. Cet ingénieux fabricant fit une fortune considérable; mais, s’il faut en croire l’Zmprovisateur fran-

çoïs, cette invention fut vivement imitée et très

perfectionnée à Paris. — Que ne s'est-elle con-

stri

sol

servée jusqu'à nos jours | Mais demeurons au xvur° siècle et restons un instant en France, où le Parasol n’était guère

en usage qu’à la cour auprès de quelques dames. Les hommes ne s'en servaient jamais pour se

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. préserver de la pluie, — la cape et l'épée étaient encore seules à la mode.

Ménage nous raconte, dans son Menagiana, qu'étant avec M. de Beautru, vers 1685, par une pluie battante, à la porte de l'Hôtel de Bourgogne, survint un gentilhomme gascon sans manteau et très mouillé; le Gascon, voyant qu’on le regardait, s'écria : « Je gage que mes gens ont oublié de me donner mon manteau. » À quoi M. de Beautru répliqua vivement : « Je me mets de moitié avec vous. »

L'Ombrelle de soie proprement dite apparut cependant entre les mains de femmes de qualité, à la promenade, au Cours ou dans les grandes allées du parc royal de Versailles, vers le milieu du règne de Louis XIV. Le Parapluie de ce temps était un meuble assez grossier et étonnamment lourd, qu’il était quelque peu ridicule de tenir à la main. En 1622, c'était en quelque manière une nouveauté à Paris, puisque dans les Questions tabariniques citées par l’utile fureteur Édouard Fournier dans le Vieux et le Neuf, on en parle ainsi à propos du feutre fameux de Tabarin :

« Ce fut de ce chapeau qu’on tira l'invention des Parasols, qui sont maintenant si communs en France qu’on ne les appellera plus Parasols, mais Parapluyes et Garde-Collet, car on s’en sert aussi bien en hyver contre les pluyes qu’en esté contre le soleil. »

La plus ancienne gravure ou image documentaire des mœurs françaises dans laquelle nous voyions un Parasol date de 1620; c'est le frontispice d’un recueil de saint Igny : la Noblesse françoise à l’église.

Les Parasols, quoi qu'il en soit, étaient encore peu usités au xvu° siècle; les précieuses qui, pour dire : Il pleut, s’écriaient : Le troisième élément tombe! n'auraient pas négligé de trouver un qualificatif aimable pour désigner ce nécessaire inventé contre Phœbus et saint Médard. Mais Saumaise ne nous révèle rien à ce sujet, et on serait presque tenté de croire que les Philamintes et les Calpurnies n’attachaient point d’importance à ce « rustique et mobile Pavillon. » — Ce qui est démontré par les estampes anciennes, c’est l'emploi du ‘Parasol en forme de petit dais rond, que les dames de qualité se faisaient porter par leurs valets à la promenade, dans les jardins à la Le Nôtre des demeures seigneuriales, alors que les gentilshommes marchaient devant, drapés dans la cape et le feutre incliné sur l'œil.

Les Parasols étaient alors de fabrication si grossière et leur poids les rendait si peu portatifs qu’ils ne pouvaient guère étre utilisés aisément par les bourgeois; on ne les trouve dans aucune de ces très curieuses gravures qui donnent une idée confuse du grouillement et des rassemblements de la rue sous Louis XIV; Boileau et François Colletet ne les ont pas consignés au nombre des Tracas et Embarras de Paris, et les Cris de la ville qui sont parvenus jusqu’à nous ne nous indiquent pas qu’au xvu: siècle un « Chand d'pad puie, à puie, à puie! » ait lancé sa triste mélopée au milieu des traînardes appellations de la rue.

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Cela se comprend : nous voyons qu’un Parasol, au milieu du grand siècle, pesait 1,600 grammes, que ses baleines avaient une longueur de 80 centimètres, que le manche était de chêne lourd et que cette massive carcasse était recouverte de toile cirée, de bouracan ou

de gros de Tours chiné, — on maïntenait un pareil meuble par un anneau de cuivre fixé à l'extrémité des baleines; — c'était labeur de

portefaix que de se préserver ainsi des averses! Mieux encore; souvent ces Parasols étaient faits de paille, et, si nous en croyons le Diary and Correspondence d'Evelyn, vers 1650, ils affectaient, en quelque manière, la forme des cloches en métal dont on recouvrait les plats.

Au reste, c’est à peu près la forme d’'Ombrelle que nous retrouvons vers 1688 entre les mains d'une femme de qualité, vêtue en habit

conservé fidèlement l’aimable silhouette dans un joli dessin vulgarisé par la gravure. Ce Parasol a l’apparence d’un champignon développé et légèrement aplati sur les bords; le velours rouge qui le couvre est divisé en côtes ou rayons par de légères cordelières d’or et le manche, assez curieusement travaillé, est semblable à celui d’une quenouille, avec des renflements et des gorges exécutés par le tourneur. Dans son ensemble, cette Ombrelle de coquette est fort gracieuse et d’une grande richesse.

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d'été à la grecque, et dont N. Arnoult nous a.

Dans les œuvres littéraires les plus variées du xvu siècle, mémoires, romans, variétés, dissertations, poésies, énigmes, noëls et chansons, aucune allusion au Parasol; pénurie totale d’anecdotes; néant sur ce point. On a beau se mettre l'esprit à la torture et regarder par ce trou d’aiguille mesquin, les Lettres de Mw de Sévigné, les commérages de Tallemant, les Conversations de M1: de Scudéry, les Anecdotes de Ménage, les recueils poétiques, les Entretiens divers, les Mélanges, c'est toute une bibliothèque bouleversée en pure perte, une migraine conquise sans le moindre résultat.

Dans un recueil manuscrit, écrit vers 1676, et qui relate les mémoires de Nicolas Barillon, comédien, cette phrase seule attire notre attention : « Les journées estant très chaudes, cette dame portoit soit un masque, soit un Parasol de la peau la plus précieuse. »

De ce masque ou de ce Parasol de peau précieuse aucune conclusion à tirer meilleure que celles des dictionnaires de l’anti-académiste Antoine Furetière ou du savant Richelet; on y trouve le résumé de l’idée du temps. Voici donc la définition de l’auteur des Factums :

Parasol, s. m., petit meuble portatif ou couverture ronde qu’on porte à la main pour défendre sa tête des grandes ardeurs du soleil; on le fait d’un rond de cuir, de taffetas, de toile cirée, etc. Il est suspendu au bout d’un bâton; on le plie ou on l’étend par le moyen de

quelques côtes de baleine qui le soutiennent. Il sert aussi pour se défendre de

la pluie, et alors quelquesuns lappellent parapluie.

La définition de Richelet est presque la même. Il ajoute cependant ces mots :

« Il n’y a que les femmes qui

portent des Parasols, et même elles n’en portent qu’au printemps, l'été et en automne. » — Richelet confine presque au xvin* siècle, il est vrai, puisqu'il meurt peu de temps avant la fin du règne de Louis le Grand. Ceci nous porte à l'aurore de la Régence, et une renaissance va s'opérer dans la coquetterie féminine. Nous allons donc retrouver notre Ombrelle dans des parties galantes, soutenue par des petits nègres à turbans; déjà nous la voyons décorée de crépines d’or et d’effilés de soie, rehaussée de panaches de plumes, montée sur des bambous des Indes, couverte de soies changeantes, enjolivée de mille et une manières, digne en un mot de jeter une ombre discrète sur les visages roses et délicats que Pater, Vanloo, Lancret, la Rosalba et Latour s'ingénièrent à reproduire dans des peintures lumineuses ou de frais pastels, dans ces tableaux enchanteurs où sourit encore la coquetterie du passé.

au siècle dernier, devient presque, comme l’Éventail, | un léger et gracieux hochet f\ qui sertà ponctuer uneexpres- © |\ sion, à arrondir un geste, à ÿ armer une attitude à peindre la réverie lorsque, conduite par une jolie main indolente, la pointe trace de vagues dessins sur le sable. Au souffle brûlant des déclarations amoureuses, souvent la frêle Ombrelle s'échappe des mains d’une belle en signe d’armistice et comme un aveu d'abandon.

Qu'elle soit ouverte et gentiment tenue au-dessus des chevelures poudrées, ou fermée et frôlant le brocart des jupes, c'est encore le « balancier des grâces ». Elle fait valoir les nonchalances sur le siège rustique des parcs, sous les envoûtements des grottes, et elle ajoute du piquant à la mutinerie des caillettes qui se défendent en se raillant contre de libertines attaques. En un mot, dans les légères allégories amoureuses du siècle, elle est digne de paraître dans ces duos amoureux de Léandres et d’JZsabelles, que Watteau souvent composa avec tant d’art de raffinement.

Dés le milieu du xvur° siècle, le parapluie de taffetas devint de mode à Paris. Caraccioli, dans son Dictionnaire pittoresque et sentencieux, nous en donne le témoignage : « L'usage, dit-il, est, depuis quelque temps, de ne sortir qu’avec son parapluie et de s’incommoder à le porter sous le bras.— Ceux qui ne veulent pas se confondre avec le vulgaire aiment mieux courir le risque de se mouiller que d’être regardés comme gens qui vont à pied; car le parapluieestla marque qu'on n’a pas d'équipage.» Les Parasols étaient fabriqués par les boursiers, et lorsque, par l’édit d'août 1776, les gantiers, boursiers et ceinturiers furent réunis en une communauté, on put lire dans leurs statuts un article ainsi conçu : « Ils auront aussi seuls le droit de fabriquer et « faire toutes sortes de Parapluies et Parasols, « en baleine et en cuivre, brisés et non brisés, « les garnir de leur dessus en étoffes de soye et «en toille, faire des parapluies de toilles cirées; «les parasoleïils garnis etenjolivés detoutessortes « de façons. »— D'après le Journal du Citoyen, publié à la Haye en 1754, le prix des Parasols brisés était alors de 15 à 22 livres la pièce, et les Parasols pour la campagne de 9 à r4 livres.

IL faut croire cependant que les petits bourgeois de Paris n’osaient encore acheter ces Parasols, puisque Bachaumont, dans les Mémoires secrets, à la date du 6 septembre 1769, consigne l’entreprise que voici :

« Une Compagnie vient de former un établissement digne de la ville de Sibaris; elle a obtenu un privilége exclusif pour avoir des Parasols et en fournir à ceux qui craindroient d’être incommodés du soleil pendant la traversée du Pont-Neuf. Il y aura des bureaux à chaque extrémité de ce pont, où les voluptueux petits-maîtres qui ne voudront pas gâter leur teint se pourvoieront de cette utile machine; ils la rendront au bureau de l’autre côté, aïnsi alternativement, moyennant deux liards par personne. Ce projet a commencé à s’exécuter ; on annonce que si cette invention réussit, on est autorisé à former de pareils bureaux dans les autres endroits de Paris, où les crânes pourraient s’affecter, tels que la place Louis XV, etc. Il y a apparence que ces profonds spéculateurs obtiendront le privilége exclusif des Parapluies. »

Cette entreprise réussit-elle? nous ne saurions le dire; ce qui est certain, c’est que plusieurs fois elle fut tentée à notre époque par des innovateurs qui ne se doutaient pas que la location des Parasols même n'était pas absolument nouvelle sous le soleil.

Un grand progrès s'était réalisé au xvrnr: siècle dans la fabrication des Ombrelles pour dames; les petits Parasols ordinaires devinrent d’une légèreté très grande et d’une décoration charmante. Dans un tableau de Bonaventure-Delord,

ar qui est au Louvre, on trouve le type exact des Ombrelles coquettes du siècle dernier. Celle-ci, qui est tenue par une beauté rieuse, au milieu d’une fête champêtre, est montée sur une longue tige et le pavillon, fait de peau de daim jaune, semble avoir quatre pans; un chapeau de cuivre tourné et de très jolie forme profile son petit pignon chinois sur la verdure.

On voit également, dans la collection de Mr»: la baronne Gustave de Rothschild, une Ombrelle très curieuse ayant appartenu à M"° de Pompadour. Elle est en soie bleue, superbement décorée d'étonnantes miniatures chinoises sur mica et d’ornements en papier très finement découpés et appliqués sur le fond. — C'est apparemment munie d’une Ombrelle de ce genre que la jolie favo- rite, au moment de la fureur des bergeries, qui suivit l’apparition du conte d’Aline de Boufflers, se rendait sous les ombrages du Petit Trianon, à Versailles, avec ses amies pour voir traire les blanches brebis et tremper l'incarnat de ses lèvres dans la tiédeur de ce lait dont le petit abbé De Bernis (qui cueillait volontiers des madrigaüx et des bouquets à

Chloris), comparait la blancheur à celle de sa

gorge incomparable.

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Partout, dans les peintures et gravures du siècle, nous entrevoyons ces mêmes Ombrelles légères ou ces Parapluies qui se rapprochent de si près de ceux d’aujourd’hui. On voit les unes ou les autres dans les Estampes de Moreau le Jeune pour servir à l’histoire des modes et des costumes en France, dans le Passage du ruisseau, d'après Garnier, au milieu des fêtes publiques, aussi bien parmi le brouhaha des foules, que Moreau nous montre dans les Grands Carrosses de la Cour en 1792, que dans les petites réjouissances populaires, comme l'Ascension d’une Montgolfière, d'après les gravures du temps. — L’Ombrelle pique encore d’une petite note gaie les grands tableaux de Joseph Vernet; dans sa vue d'Antibes et son Port de Marseille, le peintre a

placé entre les maïns de jolies promeneuses d’adorables >

petites Ombrelles roses au travers desquelles la lumière semble filtrer dans la transparence de la soie. Plus tard enfin, avant la royale séance du 23 juin 1789, le Parapluie joue son rôle historique dans la Révolution en protégeant Messieurs

du Tiers, laissés à la porte de l’Assemblée sous ES

une pluie battante, assez mal disposés à recevoir l’ordre du Roi : « Messieurs, je vous ordonne de vous séparer tout de suite. »

Chose curieuse : à l'heure où le Parasol était généralement adopté en France, il se trouvait encore peu connu en Angleterre et chez les peuples du Nord. À Venise même, où nous avons fait des recherches, le premier personnage qui se servit d’une Ombrelle, vers le milieu du xvrrr° siècle, fut Michel Morosini, « senatore di alto rango » qui, bravant tout préjugé, apparut un jour en gondole portant une petite Ombrelle verte, non cintrée, de forme quadrangulaire, surmontée d’un petit clocheton de cuivre très délicat. Les belles Vénitiennes adoptèrent cet «indispensable» à la suite de cette manifestation du noble Michel Morosini, mais l'Ombrelle n’apparut cependant entre toutes les mains patriciennes, dans les gondoles du grand canal et sur la piazza San Marco, que vers 1760 environ.

En Angleterre, dans la première moitié du dernier siècle, le Parasol et le Parapluie étaient d’un usage très restreint; néanmoins, dans un passage du Tattler, Swift y faitallusion en 1760, lorsqu'il nous peint une petite couturière retroussant sa jupe et marchant à pas pressés, tandis que la pluie ruisselle sur son parapluie ciré :

The tucked up sempstress walks with hasty strides While streams run down her oiled umbrella’s sides.

D'autre part, on peut admirer à Woburn- Abbey un remarquable portrait peint vers 1730 de la duchesse de Bedford, suivie d’un petit

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nègre qui tient au-dessus desa tête un somptueux Parasol d’apparat.

Il est juste de dire que pendant les premières années du siècle dernier, on ne pouvait guère se procurer de Parapluies à Londres que dans les cafés, où ils étaient misen réserve pour être loués aux consommateurs pendant les grosses pluies d'orage. Le premier citoyen anglais qui ait importé réellement l'usage absolu du Parapluie dans sa nation, fut sir Jonas Hanway, le fondateur de l'hôpital de la Madeleine. Cet audacieux, car il fallait de l’audace pour braver ainsi les préjugés du peuple le plus préjugiste du monde, ce téméraire eut le courage de ne plus sortir sans Parapluie dans les rues de Londres à dater de l’année 1750. Comme la plupart des innovateurs, il fut honni, conspué, bafoué, caricaturé ; il eut à essuyer dans ses promenades les quolibets et les insultes de la foule, les pierres et les bousculades des gamins ; mais il eut aussi l’honneur de triompher, et de voir peu à peu, après vingt ans de persévérance, son exemple suivi, tant et si bien que lors de sa mort, en 1786, il put constater, avec orgueil, que le parapluie, grâce à lui, était « implanté » à jamais en Angleterre à l'égal d’une impérissable institution.

Aujourd'hui, chez nos voisins d’outre- Manche, il est question d’élever une statue à sir Jonas Hanway comme un hommage publiquement rendu à un philanthrope. — On peut se

demander en quelle attitude on représentera ce paisible humanitaire, si le Parasol de bronze restera fermé dans sa dextre, ou s’il se déploiera dans toute son ampleur sur le chef de son protecteur devenu ainsi son protégé.

Vers l’époque où mourait Jonas Hanway, Roland de la Platière écrivait dans ses Manufactures, arts et métiers cette observation curieuse : L'usage des Parasols est tellement établi à Lyon que non seulement toutes les femmes, mais les hommes même, ne traverseroient pas la rue sans le petit Parasol rose, blanc ou d’une autre couleur, garni d’une blonde, et que sa légèreté permet de porter sans gêne. »

Aux approches de la Révolution, le Parapluie devint populaire et servit de tente aux poissardes et autres marchandes. Alors l’on vit apparaître l'énorme Parapluie de serge rouge dans le peuple des halles et le Parapluie ordinaire entre les mains des « sansjupons ». Dars les enthousiasmes et les révoltes des rues, le parapluie s’agite frénétiquement entre les mains des femmes du peuple, et lorsque, le 31 mai 1703, Théroigne de Méricourt s'avisa si mal à propos de prendre la défense de Brissot, au milieu d’une multitude de mégères qui criaient : « À bas les Brissotins ! » les parapluies se levèrent comme autant de glaives improvisés sur la Liégeoise, la frappèrent au visage, la fouettèrent de toutes parts, scandant les exclamations haineuses de « Ah! tu es Brissotine! » et provoquant chez.la malheureuse amazone révolutionnaire la folie dont elle mourut si tristement à la Salpétrière. .

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Le Parasol des Jacobins afficha un instant sa sévérité vis-à-vis des bâtons noueux et des Parasols coquets des Muscadins et Incroyables; les Merveilleuses, par contre, arborèrent des Ombrelles vaporeuses, comme leurs vêtements de nymphes. C'était alors que la mode fit valoir ses droits jusqu’à ce fragile protecteur des grâces; il n’est pas d’extravagances qui ne fussent admises, d'étoffes assez précieuses et assez éclatantes qui n'aient été acceptées. A Tivoli, à Coblentz, à Mousseaux, chaque beauté à la mode déployait un luxe inusité pour la décoration de son Ombrelle; c'étaient des verts tendres, brochés d’or, des nuances chair avec grecques écarlates, des bleus attendris, relevés d'argent, des cachemires ou tissus des Indes, le tout monté sur des manches d’une grossièreté affectée ou d’un travail exagéré de délicatesse. Ma paole supême, ïl fallait voir cela, comme disaient nos élégants. Rien de plus coquet que ces Parasols rayés, zébrés, bariolés, grecqués, comme complément d’une robe à l’'Omplale, à la Flore, à la Diane, apparaissant dans un rapide wiski au-dessus d'une redingote à la Galatée ou d'une tunique au Lever de l'aurore, parmi les aigrettes, les panaches, les toufles de rubans et tous les colifichets possibles.

Vers l'extrême fin du xvur° siècle, l'Ombrelle fut toujours recouverte d’ailleurs des nuances les plus à la mode et d'étoffes au dernier goût du jour. On vit

des Parasols habillés de soupirs étouffés et garnis de

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regrets inutiles, d'autres ornés de rubans aux soupirs de Vénus, tandis que la mode exigea tour à tour des couleurs entrailles de petitmaître, boue de Paris, carmélite, cuisse de puce, œil de roi, cheveux de la reine, merde d’oie, caca dauphin, Flamme d'opéra, cuisse de nymphe émue et autres noms qui étaient les qualificatifs singuliers de nuances particulières, la fureur et l'engouement du moment.

Les petits abbés portaient le Parasol violet clair ou lilas pour rester dans le camaïeu de leur tenue générale, et aussi peut-être par ordre épiscopal. C'est ainsi que les cardinaux romains sont suivis encore dans leurs promenades par un diacre porteur d’un Parasol rouge qui fait partie comme le chapeau du bagage ordinaire des « Monsignori ».

Ce mot de « bagage », qui vient de tomber de notre plume, semblerait appeler l'attention sur le rôle de l'Ombrelle ou du Parapluie dans les voyages au siècle dernier. Le Parasol était-il considéré comme bagage indispersable avant de se mettre en expédition? Nous ne pourrions l’affirmer. L'auteur du Voyage de Paris à Saint- Cloud par mer et par terre écrit, avant de s’embarquer au Pont-Royal : « Je ne réservai pour porter sur moi que ma montre à réveil, mon flacon à cuvette plein d’eau sans pareille, mes gants, des bottes, un fouet, ma redingote, des pistolets de poche, mon manchon de renard,

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mon Parapluie de taffetas vert et ma grande

canne vernissée. » Mais il s’agit là d’une facétie du xvu® siècle, d’une sorte de jocrisse voyageur qui s'encombre d'objets inutiles. Nous avons consulté plusieurs almanachs pour servir de guide aux voyägeurs et contenant « un détail de tout ce qui est nécessaire pour voyager commodément, utilement et agréablement » aux environs de 1760 à 1765, nulle part le Parapluie n'était prescrit, pas plus aux « gens de pied » qu'aux cavaliers; bien au contraire, le rédacteur anonyme de ces guides paraît railler par endroits la niaiserie du touriste de Paris à Saint-Cloud, et il ajoute qu’un voyageur bien portant doit se contenter de bottes solides et d’un manteau de bon drap. Une canne même, dit-il, ne soulage souvent que l'imagination du marcheur.

Le Parapluie-canne — qui le croirait? — était cependant connu dès 1758, et l’on fabriquait déjà des Parasols très commodes dont les dimensions pouvaient être réduites de façon à tenir en poche. Un nommé Reynard annonçait en 17617 des Parasols « qui se replient sur eux-mêmes triangulairement et deviennent de l'épaisseur et du volume d’un chapeau à mettre sous le bras ». Ces Parapluies étaient, paraît-il, très répandus vers 1770 : le manche était de deux pièces réunies par une vis, et les branches se repliaient au moyen de brisures.

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Mais n’abandonnons pas l’ordre chronologique en revenant ainsi sur nos pas, à l’exemple d’un romancier de 1840. C’est à peine si nous avons entrevu l’'Ombrelle au passage tour à tour aux xvi®, xvu® et xvue sèicles, dans le décousu et la vitesse de cette causerie heurtée, en faisant sauter notre prose dans un steeple-chase de charmants dessins. Nous avons confondu parfois les deux dénominations d'Ombrelle et de Parapluie dans le mot plus général de Parasol; mais si nous sommes allé un peu partout, nous n'avons pas eu le loisir de nous arrêter nulle part en flâneur et en analyste. Nous voici au début de ce siècle, à l'Empire, mais la nation est casquée et le soleil d'Austerlitz ne demande pas d'Ombrelle; la femme tient le second plan à cette heure où la France ne manie plus que les hochets coûteux de la gloire, et, si nous consta-

tons la présence du Parapluie, c’est au camp, à l'état-major général de l’armée, par quelque nuit de brouillard, où il sert d’abri au commandant en chef, qui étudie sur la carte le plan de bataille du lendemain.

L'Ombrelle se montre plus favorablement à l'heure

de la paix, sous la Restauration. — Tous les journaux de modes de l’époque nous en donnent des spécimens curieux et variés dans leurs gravures sur acier, coloriées à la main, qui nous montrent, pendant ces jours d’accalmie, de langoureuses dames au milieu de décorations amusantes : soit en hiver parmi des paysages neigeux, soit en été dans un parc aux lointains profonds, sur quelque pont rustique, où les châtelaines d'alors promenaient lentement leurs rèveries romanesques. On peut suivre, dans les innombrables Moniteurs de l'élégance qui parurent de 1815 à 1830, d'année en année, de saison en saison, les variations apportées dans la décoration des petits Parasols féminins. — Regardons une seconde : voici des Ombrelles recouvertes de crêpe chiné ou de satin damassé, de soie écossaise, rayée, zébrée ou brochée; d’autres enrichies de blondes ou de dentelles, brodées de verroterie ou garnies de marabouts, de passementeries ou d’effilés de soie; la nuance à la mode est alors très claire ou très foncée, sans tons intermédiaires : blanche, jaune paille, rose ou vert myrte, marron et noir, rouge pourpre ou indigo. Mais cent pages ne nous suflraient pas pour cataloguer ces modes de l'Ombrelle; passons outre.

L'usage du Parapluie s'étend peu à peu dans toutes les classes; déjà on le désigne dans l’argot du peuple sous les noms de : Za Mauve (?), de Riflard, de Pépin, de Robinson. Les fabriques de parapluies se sont, dès

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le début du siècle, propagées rapidement en France. — Jusqu'en 1815, — cela est à peine croyable — Paris n’a compté aucune grande fabrique de Parasols. Mais, de 1808 à 1851 seulement, on compte plus de 103 brevets d’invention et de perfectionnements relatifs aux Parapluies et Ombrelles. Parmi les plus extravagants brévets il nous faut citer, d’après M. Cazal :

1° Un brevet d'invention pour le Parapluie à canne avec lunette à Jongue vue; 2° Un brevet d'invention pour les Parapluies et Om-

.brelles à canne se renfermant dans un étui de cuivre en

forme de lunette d'approche;

3° Un brevet d’invertion pour Parapluie à canne renfermant divers objets propres à écrire ou à d’autres usages, et nommé Canne universelle ;

4° Un brevet d’invention pour des procédés de fabrication de Parapluies et d'Ombrelles qui s'ouvrent seuls, au moyen d'un mécanisme placé dans l’intérieur du manche ;

5° Un brevet pour un Parapluie-Canne dent le fourreau se plie à volonté pour le mettre dans sa poche.

En dépit de ces inventions géniales et grotesques de Parapluies-Lunettes et de Parasols- Cannes, nous en sommes toujours revenus au Parapluie simple, sans mécanisme, ou au stick léger dépourvu de toutes prétentions à garantir de la pluie. —Ily a tant de complications dans un objet à plusieurs usages que l'esprit français se refusera toujours à l’adopter.

Mais, sans plus parler de la technologie du Parapluie, il nous faut conter une anecdote qui

courut tous les petits journaux de la Restauration et qui se termine en apologue : nous prendrons l’allure et le style d'alors pour narrer cette petite historiette historique, laquelle doit être intitulée : Z’Ombrelle et le Riflard.

Par une belle après-midi d'été, le promeneur qui eût arpenté les Champs-Élysées aurait pu voir assis sur une chaise, à côté d’une jolie dame dont la situation intéressante était visible, un paisible bourgeois inventoriant l’une après l’autre toutes ses poches sans trouver la bourse dans laquelle il s’apprétait à puiser les quelques sous que la loueuse de chaïses réclamait.

Recherches infructueuses; impossibilité de payer; — la loueuse indignée, presque grossière, menaçait de faire esclandre, si le monsieur n’eût pris entre les mains de sa compagne une Ombrelle de soie verte à franges, montée sur roseau, et un gant jaune, et, les remettant à la loueuse irascible, ne lui eût dit : — « Il faut, madame, garder cette Ombrelle en gage et ne la remettre qu’à la personne qui vous présentera un gant semblable à celui-ci. »

Le couple se leva, gagna à petits pas la place de la Révolution, puis le boulevard de la Madeleine, lorsqu'une pluie d’orage violente survint : les fiacres étaient rares, la pluie redoublait; il fallait chercher un gîte sous une porte cochère. Le paisible bourgeois y avait déjà conduit sa compagne quand un portier à toque de

loutre vint supplier « Monsieur et Madame »

d'accepter l'hospitalité dans sa loge, où un fauteuil de cuir et une chaise furent aussitôt et de très bonne grâce offerts aux deux invités. LS pluie persistant, le concierge, de plus en plus affable, prit dans un coin de sa loge-échoppe un superbe Parapluie de serge verte et l’offrit à ses hôtes, proclamant que tout chez lui était à leur service.

Le monsieur, confus, accepta avec grands remerciements le Parapluie, et, abritant l’intéressante jeune femme, qui retroussait gracieusement sa robe, ils s’aventurèrent au milieu du déluge.

…. Une heure après, un valet de pied, en livrée de haut style, remettait à l’honnèête portier-savetier le précieux Riflard et quatre billets de mille, de la |\\/ part du duc de Berry; puis, s'acheminant vers les | Champs-Élysées, le même valet chercha la loueuse | de chaises et lui dit :

| « Vous connaissez ce gant, madame? — Voilà huit sous que Monseigneur le duc de Berry m'a chargé de vous ryremeitre pour retirer lOmbrelle de la princesse Caroline. » | Éternelle et touchante légende de la vertu récompensée!

Sous Louis-Philippe, le Parapluie ou Riflard devint patriarcal et constitutionnel ; il représenta les mœurs austères et bourgeoises, symbolisa les vertus domestiques, l'ordre et l'économie. On put le mettre dans le trophée royal en sautoir avec le sceptre, et il fit partie, en quelque

sorte, des armes de la milice nationale, avec les attributs O de la pêche à la ligne, les lauriers culinaires et autres symboles de la vie « épicière ».

Tous les indépendants de la vie bourgeoise, bohèmes, littérateurs à tous crins et artistes chantés dans la Rapinéïde, tous les hirsutes de 1830 à 1850, s’insurgèrent contre le « Pépin du bourgeois ».— Ce mot Pépin était alors une épi-

— gramme contre Louis-Philippe, dont la tête en poire était caricaturée et qui ne sortait guère sans son Parapluie. L'anglomanie n'avait pas encore pénétré, comme à l'heure actuelle, dans nos mœurs et le dandysme de 1830, qui mettait le port de la canne à la hauteur d’un chic particulier, repoussait le Parapluie comme contraire à la véritable élégance. Le Parapluie était paysannesque, « vieille femme » et « vieux bonhomme »; il ne semblait tolérable que chez celui qui avait renoncé depuis longtemps à toutes prétentions à un charme quelconque et qui ne songeait plus à dessiner, dans la promenade, la fierté de sa silhouette de conquérant. Dans les carrefours, sur les places publiques de Paris, le large Parasol rouge ou lie de vin était devenu comme l’enseigne des chanteurs ambulants qui débitaient du Béranger à la foule; il servait d’abri aux acrobates en plein vent. Il montait sur les tréteaux improvisés des marchands de tripoli, d'onguent universel; jusque sur la voiture des charlatans; il servit plus tard de repoussoir au casque empanaché de Mangin, le marchand de crayons, et c'est encore sous un Parasol de cuivre, vulgairement appelé chapeau chinois,

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que l’homme-orchestre faisait rage dans les cours

et agitait ses grelots.

En province, les jours de marché ou de grande foire, les Parapluies s'ouvraient dans une confusion pittoresque au-dessus des éventaires et des établissements provisoires des femmes de campagne; il y en avait de rouges, de bleus passés, de marrons déteints, de verts inexprimables; vieux Parapluies de famille légués de génération en génération, qui protégeaient les petites marchandes rurales et apportaient un caractère particulier plein de couleur à ces marchés primitifs des petites villes.

Le Parapluie! nous le revoyons dans nos souvenirs de collégien. Voici le Parapluie sévère et sombre du proviseur, symbole de son autorité pédante, lorsqu'il nous passait en revue dans la cour froide et humide des récréations. Voici le Riflard du pion, un Pépin célèbre, recouvert de cotonnade violacée, avec son manche à bec de corbin poli par sa main huileuse. Mais voici surtout un Parapluie acclamé, un joyeux Robinson qui nous suivait à la promenade comme la vivandière suit le régiment en marche, le Parapluie de la Mère Soleil, comme nous l’appelions : la Mère Soleil! une brave femme réjouie, coiffée d'une marmotte de foulard chiné et qui s’installait à l'ombre de sa tente improvisée, à l'heure de notre étape, pour vendre à ses enfants tapageurs la limonade

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fraîche, les fruits, les sucres d’orge et les petits pains blancs fourrés de saucisses chaudes.

Mais laissons là des souvenirs qui nous entraînent bien loin, et revenons à l’Ombrelle de 1830 à 1870. À ne regarder que ses transformations durant ces quarante années, il faudrait écrire un volume tout rempli de vignettes coloriées pour donner une faible idée de l’histoire que crée la mode sur un objet de coquetterie. Vers 1834, dans le journal le Protée, nous voyons la Mode personnifiée sous les traits d’une jeune et jolie femme visitant les plus beaux magasins de Paris; elle ne manque pas d’aller « chez Verdier, rue Richelieu, pour les Ombrelles » et en choisit deux : l’une est une Ombrelle de toilette en armure écrue, montée sur un manche en liane d'Amérique à tête d’oret corail gravé; l’autre esten bois de zèbre, à tête pareille, à pomme cannelée, et couverte en poult de soie vert myrte bordé d’une ligne satinée.

Franchissons des centaines de variétés intermédiaires pour voir, douze ans après, sous la seconde République, l'Ombrelle décrite par M. A. Challamel, dans son Histoire de la Mode. — « Dès que le moindre rayon de soleil paraissait, dit cet écrivain, les dames se munissaient, pour aller en visite ou à la promenade, de petites Ombrelles toutes blanches, ou roses, ou vertes. Quelquefois les Ombrelles, dites « Marquises », étaient entourées d’une haute dentelle,

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ce qui leur donnait l’air un peu « chiffon »: ou bien, ayant la forme de petits Parapluies, les Ombrelles pouvaient servir, au besoin, contre les averses soudaines. Bientôt on vit des Ombrelles « à dispositions » bordées d’une guirlande brochée ou d’une raie satinée, soit couleur sur couleur, soit bleu ou vert sur écru, violet sur blanc ou sur soufre. »

Voilà une mode qui n'était pas d’un extrême bon goût, on en conviendra; — jusqu'à 1853 ou 1854, nous ne voyons aucune innovation digne d’exciter notre enthousiasme; ce n’est guère qu'aux premiers jours du second empire que nous pouvons remarquer un changement notable : les Ombrelles droites sontalors délaissées pour innover les Ombrelles à manche brisé, principalement pour celles que l’on faisait en satin et en moire antique bordée d’effilés ou garnies de volants; on nommait ces Ombrelles « à la Pompadour », et elles étaient dignes, en un certain point, de la belle qui personnifia la grâce et l'élégance délicate au xvrire siècle; on les brodait au passé, or et soie, et, sur la richesse des étoffes, on jetait ou on « bouillonnaïit » du Chantilly, du point d'Alençon, de la guipure ou de la blonde. Les manches brisés étaient d'ivoire sculpté, de nacre ouvragée, de rhinocéros ou d’écaille. C'est de cette Ombrelle légère que les Parisiennes saluaient, au début de son règne, l’Impératrice caracolant à côté de l'Empereur, à un retour du bois, dans ces Champs- Élysées qui commençaient à s’embellir, comme tout s’embellit au renouveau des années comme au renouveau des gouverrements. — Tout dansla nature n’a-t-il pas sa chute des feuilles, après avoir eu la verdeur des

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éclosions? — Tout lasse, tout passe, tout casse : les hommes, les rois, les Modes et les peuples!

L'Ombrelle se trouve aujourd’hui entre toutes les mains; en ce siècle utilitaire et pratique cela devait être. Il n’est point, à l'heure actuelle, de femme ou de fille du peuple qui n'ait son Ombrelle ou son en-tout-cas de satin ; il semble que ce soit lecomplément indispensable d’une toilette de promenade; et nos peintres modernes ont si bien compris cette note gracieuse du costume féminin qu'ils se garderaient bien d’oublier, dans une étude de femme faite en pleine lumière, une tête rose à la chevelure ébouriffée, sur un fond transparent d'Ombrelle japonaise ; voilà de suite une œuvre exquise avec ses fraîcheurs de coloris et ses ombres discrètes tamisées sur des yeux éclatants ou une bouche rieuse.— Les dimanches et « jours fériés », dans les bousculades de la foule aux fêtes suburbaines, c’est comme un remous d'Ombrelles; tel le spectacle de ces anciens assiégeants qui se couvraient de leurs boucliers et faisaient « tortue »; ainsi, dans l'éclat du soleil d'été, dans ces grandes kermesses parisiennes : foires aux pains d'épice de Saint-Cloud ou de Vaugirard, l’Ombrelle est aussi bien sur les tréteaux que parmi les promeneurs ; elle protège également la danseuse de corde et la gentille bourgeoise endimanchée qui fripe le volant

de ses jupes dans les rassemblements populeux.

L'Ombrelle n’ajoute-t-elle pas des grâces nouvelles à la femme ! C’est son arme du dehors qu’elle porte crânement en volontaire, soit à ses côtés, soit inclinée sur l’épaule. Elle protège sa parure en assurant son maintien, elle entoure comme d’un nimbe les charmes de son visage.

« L’'Ombrelle, — écrit M. Cazal, ou plutôt

Marchal dit Charles de Bussy, quirédigea, aunom

du négociant, un petit opuscule déjà cité, l'Ombrelle,commeunevapeur rosée, atténueetadoucit les contours destraits,raviveles teintes évanouies, entoure la physionomie de ses reflets diaphanes. «Il yal'Ombrelle de la grande dame, de la jeune personne, de la bourgeoise, de la jolie lorette, de la petite ouvrière, de même qu’il y a lOmbrelle de ville, de campagne, de jardin, de natation, de calèche, et l'Ombrelle-cravache ou de cheval. »

« Que de volumes, poursuit avec verve le même écrivain, pour décrire dans ses mille fantaisies le kaléidoscope de la pensée féminine dans son usage de l'Ombrelle! Sous sa voûte rose ou azurée, le sentiment germe, la passion couve ou éclôt : de loin, l’'Ombrelle appelle et rallie à ses couleürs; de près, elle édifie l’œil curieux, déconcerte et repousse la présomption. Que de suaves sourires se sont joués sous sa corolle ! Que de charmants signes de tête, que d’enivrants et magiques regards l'Ombrelle a protégés contre l’indiscrétion et la jalousie! Que d'émotions, que de drames elle a cachés de son nuage de soie! »

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M. Charles Blanc, moins dithyrambique, aborde, dans l'Art dans la parure et dans le vêtement, le chapitre de l’'Ombrelle. « Croyezvous, dit-il, que les femmes l’ont imaginée pour préserver leur teint contre les ardeurs du soleil? Oui, sans doute, mais que de ressources leur fournit ce besoin de jeter une pénombre sur leur visage, et combien elles en voudraient au soleil s’il ne leur donnait aucun prétexte de se défendre contre ses rayons! Dans cette œuvre d’art qui s'appelle la toilette d’une femme, l'Ombrelle joue le rôle du clair-obscur.

« Dans le jeu des couleurs, elle est comme un glacis. Dans le jeu de la lumière, elle est comme un store. »

Depuis douze ans la mode a varié, à chaque saison nouvelle, la façon et la couverture des Ombrelles. Aujourd’hui, elles deviennent artistiques en tous points, et après avoir été tour à tour en foulard moucheté et garnies de rubans ou de dentelles, après le Parasoi-Canne, le Parasol rouge caroubier ou cardinal, sont survenus les taffetas écossais, les cretonnes madras, les satins Pompadour, les soies brochées. Les marches se sont ornés de porcelaines de Saxe, de Sèvres ou de Longwy, de pierreries variées, de joyaux de toutes sortes, et dans une corbeille de mariage, parmi une douzaine d’'Ombrelles, on en remarquait surtout une dernièrement toute recouverte de dentelle en point avec un

dessous rose nuagé de gaze blanche, dont le manche était en jade avec inscrustations de pierres précieuses jusqu’à la pointe extrême. Un anneau d’or diamanté d’émeraudes et de brillants, attaché à une chaîne d’or, servait de fermoir à ce joyau inappréciable.

Mais, dans cette manière de conférence hâtive, où. nous allons en courant de l’'Ombrelle au Parapluie, ne négligeons pas ce dernier, qu’on nomma dernièrement paratrombe et paradéluge, et que M. de Balzac, dans le Père Goriot, appelle « un bâtard issu de la canne et du cabriolet ». Le Parapluie a inspiré bien des écrivains, des vaudevillistes, des romanciers, des humoristes et des poètes, on a écrit à son sujet des petites monographies ingénieuses, des petits vers brillants, des articles de revues très sérieux au point de vue métier; on a rimé au Caveau et ailleurs bien des couplets sur le Pépin et le Riflard; on a interprété à la scène Ma femme et mon Parapluie, le Parapluie .| d’'Oscar, le Parapluie de Damoclès, et le Parapluie, du poète D'Hervilly. Ce meuble | utile a encore inspiré le réaliste Champfleury dans un roman joyeux intitulé : Surtout, n'oublie pas ton parapluie! Partout on nous a montré, avec des variations et des para-

phrases inouïes, le rôle social du Parapluie; les rapprochements qu'il occasionne les jours d'orage, le Pépin galamment offert aux croqueuses de pommes en dé-

treses sous la pluie des bou- - levards; on nous a peint le

débutent par une de ces rencontres parisiennes, à un coin de rue, dans une soirée pluvieuse. On a mis en avant, de divers côtés, l’utilité de l'Ombrelle du peintre, de l'Ombrelle pour homme dite : bain de mer, on a annoté la triste mélopée du marchand des rues, qui me traîne son cri de parrrpluie! :

7 On'a enfin abusé des tableaux qui représentent une coquette ouvrière dont le vent retrousse les jupes et fait de l'En-cas une véritable tulipe orageuse; mais ce qui n’a jamais été écrit, avec l'humour qu’un tel sujet comporte, le chef-d'œuvre qui n’a jamais été fait, c'est la Physiologie du Parapluie.

Il n’est point douteux que les bibliographes vont nous mettre sous les yeux une infime plaquette qui affiche ce titre et qui est rédigée par « Deux cochers de fiacre, » mais ce n’est là que la fumisterie du Parapluie et la Physiologie reste entièrement à faire; Balzac aurait trouvé là matière à une œuvre immortelle, car il y a une pointe de vérité dans cet aphorisme fantaisiste lancé par quelque Roqueplan en détresse : « Le Parapluie, c'est l'homme. »

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Eugène Scribe a laissé sur le Parapluie un

modeste quatrain, digne de sa muse d’opérette :

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Ami rare et vraiment nouveau Qui, contrairement à l'usage, Reste à l'écart lorsqu'il fait beau Et reparaît aux jours d’orage.

Cela vaut presque cet autre auatrain plus

vieillot encore signé du bon abbé Delille :

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Ce meuble précieux et souple où se déploie

Et l’art de la baleine et l’art du ver à soie,

Et dont l'aile en s’ouvrant contre l’humide affront De l’onde pluviale abrite notre front.

Ne sont-ce pas là des vers académiques bien

faits pour des Parapluies d’académiciens!

Allons aux extrêmes : Parmi les chansons

populaires, nous entendons le Parapluie, « chan-

sonnette trouvée dans une baleine » :

On peut chanter le Parapluie

Sur tous les airs, sur tous les tons,

Le Parapluie en cette vie

Nous sert dans mille occasions;

Abritant l'amour qui se mouille,

Il l'empêche de s’enrhumer,

Il cache aux yeux de la patrouille

Le filou qui veut opérer.

Parrrrrrpluie!

Faites-vous donner, en cas d’eau,

Un solide, un bon, un très beau Parrrrrrpluie.

Il n’y a rien de tel contre la pluie Que lparapluie!

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